La sélection du jury commence dans le procès très médiatique de la fondatrice de Theranos

(AFP)

Le 1 septembre 2021

Elizabeth Holmes, ancienne star de la Silicon Valley qui promettait de révolutionner les tests sanguins avec sa start-up Theranos, assistait mardi au tribunal de San José à la sélection du jury qui devra déterminer si elle s’est rendue coupable d’une fraude massive.

Une quarantaine de jurés potentiels ont été interrogés. Les magistrats ont notamment cherché à déterminer si d’éventuels préjugés n’allaient pas les empêcher de rendre un verdict impartial, étant donné l’intense médiatisation de l’affaire depuis des années.

La plupart des personnes convoquées ont mentionné avoir lu un titre ou un article, vu un documentaire ou même lu un livre sur le sujet, comme celui de John Carreyrou, ancien journaliste du Wall Street Journal, qui a révélé le scandale fin 2015.

Les candidats ont assuré pouvoir porter un regard neutre sur Elizabeth Holmes, qui a lancé Theranos en 2003, à 19 ans.

L’entreprise prévoyait de produire à grande échelle des outils de diagnostic plus rapides et moins chers que ceux des laboratoires traditionnels, grâce à des méthodes censées permettre jusqu’à 200 analyses à partir de quelques gouttes de sang.

Mais les machines n’ont jamais fonctionné. Et selon le parquet, l’ex-entrepreneuse a menti aux investisseurs, médecins et patients pour lever des fonds — plus de 700 millions de dollars en tout.

Elle risque jusqu’à 20 ans de prison pour les onze accusations qui pèsent contre elle — neuf de fraudes et deux pour association de malfaiteurs. Les procureurs estiment en effet qu’elle s’est entendue avec Ramesh « Sunny » Balwani, son ancien chef des opérations — et son amant pendant un temps.

Les deux dirigeants doivent être jugés séparément.

– Psychologie –

« L’accusée est présumée innocente. Il revient à l’Etat de prouver la réalité de ces accusations sans aucun doute possible », a déclaré le juge Edward Davila aux jurés potentiels.

Il espère que la défense et le parquet se mettront d’accord sur douze jurés d’ici mercredi soir. Les débats entreront dans le vif du sujet le 7 septembre.

Mais les questions donnent déjà des indications sur les stratégies.

Kevin Downey, l’avocat d’Elizabeth Holmes, a demandé si des personnes avaient déjà subis des « abus dans le cadre de leurs relations intimes ».

D’après des documents juridiques, l’accusée prévoit en effet de plaider que son associé et ex-petit ami, de 19 ans son aîné, la contrôlait et abusait d’elle psychologiquement.

Le procureur Jeffrey Schenk a lui cherché à savoir s’il y avait des individus proches des milieux médicaux dans la salle.

Ces jurés pourraient ne pas être impartiaux si le parquet fait appel à des psychologues pour contrer l’idée selon laquelle Elizabeth Holmes n’était pas responsable de ses actions.

En matière de preuves, le jury devra se fonder essentiellement sur des témoignages.

La base de données du laboratoire de Theranos a bien été remise sur un disque dur au gouvernement en août 2018, mais l’entreprise a ensuite été démantelée, ainsi que ses serveurs, rendant impossible la lecture de la copie.

Sur la liste de potentiels témoins, on trouve des noms connus, comme l’ancien secrétaire d’Etat Henry Kissinger, l’ancien ministre de la Défense James Mattis, qui ont fait partie du conseil d’administration de Theranos, ou encore le magnat des médias Rupert Murdoch.

– Une première pour la Silicon Valley –

Des patients victimes d’analyses défectueuses pourraient également être appelés à la barre, pour raconter comment ils ont vécu de mauvais diagnostics de cancer, de sida ou encore de grossesses.

Elizabeth Holmes elle-même pourrait décider de s’exprimer.

Pour John Carreyrou, interviewé début juillet à la chaîne américaine CNBC, « d’après toutes les interviews que j’ai réalisées pour mon livre et mon podcast, il est clair que (l’accusée et son ancien associé) dirigeaient cette entreprise — et l’éventuelle fraude dont ils sont accusés — comme un couple de partenaires ».

Elizabeth Holmes a connu une chute d’autant plus brutale que sa fortune était évaluée à 3,6 milliards de dollars par Forbes en 2014. C’était alors la plus jeune milliardaire n’ayant pas hérité de sa fortune.

« Jusqu’à présent, la Silicon Valley n’a jamais payé pour tous ses méfaits », a commenté pour l’AFP Vivek Wadhwa, ancien professeur de l’école de droit de Harvard et expert de la saga Theranos.

« Donc le fait qu’elle puisse se retrouver en prison en fait une affaire très importante, parce que ce n’est jamais arrivé auparavant. Personne n’est allé en prison pour les dégâts causés par une technologie. Et cette technologie a causé des torts. »

Le procès a été retardé à plusieurs reprises, notamment parce que l’accusée a accouché début juillet. Il pourrait durer jusqu’à quatre mois.

Le 1 septembre 2021

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