En Irak, la sécheresse pousse les agriculteurs à quitter les champs

Le 16 novembre 2021 à 17h44

Modifié 16 novembre 2021 à 17h44

La culture du blé, « c’est devenu une loterie », lâche Khamis Ahmed Abbas. Agriculteur dans le nord de l’Irak, il a abandonné ses terres devenues inexploitables à cause de la sécheresse pour tenter sa chance à Mossoul, grande ville la plus proche.

M. Abbas, 42 ans, voyait déjà venir le déficit en pluies depuis quelques temps dans la plaine de Ninive, au coeur du Croissant fertile, là où les hommes auraient découvert l’agriculture il y a 10.000 ans.

Mais les champs à Ninive, au Kurdistan d’Irak voisin et en Syrie toute proche se sont progressivement asséchés l’été dernier pour ne plus ressembler qu’à des amoncellements de poussières impropres à la culture. Le mercure a dépassé les 50 degrés par endroits, des températures exceptionnelles, même pour l’Irak.

Un peu plus au nord-est de Ninive, le réservoir de Zawita est totalement à sec pour la première fois depuis sa mise en service en 2009, frappant de plein fouet des agriculteurs de la région.

« Aujourd’hui, cultiver de l’orge ou du blé, cela tient de la loterie », raconte Khamis Ahmed Abbas, car « tout dépend de la pluie », qui est devenue une grande absente dans cette région.

Il y a environ trois mois, il a décidé d’abandonner son exploitation et de déménager avec ses deux épouses et ses neuf enfants à Mossoul.

– Chômage –

« Ici, je suis au chômage », raconte M. Abbas à l’AFP depuis un café de Mossoul, la deuxième ville d’Irak en pleine reconstruction après l’occupation par le groupe Etat islamique entre 2014 et 2017 et les violents combats entre les jihadistes et l’armée irakienne, épaulée par une coalition internationale.

La province de Ninive, grenier à blé de l’ancienne Mésopotamie puis de l’Irak, compte environ 6.000 km2 de terres agricoles. Elle a été « la plus touchée » par la sécheresse qui s’est abattue sur l’Irak cette année, souligne Hamid al-Nayef, porte-parole du ministère de l’Agriculture à Bagdad.

En 2020, Ninive a produit 927.000 tonnes de blé « ce qui lui a permis d’être auto-suffisante », explique le directeur du Comptoir céréalier de la province, Abdelwahab al-Jarjari, à l’AFP. Mais « en 2021, ce volume est tombé à 89.000 tonnes, à cause de la sécheresse ».

Outre le déficit en pluies, l’Irak souffre de la baisse du niveau des cours d’eau, dont ceux du Tigre et de l’Euphrate, provoquée par les barrages construits en amont en Turquie et en Iran, souligne Samah Hadid du Norwegian Refugee Council (NRC).

Au plan mondial, avec le changement climatique, l’intensité et la fréquence des épisodes de sécheresse –qui menace notamment la sécurité alimentaire des populations– risquent encore d’augmenter même si les nations parviennent à limiter la hausse des températures à +1,5°C par rapport à l’ère pré-industrielle.

L’Irak fait face à « la pire sécheresse de son ère moderne » qui pousse par ricochets des familles entières à délaisser la campagne pour s’installer en ville, selon Samah Hadid.

En juin et juillet 2021, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a estimé à 447 le nombre de familles ayant quitté leurs terres à Ninive à cause de la sécheresse, après les avoir réinvesties au moment de la chute de l’EI dans la région.

– « Risques d’instabilité » –

Akram Yacine, 28 ans, pense lui aussi à lâcher l’affaire. Il a déjà vendu une partie de ses 500 moutons « pour survivre » et envisage de tout quitter.

« Je vais peut-être changer de métier. Je perds plus que je ne gagne. J’ai vendu une partie de mes terres et avec cet argent j’ai planté dans une autre zone », dit-il depuis son champ du village d’Al-Qaïm, au nord de Mossoul.

Mais cet afflux de ruraux vers Mossoul, Kirkouk et Bassora, dans le sud de l’Irak, « risque de créer de l’instabilité, car ces villes ne sont pas préparées pour ces arrivées massives », juge Roger Guiu, chercheur au sein de l’institut de recherches Social Inquiry à Erbil.

Pour Khamis Ahmed Abbas, l’ancien agriculteur nouvellement arrivé à Mossoul, le quotidien se résume à l’inactivité. « Parfois je fais des petits boulots pour nourrir ma famille après avoir vécu du blé, de l’orge et du bétail », lâche-t-il.

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