Ethiopie: les rebelles tigréens revendiquent la prise d’une deuxième ville clé en Amhara

Ethiopie: les rebelles tigréens revendiquent la prise d’une deuxième ville clé en Amhara

Le 31 octobre 2021 à 18h03

Modifié 31 octobre 2021 à 18h03

Les rebelles du Front de libération du Peuple du Tigré (TPLF), qui affrontent depuis un an l’armée fédérale éthiopienne, ont affirmé dimanche avoir pris Kombolcha, une deuxième ville stratégique en région Amhara, après celle de Dessie la veille, progressant ainsi rapidement vers le sud.

« Nous contrôlons fermement #Kombolcha », a déclaré Getachew Reda, porte-parole du TPLF, sur Twitter.

Cette victoire, si elle se confirmait, constituerait une nouvelle étape importante pour les rebelles, qui ont réussi à reprendre la plus grande partie du Tigré aux forces fédérales en juin, avant de poursuivre leur expansion aux régions voisines.

La plus grande partie du nord de l’Ethiopie est interdite aux journalistes, rendant pratiquement impossible une vérification indépendante des informations transmises par les deux parties.

Le porte-parole des rebelles, Getachew, a déclaré que le TPLF, qui a dominé la politique nationale pendant trois décennies jusqu’en 2018, n’avait pas « d’autre motivation que de briser le siège sanglant » du Tigré, en proie à une grave crise humanitaire.

Mais les combats à Kombolcha, située au sud de Dessie, ont alimenté les spéculations selon lesquelles le TPLF se rapprochait de la capitale éthiopienne Addis-Abeba.

A Kombolcha, des habitants effrayés ont raconté à l’AFP qu’ils avaient passé la journée terrés chez eux alors que des tirs résonnaient dans les rues, les combattants du TPLF affrontant les soldats éthiopiens et des milices locales.

Semira, 36 ans, a dit avoir repéré les rebelles marchant dans la rue après avoir fini de prier dans une mosquée locale. « J’ai vu des soldats (…) sortir de la ville avec quelques camions », a-t-elle ajouté.

Un commerçant, Hamdiu, a également affirmé avoir vu des troupes éthiopiennes partir à bord de camions.

« La ville est d’un calme effrayant maintenant (…) tous les gens sont chez eux », a-t-il dit à l’AFP, ajoutant qu’il pouvait voir des combattants du TPLF dans les rues par la fenêtre.

– Nouveaux combats à Dessie –

La ville de Dessie, au nord de Kombolcha, a également été le théâtre de nouveaux combats et de tirs d’artillerie dimanche.

Les troupes éthiopiennes, qui selon plusieurs témoins avaient battu en retraite la veille au soir, sont revenues en ville et ont ordonné aux habitants de rester chez eux.

« Les soldats nous ont dit qu’il y avait de nouveau des combats et nous ont dit de ne pas sortir », a affirmé à l’AFP un résident, qui s’est seulement identifié sous le nom de Mohammed.

Desta, un autre habitant de Dessie, a ajouté avoir vu des soldats combattre dans les rues.

« Ils tirent, mais j’ai dû fermer ma fenêtre pour ne pas être repéré et pris pour cible », a-t-il assuré.

Une autre habitante de la ville, Yemesirach, a indiqué qu’elle entendait des détonations et qu’elle était « à la maison, terrifiée ».

Un communiqué de l’armée éthiopienne a indiqué dimanche que « les forces armées sur le front continueront de nettoyer le groupe de terroristes ».

Les habitants avaient auparavant fait état d’un important renforcement militaire à Dessie, qui se trouve à environ 400 kilomètres au nord d’Addis-Abeba, alors que les civils fuyaient les villes touchées par le conflit.

– Mobilisation populaire –

Un responsable éthiopien à appelé dimanche ses concitoyens à se mobiliser pour la bataille et la région Amhara, où se trouvent Dessie et Kombolcha, a renouvelé ses appels à la population pour défendre leurs terres.

« Tout Ethiopien en capacité de se battre doit se mobiliser », a affirmé Legesse Tulu, le ministre éthiopien de la Communication et porte-parole du gouvernement.

L’administration de la région Amhara a pour sa part « appelé tous les citoyens de la région habilité au combat à s’enregistrer au cours des trois prochains jours ».

L’aviation éthiopienne a par ailleurs mené dimanche une frappe aérienne sur la capitale régionale du Tigré, la dernière d’une série de bombardements quasi quotidiens ces deux dernières semaines.

La frappe tombée près de Mekele visait un « centre d’entraînement militaire (qui) servait à recruter et entraîner » les combattants du TPLF, a déclaré le gouvernement éthiopien sur Twitter.

Aucune victime n’a pour l’instant été recensée, mais des sources hospitalières à Mekele ont fait état d’une dizaine de morts lors d’une frappe précédente jeudi, et les Nations unies avaient rapporté trois victimes le 18 octobre.

Le gouvernement assure viser uniquement des installations militaires, alors que selon le TPLF, plusieurs bombardements ont visé des zones civiles.

Les hostilités ont provoqué de nombreux déplacements de populations et, selon les Nations unies, placé quelque 400.000 personnes au bord de l’état de famine.

Les grandes organisations humanitaires dénoncent régulièrement les entraves à l’acheminement de l’aide au Tigré, soumise à ce que l’ONU qualifie de « un blocus de facto ».

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