La Russie coupe les ponts avec l’Otan sur fond d’affaire d’espionnage

Le 18 octobre 2021 à 15h16

Modifié 18 octobre 2021 à 15h16

La Russie a annoncé lundi suspendre sa mission de représentation auprès de l’Otan et celle de l’Otan à Moscou après le retrait début octobre par l’Alliance des accréditations de huit émissaires russes, accusés d’espionnage.

Cette décision est une nouvelle illustration des tensions croissantes depuis plusieurs années entre la Russie et les Occidentaux: sanctions, expulsions croisées de diplomates, accusations d’ingérence électorale, d’espionnage et de cyberattaques attribuées à Moscou.

La Russie reproche pour sa part à l’Alliance atlantique son ambition de s’étendre jusqu’en Ukraine et en Géorgie, des ex-républiques soviétiques à ses frontières qu’elle considère comme appartenant à sa sphère d’influence.

« A la suite de certaines mesures prises par l’Otan, les conditions de base pour un travail en commun ne sont plus là », a indiqué lundi le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov.

Dans le détail, la Russie va suspendre indéfiniment sa mission à Bruxelles auprès de l’alliance militaire occidentale, ainsi que la mission de l’Otan accueillie par l’ambassade de Belgique à Moscou.

Cette dernière a pour rôle d’assurer la liaison entre l’Alliance à Bruxelles et le ministère russe de la Défense.

M. Lavrov a également annoncé « mettre fin à l’activité du bureau d’information de l’Otan ». Ce dernier est défini par l’Alliance comme ayant pour mission d' »améliorer la connaissance et la compréhension mutuelles ».

A priori, ces décisions prendraient effet le 1er novembre.

Depuis 2014 et l’annexion de la Crimée par la Russie, « l’Otan a déjà fortement réduit les contacts avec notre mission. Du côté militaire, il n’y a eu aucun contact depuis lors », a encore justifié Sergueï Lavrov.

« La ligne de l’Alliance envers notre pays devient de plus en plus agressive », a dénoncé ensuite la diplomatie russe dans un communiqué.

Pour sa part, l’Otan a indiqué « avoir pris note des commentaires du ministre Lavrov aux médias ». « Nous n’avons eu aucune communication officielle sur le sujet qu’il avait évoqué », a affirmé une porte-parole de l’Alliance, Oana Lungescu.

– « Activités malveillantes » –

En cas « d’urgence », l’Alliance devra à l’avenir se tourner vers l’ambassadeur russe en Belgique, a encore dit M. Lavrov.

Ces annonces interviennent après d’énièmes accusations d’espionnage.

Début octobre, l’Otan avait annoncé retirer leur accréditation à huit membres de la mission russe à Bruxelles accusés d’être des « agents de renseignement russes non déclarés ».

Et le secrétaire général de l’Alliance, Jens Stoltenberg, avait dans la foulée accusé Moscou d' »activités malveillantes » croissantes en Europe.

La Russie avait pris acte en estimant que l’alliance politico-militaire fondée en 1949 par les adversaires de l’Union soviétique avait démontré son refus de normaliser les relations.

L’Otan avait déjà décidé en mars 2018 de retirer leurs accréditations à sept membres de la mission russe et de les faire expulser de Belgique à la suite de l’empoisonnement au Royaume-Uni de Sergueï Skripal, un ancien agent double russe, et de sa fille Ioulia.

Le nombre des accréditations de la mission de la Russie à Bruxelles avait alors été réduit de 30 à 20. Le 7 octobre 2021, ce nombre avait encore été abaissé et ramené à 10.

Malgré les fortes tensions, le haut commandement militaire russe a rencontré à plusieurs reprises depuis 2014 dans des pays tiers des chefs militaires de l’Otan ou du Pentagone.

En février 2020, le chef d’état-major russe Valéri Guerassimov s’était ainsi entretenu en Azerbaïdjan avec le commandant suprême de l’Otan en Europe, le général américain Tod Wolters.

En septembre 2021, M. Guerassimov avait rencontré son homologue américain Mark Milley à Helsinki en Finlande, après un précédent entretien en décembre 2019.

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