Jérusalem en état d'alerte pour la prière du vendredi
Les policiers israéliens ont été placés en état d'alerte à Jérusalem-Est en prévision de la grande prière musulmane du vendredi, occasion possible de nouveaux mouvements de contestation dans une ville sous haute tension.
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a ordonné la démolition des maisons d'auteurs d'attaques "terroristes" à Jérusalem-Est, a indiqué vendredi un responsable israélien sous le couvert de l'anonymat.
Cette décision, soumise à l'approbation du ministère de la Justice, a été prise jeudi soir lors de consultations du Premier ministre avec des responsables de la sécurité, a précisé la même source.
Plus de 1.300 policiers ont été déployés dans cette partie de la ville et au pied de l'esplanade des Mosquées, qui cristallise les tensions auxquelles est en proie Jérusalem-Est depuis l'été, a indiqué une porte-parole de la police.
Il s'agit de parer à une éventuelle nouvelle flambée de violences, au moment où des milliers de musulmans seront réunis pour l'important rituel du vendredi.
La police a interdit aux hommes de moins de 35 ans d’accéder à l'esplanade des Mosquées, troisième lieu saint de l'islam également vénéré par les juifs, après avoir, a-t-elle dit, collecté des renseignements sur de possibles désordres fomentés par des jeunes.
Jérusalem-Est, partie palestinienne de la ville annexée et occupée par Israël, est agitée depuis juillet par des troubles qui se sont intensifiés ces dernières semaines. Ils ont fait un dixième mort vendredi.
Un homme percuté mercredi par un Palestinien au volant d'une voiture bélier a succombé à ses blessures à l'hôpital. Selon la radio militaire israélienne, il s'agit d'un étudiant juif de 17 ans. Un policier de 38 ans avait déjà été tué, et l'auteur de l'attaque, la deuxième du genre en deux semaines, a été abattu sur place.
- Nouvelle soirée agitée -
En dehors de ces attentats, différents quartiers de Jérusalem-Est sont désormais pratiquement tous les jours et tous les soirs le théâtre d'affrontements entre jeunes Palestiniens, armés de pierres et de projectiles, et policiers israéliens qui répliquent à coup de grenades assourdissantes et de gaz lacrymogènes.
La soirée de jeudi n'a pas fait exception. Les heurts les plus violents ont mis aux prises environ 200 jeunes avec les policiers dans le camp de réfugiés de Chouafat, l'un des points chauds, a constaté un journaliste de l'AFP. C'est de là que venait l'auteur de l'attentat de mercredi.
Les policiers ont arrêté 12 personnes au cours de la nuit, a indiqué la police.
Des dizaines de protestataires masqués ont aussi affronté les policiers dans le quartier de Sur Baher, a rapporté la police, ajoutant que leur meneur avait été arrêté. Il s'agit d'un Palestinien d'environ 40 ans libéré en même temps qu'un millier de prisonniers palestiniens en échange du soldat israélien Gilad Shalit, enlevé par un commando palestinien à la lisière de la bande de Gaza en 2006.
Au cœur de ces tensions, l'esplanade des Mosquées catalyse l'exaspération des Palestiniens. Les extrémistes juifs indignent les musulmans en réclamant le droit de prier sur l'esplanade qu'ils vénèrent comme le site du Temple juif détruit par les Romains en l'an 70 et dont l'unique vestige est le mur des Lamentations, en contrebas. Les plus ultras dressent des plans pour le reconstruire.
Les musulmans s'inquiètent du risque que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu ne cède à la pression pour donner des gages à l'ultra-droite en vue des élections attendues en 2015.
- 'Urgence' -
Mais les raisons de cette colère, qui fait craindre une troisième Intifada, sont multiples: occupation, guerre à Gaza, brimades, arrestations par centaines depuis l'été, chômage...
Au cours de sa première visite en tant que nouvelle chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a critiqué, quant à elle, la poursuite par Israël de la colonisation dans les territoires occupés et à Jérusalem-Est, autre facteur majeur de tensions.
"Les nouvelles colonies sont un obstacle à nos yeux" dans la recherche de la paix, a-t-elle dit.
Dans un contexte où les perspectives de résolution de ce vieux conflit ont rarement paru plus bouchées, elle a mis en garde contre le risque d'escalade sans reprise urgente des discussions de paix. "Si nous n'avançons pas sur le front politique, nous risquons de sombrer à nouveau dans la violence. Voilà pourquoi il y a urgence à avancer selon moi", a avancé Mme Mogherini.
Le Premier ministre israélien, confronté à cause de l'esplanade des Mosquées à une crise diplomatique avec la Jordanie, gardienne du site et l'un des seuls pays arabes avec lesquels Israël a signé un traité de paix, s'est employé ces derniers jours à rassurer le monde musulman. Il a répété à plusieurs reprises n'avoir aucune intention d'autoriser les juifs à prier sur l'esplanade des Mosquées.
Mais il n'a rien lâché sur la colonisation lors de son apparition au côté de Mme Mogherini.
"Jérusalem, c'est notre capitale. Ce n'est donc pas une colonie", a-t-il dit, "chacun sait" que les secteurs juifs de Jérusalem-Est "resteront partie intégrante de Jérusalem dans tout accord de paix. Je rejette donc l'allégation imaginaire qui veut que la cause du conflit en cours soit telle ou telle colonie".