Le chef de l'ONU dénonce la “punition collective” des Palestiniens

(AFP)

Le 8 décembre 2023

Les violences du Hamas ne justifient "en aucun cas la punition collective" des Palestiniens, a jugé vendredi le secrétaire général de l'ONU, mettant la pression sur le Conseil de sécurité pour déclarer un "cessez-le-feu humanitaire immédiat", que les Etats-Unis ne soutiennent pas.

"Je condamne sans réserve" les attaques du Hamas du 7 octobre, mais "les violences perpétrées par le Hamas ne peuvent en aucun cas justifier la punition collective du peuple palestinien", a déclaré Antonio Guterres qui a pour la première fois invoqué mercredi l'article 99 de la Charte de l'ONU pour provoquer cette réunion extraordinaire du Conseil sur un dossier qui "pourrait mettre en danger le maintien de la paix et de la sécurité internationales".

"Si les tirs sans discernement de roquettes du Hamas vers Israël, et l'utilisation de civils comme boucliers humains sont des violations du droit de la guerre, un tel comportement n'absout pas Israël de ses propres violations", a-t-il insisté, décrivant une nouvelle fois une situation humanitaire "au point de rupture" et le risque d'un "effondrement total de l'ordre public" dans la bande de Gaza.

"Le monde et l'Histoire nous regardent. Il est temps d'agir", a-t-il ajouté devant les membres du Conseil, leur réclamant de "pousser pour un cessez-le-feu humanitaire immédiat".

Après l'attaque sans précédent contre Israël menée le 7 octobre par le mouvement islamiste palestinien Hamas, qui a fait selon les autorités israéliennes environ 1.200 morts, majoritairement civils, Israël a imposé un "siège complet" et pilonné massivement la bande de Gaza, réduisant en ruines de vastes zones.

Nourriture, eau, carburant et médicaments n'y entrent qu'au compte-gouttes, alors qu'environ 1,9 million de personnes, soit 85% de la population, ont dû quitter leur logement selon l'ONU depuis le début des hostilités, qui ont fait plus de 17.000 morts selon le ministère de la Santé du Hamas.

A la suite de l'invocation de l'article 99 par Antonio Guterres, les Emirats arabes unis ont préparé un projet de résolution qui selon le texte vu par l'AFP "exige un cessez-le-feu humanitaire immédiat".

- Nouvel échec? -

Le texte très court appelle également à la protection des civils, à la libération "immédiate et inconditionnelle" de tous les otages et à "assurer l'accès humanitaire".

"Aujourd'hui, ce Conseil va voter. Il a l'opportunité de répondre aux appels assourdissants à travers le monde pour mettre fin à ces violences", a déclaré l'ambassadeur émirati adjoint Mohamed Issa Abushahab, estimant qu'il n'y a avait "aucune justification morale, politique ou militaire à la poursuite du carnage".

"Le temps du courage est venu (...) Vous devez agir maintenant", a lancé de son côté l'ambassadeur palestinien à l'ONU Riyad Mansour.

Mais le vote qui était prévu vendredi matin a été reporté pour l'instant à la fin de journée.

"La dernière chose dont le Conseil a besoin aujourd'hui est d'une nouvelle confrontation et d'un nouvel échec", a commenté l'ambassadeur français Nicolas de Rivière, évoquant une poursuite des négociations pendant le week-end pour permettre d'éviter "une objection d'un membre permanent ou d'un autre".

Quatre projets de résolution ont déjà été rejetés par le Conseil dans les semaines suivant le début de la guerre. Le Conseil était finalement sorti de son silence mi-novembre, réussissant à adopter une résolution qui appelait à des "pauses et couloirs humanitaires" dans la bande de Gaza, pas à un "cessez-le-feu" ni même une "trêve".

Et l'issue d'un vote sur le nouveau projet de résolution est très incertaine.

Les Etats-Unis, alliés d'Israël qui ont mis leur veto à un des projets précédents, ont répété vendredi qu'ils ne soutenaient "pas les appels à un cessez-le-feu immédiat".

"Cela planterait seulement les graines pour une future guerre, parce que le Hamas n'a aucun désir d'une paix durable, de voir une solution à deux Etats", a déclaré l'ambassadeur américain adjoint Robert Wood.

"L'ironie est que la stabilité régionale et la sécurité à la fois des Israéliens et des habitants de Gaza ne peut être assurée que par l'élimination du Hamas", a déclaré l'ambassadeur israélien Gilad Erdan. "Alors le vrai chemin vers la paix est seulement de soutenir la mission d'Israël, absolument pas un appel à un cessez-le-feu".

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Le 8 décembre 2023

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