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Iran: des ONG craignent un durcissement de la répression contre les Kurdes

(AFP)

AFP

Le 20 novembre 2022

Des ONG d'opposition ont accusé dimanche les autorités en Iran de déployer des renforts militaires dans les régions kurdes où les manifestations contre le pouvoir se sont intensifiées, disant craindre un nouveau durcissement de la répression.

La République islamique d'Iran est le théâtre d'un mouvement de contestation déclenché le 16 septembre par la mort de Mahsa Amini, une Kurde iranienne de 22 ans arrêtée par la police des moeurs pour avoir d'après celle-ci enfreint le code vestimentaire strict pour les femmes dans le pays.

Les autorités iraniennes affirment sévir contre des "émeutes" encouragées par l'Occident. D'après des ONG basées hors d'Iran, des centaines de manifestants ont péri dans la répression et plus de 10.000 ont été arrêtés.

Les premières manifestations avaient éclaté dans des localités kurdes du nord-ouest, surtout à Saghez, ville natale de Mahsa Amini, avant de se répandre dans d'autres villes.

Des forces armées ont été envoyées samedi en renfort dans la ville à forte population kurde de Mahabad, a indiqué dimanche sur Twitter le groupe de défense des droits des Kurdes d'Iran, Hengaw. "Plusieurs coups de feu ont été entendus dans les quartiers résidentiels."

L'ONG basée en Norvège a diffusé sur les réseaux sociaux des images montrant, selon elle, un hélicoptère survoler Mahabad avec à bord des membres des Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de l'Iran.

Toujours selon Hengaw, des commerçants ont observé une grève dimanche en signe de protestation contre la répression.

- "Electricité coupée" -

Les autorités ont "coupé l'électricité à Mahabad et des tirs à l'arme automatique sont entendus", a écrit samedi soir Mahmood Amiry-Moghaddam, directeur de l'ONG Iran Human Rights (IHR) basée à Oslo, faisant état de "possibles manifestants tués ou blessés".

Il a partagé sur Twitter un clip audio présenté comme pris à Mahabad sur lequel des cris et le bruit des tirs peuvent être distingués.

Selon Hengaw, plusieurs explosions ont été entendues dimanche à l'aube dans plusieurs villes de la province du Kurdistan (nord-ouest), dont Marivan, Boukan et Saghez. La situation est aussi "critique" à Divandarreh, où les forces de sécurité ont tué trois manifestants samedi, a ajouté l'ONG.

En Iran, l'agence de presse Tasnim, agréée par les autorités, a affirmé que "des émeutiers ont attaqué, pillé et incendié des maisons à Mahabad, notamment celles appartenant à des policiers et des militaires".

"La sécurité y est maintenant rétablie et les commerces ont rouvert", a-t-elle ajouté, précisant qu'aucune victime n'était à déplorer et que "la plupart des éléments impliqués dans les émeutes ont été arrêtés".

- "Punir" -

Les Kurdes représentent l'une des principales minorités ethniques en Iran --environ 10 millions sur une population de 83 millions-- et adhèrent majoritairement à l'islam sunnite et non au chiisme dominant dans la République islamique.

Depuis la colère déclenchée par la mort de Mahsa Amini le 16 septembre, les manifestations se sont multipliées puis transformées en un vaste mouvement contre le pouvoir.

Au moins 378 personnes ont été tuées dans la répression des manifestations en Iran, selon un dernier bilan diffusé samedi par l'IHR: 255 ont péri lors des protestations liées à la mort de Mahsa Amini et 123 au Sistan-Baloutchistan, dont plus de 90 le 30 septembre dans la capitale provinciale Zahedan, lors de manifestations distinctes contre le viol d'une adolescente imputé à un policier.

Parmi les victimes figurent 47 enfants d'après l'IHR.

Alors que les autorités iraniennes continuent d'imputer la contestation à des "émeutiers", le guide suprême d'Iran Ali Khamenei a promis samedi de "punir" les "auteurs de meurtres et de vandalisme".

La justice a infligé la peine capitale à cinq manifestants.

Et samedi, elle a convoqué huit personnalités du cinéma, de la politique et du sport, accusées d'avoir publié des contenus "provocateurs" en soutien à la contestation.

Hors d'Iran, les manifestations de solidarité avec la contestation se poursuivent, avec samedi des protestations à Londres, New York et Nicosie.

Le 20 novembre 2022

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