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Japon: « Ce que je suis aujourd’hui, je le dois à la boîte à bébés »

(AFP)

AFP

Le 1 août 2022

Koichi Miyatsu sort d’un sac à dos d’enfant de petits habits décorés de personnages de manga et une paire de chaussures de sport, seules reliques de sa jeune vie avant son abandon dans l’unique « boîte à bébés » du Japon.

« Je portais certains de ces vêtements quand on m’a laissé là-bas », dit à l’AFP le jeune homme aujourd’hui âgé de 18 ans. « Ce sont les plus anciens souvenirs de mon enfance, je les ai gardés précieusement ».

Koichi est devenu cette année la première personne à témoigner publiquement après avoir été abandonné dans la boîte à bébés de l’hôpital catholique Jikei à Kumamoto (sud-ouest du Japon), ouverte depuis 2007.

Ses prises de parole ont ravivé le débat sur ce dispositif inspiré d’une expérience allemande, présenté par ses partisans comme un dernier recours pour les femmes marginalisées et les parents ne voulant ou ne pouvant pas recourir à l’adoption, mais qui pour ses opposants encourage à l’abandon d’enfants.

Pour Koichi, cependant, la question ne se pose pas.

Le jour où il a été abandonné « a été le début d’un nouveau chapitre de ma vie », explique cet étudiant en sociologie et politique. « Ce que je suis aujourd’hui, je le dois à la boîte à bébés ».

Selon l’hôpital, le dispositif permet de prévenir les mauvais traitements et même la mort d’enfants. En 15 ans, 161 bébés et jeunes enfants ont été confiés à l’établissement.

– « Gravée dans ma mémoire » –

Peu après avoir été abandonné, Koichi a été recueilli par Yoshimitsu et Midori Miyatsu, dans le département rural de Kumamoto. Parents biologiques de cinq enfants, ils en ont par ailleurs accueilli plus de trente autres.

« Je me suis dit qu’un ange nous avait été envoyé », se souvient Yoshimitsu, 65 ans, au sujet de l’arrivée de Koichi.

Le couple soutient depuis longtemps le programme de Jikei, après avoir été témoin des difficultés rencontrées par d’autres enfants placés en famille d’accueil: familles brisées, délinquance, grossesses non désirées, certains devenant même sans-abri.

« Un jour, une jeune femme à un stade de grossesse avancé et pratiquement sans argent est venue demander notre aide par un jour glacial de décembre… Nous savions donc qu’il y avait des enfants qui avaient besoin » de cette boîte à bébés, dit Midori, 63 ans.

Koichi, parmi les premiers enfants abandonnés à Jikei, ne portait sur lui aucun objet indiquant son nom, son âge ou son lieu de naissance.

« Je n’ai aucun souvenir du moment où l’on m’a déposé… mais l’image de la porte de la boîte est gravée dans un coin de ma mémoire », confie-t-il.

Environ un an plus tard, on lui a montré une photo de cette porte dans un journal. « Il nous a dit: +J’étais là-bas+. C’est là que nous avons su qu’il s’en souvenait », explique Midori.

– « Lui dire que j’ai grandi » –

Le maire de la ville lui a donné un nom, et son âge a été établi par des tests ADN. Les premiers temps ont été difficiles, l’enfant faisant régulièrement des cauchemars et suçant constamment son pouce.

Mais le couple ne lui a jamais caché son passé, et avec le temps, le traumatisme s’est estompé. Des années plus tard, Koichi en a appris davantage sur ses origines, découvrant notamment que sa mère biologique avait été tuée dans un accident de voiture, cinq mois après sa naissance.

Il garde une photo d’elle, cheveux bouclés comme les siens, et dit avoir l’impression qu’elle « veille sur (lui) depuis les cieux ».

« J’aimerais lui dire que j’ai grandi, que j’ai maintenant 18 ans, et que je veux vivre la vie qui pour elle a été interrompue trop tôt ».

Chaque mois, Koichi distribue des repas pour des enfants défavorisés dans une église locale, et dit vouloir travailler avec des enfants à l’avenir, et peut-être devenir lui aussi un parent d’accueil.

Il espère que faire entendre sa voix incitera d’autres enfants abandonnés à raconter leur propre histoire, disant avoir surmonté « des sentiments compliqués ».

« Mais même s’il manque quelques pièces, cela ne change pas fondamentalement qui je suis aujourd’hui. Je ne pense pas que mon identité doive être dictée par les premières années de ma vie », pense-t-il.

« La vie après la boîte à bébés est bien plus importante ».

Le 1 août 2022

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