Gaz: la Russie et l'Ukraine reprennent leurs discussions sur leur contentieux
La Russie et l'Ukraine ont repris mercredi leurs discussions à Bruxelles sur le gaz, dans un climat détendu par l'annonce russe d'un report au 16 juin de l'ultimatum à Kiev pour le paiement de sa dette gazière.
Le commissaire européen à l'Energie Günther Oettinger, qui joue les médiateurs pour assurer le maintien des livraisons de gaz à l'UE transitant par l'Ukraine, et les ministres de l'Energie russe et ukrainien, Alexandre Novak et Iouri Prodan, ont entamé à 07H30 GMT leurs négociations, qui devraient durer au moins jusque dans l'après-midi, a indiqué la Commission européenne.
Si M. Oettinger a prévenu mardi soir qu'un règlement du contentieux gazier russo-ukrainien pourrait prendre "plusieurs jours", la partie russe a toutefois relâché un peu la pression avant ce nouveau tour de table.
A l'issue d'entretiens dans la nuit avec le commissaire européen, le PDG du fournisseur russe Gazprom, Alexeï Miller, a annoncé le report au 16 juin au matin de l'ultimatum censé expirer mardi que Moscou avait posé à l'Ukraine pour s'acquitter de sa dette gazière en échange de la poursuite des livraisons.
"La partie russe a fait un pas en faveur de la poursuite des négociations, qui ont été menées ces derniers temps de manière assez intensive, et a décidé que le passage au système de pré-paiement est reporté à lundi à 10 heures", a déclaré M. Miller.
Selon un communiqué du Kremlin publié dans la nuit, le président russe Vladimir Poutine, qui s'est entretenu par téléphone à ce sujet avec la chancelière allemande Angela Merkel, a demandé à la délégation russe de poursuivre les négociations avec des "positions constructives" en vue de parvenir à "un accord mutuellement acceptable" entre la Russie et l'Ukraine.
- Blocage sur le prix du gaz -
Les discussions, auxquelles participent également M. Miller et son homologue du groupe ukranien Naftogaz, Andriï Kobolev, butent encore sur le prix du gaz réclamé par la Russie, qu'elle a fixé à un niveau sans équivalent en Europe depuis l'arrivée au pouvoir de pro-occidentaux.
Moscou a proposé à Kiev une ristourne de 100 dollars pour 1.000 m3 du prix, passé au 1er avril de 268 à 485 dollars, mais l'Ukraine a refusé, a indiqué mercredi matin le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk.
"Nous connaissons les pièges des Russes: leur réduction est décidée par leur gouvernement, et peut être supprimée par le gouvernement. Notre proposition reste la même, c'est que le contrat soit changé", a expliqué M. Iatseniouk lors d'un conseil des ministres diffusé à la télévision.
Le journal russe Kommersant a attribué à la Commission européenne la proposition d'un prix autour de 360 dollars pour 1.000 m3. Selon le journal, les représentants russes se sont rendus à Moscou mardi pour en rendre compte personnellement à Vladimir Poutine.
Gazprom insiste sur le remboursement par l'Ukraine de l'ensemble de sa lourde dette gazière qui s'élève à 4,5 milliards de dollars, et menace de passer à un régime de paiement à l'avance pour ses livraisons à Kiev. Un tel régime menacerait le maintien de l'approvisionnement de l'Ukraine, par où transitent quelque 15% des importations de gaz russe.
Gazprom avait déjà repoussé son ultimatum du 3 au 9 juin, puis du 9 au 10 juin, après avoir reçu un premier versement par Kiev de 786 millions de dollars.
Le climat s'est aussi détendu mardi entre Moscou et Kiev, après l'annonce par le nouveau président ukrainien, Petro Porochenko, de la création de couloirs humanitaires réclamés par Moscou, dans les zones de combat de l'Est séparatiste.
"J'ai vu que toutes les parties étaient prêtes à agir pour une désescalade de la crise en Ukraine", a jugé mardi le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier à l'issue de pourparlers avec ses homologues russe Sergueï Lavrov et polonais Radoslaw Sikorski à Saint-Pétersbourg, en Russie.
"Je ne dis pas que nous avons déjà trouvé une issue à la crise, mais l'escalade a laissé place à une nouvelle atmosphère", a ajouté M. Steinmeier. "Nous voyons le bout du tunnel".