La réforme du rail aux mains des députés après huit jours de grève SNCF
Les cheminots en grève depuis une semaine contre le projet de réforme ferroviaire ont désormais en ligne de mire les députés, qui poursuivent mercredi l'examen du texte soumis à des centaines d'amendements, dont certains devraient apaiser les inquiétudes des syndicats.
Le taux de participation à la grève reconductible, lancée par la CGT et SUD-Rail, a baissé à 11,8% pour l'ensemble du personnel, au 8e jour du conflit, selon la direction de la SNCF. Mais la grève engendrait toujours des perturbations, malgré un trafic encore en amélioration, selon les prévisions de l'entreprise.
La baisse de la participation par rapport au premier jour de grève est de 16 points. "C'est un effritement continu y compris maintenant chez les conducteurs et les contrôleurs", les plus engagés dans la grève, a indiqué la direction. Aujourd'hui "il y a plus de 11.000 gilets rouges dans les gares (pour aider les voyageurs) et moins de 11.000 grévistes", selon elle.
Thierry Lepaon, secrétaire général de la CGT, a "contesté" les taux de grévistes communiqués quotidiennement par la SNCF. C'est une "opération de communication", a-t-il dénoncé, "pour nous faire croire que peu de salariés de la SNCF sont concernés par le mouvement".
M. Lepaon a concédé des améliorations dans la réforme ferroviaire: "Grâce à notre action, des amendements ont été déposés et il semblerait à l'heure qu'il est que le gouvernement tienne compte de ce rapport de forces qui s'est instauré".
La CGT veut que le "besoin d'un service public ferroviaire" soit inscrit dans la loi. Sur ce point, M. Lepaon observe des avancées entre "le premier projet de loi et celui qui est débattu".
Thierry Lepaon souhaite aussi que des amendements "d'harmonisation sociale" et sur "la question de la dette" soient intégrés au projet de loi qui, selon lui, prépare "la privatisation du transport ferroviaire".
- Une "dette insupportable" -
L'examen du texte a débuté mardi après-midi. Près de 400 amendements ont été déposés, émanant de tous les groupes.
A l'ouverture des débats, le secrétaire d'Etat aux Transports Frédéric Cuvillier a appelé tous les députés à soutenir sa réforme pour "sauver et assurer financièrement la pérennité de ce qui est pour nous un modèle de service public ferroviaire national".
Le texte bénéficie du soutien du PS et des écologistes mais se heurte à l'opposition du Front de gauche et aux critiques de l'UMP. Le groupe UDI est "plutôt enclin à voter pour la réforme ferroviaire", s'il n'y a pas de "recul" au cours du débat.
La réforme vise à stabiliser la dette du secteur ferroviaire (44 milliards d'euros) et à préparer son ouverture totale à la concurrence. Le projet prévoit de regrouper dans une holding publique la SNCF et Réseau ferré de France (RFF), qui gère le réseau.
Une "réunification de façade" qui ne résout pas l'endettement, estiment la CGT et SUD-Rail, qui représentent plus de 52% des voix des salariés.
Cette réforme est "indispensable", a redit le Premier ministre Manuel Valls devant les députés, le gouvernement "est ferme et déterminé à faire en sorte que cette réforme puisse aboutir".
Une fermeté que Jean-Claude Mailly (FO) a qualifié d'"autoritarisme". "Par expérience, quand il y a un conflit il faut négocier, il n'y a pas d'autre sortie possible", a-t-il dit.
A propos de la dette, M. Valls a confirmé que le Parlement serait "pleinement informé des différentes solutions envisageables à moyen terme pour le traitement apporté à cette dette insupportable". A cet effet, le gouvernement a promis un "rapport" au parlement.
Depuis le début du conflit, le gouvernement et le président François Hollande ont affiché leur fermeté face aux cheminots.
"Alors qu'il y a tous les ingrédients pour une sortie de crise rapide, la CGT et SUD-Rail avancent d'autres revendications qui n'ont souvent rien à voir avec la réforme soumise au Parlement. Ce n'est pas responsable", leur a reproché M. Cuvillier.
Les syndicats réformistes, l'Unsa-Cheminots et la CFDT, respectivement deuxième et quatrième organisation, se sont dits satisfaits des "avancées" concédées la semaine dernière par M. Cuvillier. Ils ont signé un accord avec le gouvernement sur les amendements qu'il soutiendra, dont certains apportent des "garanties" sur l'unité sociale et économique de la future SNCF.