De nombreux Birmans devant les prisons après l’annonce d’une amnistie par la junte

Le 19 octobre 2021 à 6h45

Modifié 19 octobre 2021 à 6h45

De nombreux Birmans se pressaient mardi devant les prisons dans l’espoir que leur proche soit l’un des milliers de détenus politiques que la junte, confrontée à une pression internationale croissante, a promis de libérer.

Nwet Nwet San est venu attendre son fils, un soldat qui a fait défection, devant la tristement célèbre prison d’Insein à Rangoun. « Il est détenu depuis huit mois. J’espère qu’il fait partie de la liste » des amnistiés, confie-t-il à l’AFP après des heures d’attente.

« Je suis déjà venue hier, mais mon mari arrêté en février n’est pas sorti. Je vais peut-être le voir aujourd’hui », soupire Kyi Kyi, ouvrière dans une usine.

Lundi, l’armée, au pouvoir depuis le coup d’Etat du 1er février contre le gouvernement civil d’Aung San Suu Kyi, a annoncé la libération à l’occasion de la fête bouddhiste de Thadingyut de 5.636 personnes, arrêtées lors des manifestations massives qui ont secoué le pays après le putsch. La fête débute mardi pour trois jours.

Plusieurs bus ont quitté la prison d’Insein avec à bord des prisonniers graciés qui ont levé le pouce en signe de victoire. Dans la foule qui les acclamait, certains ont répliqué par un salut à trois doigts, un signe de résistance au régime militaire.

Aucun détail n’a été donné sur les personnes libérées et les autorités pénitentiaires n’ont pas répondu aux demandes de l’AFP.

– Claque diplomatique –

Cette annonce est avant tout un geste symbolique à destination de l’Association des nations d’Asie du Sud-Est (Asean).

L’organisation, largement critiquée pour son manque d’efficacité, a décidé d’exclure le chef de la junte, Min Aung Hlaing, de son prochain sommet, fin octobre.

Le bloc a pris cette mesure exceptionnelle faute d’avancées sur la mise en oeuvre d’un plan régional en vue de rétablir le dialogue et de faciliter l’arrivée de l’aide humanitaire en Birmanie, en plein chaos depuis le putsch.

Le passage en force des généraux a mis fin à une parenthèse démocratique d’une décennie dans le pays.

Depuis, l’armée mène une répression sanglante avec plus de 1.100 civils tués et quelque 8.000 arrêtés, selon une ONG locale, l’Association d’assistance aux prisonniers politiques (AAPP), qui rapporte des cas de tortures, de viols et d’exécutions extra-judiciaires.

Plus de 7.300 personnes étaient en détention avant l’amnistie annoncée lundi.

L’AAPP qualifie cette amnistie de « technique de distraction » destinée aux gouvernements étrangers et estime que l’armée n’a « pas l’intention de relâcher la répression ».

Pour preuve, Aung San Suu Kyi, 76 ans, lauréate du prix Nobel de la paix 1991, reste visée par une multitude de procédures judiciaires – sédition, corruption, incitation aux troubles publics…

Elle encourt de longues années d’emprisonnement si elle est reconnue coupable, de nombreux observateurs dénonçant un procès politique dans le but de neutraliser l’ex-icône de la démocratie, grande gagnante des élections de 2015 et de 2020.

Assignée à résidence et maintenue dans un isolement total, elle ne communiquait avec le monde extérieur que par l’intermédiaire de son équipe de défense, qu’elle ne rencontre qu’au tribunal.

Mais ses avocats ont annoncé la semaine dernière être contraints au silence. La junte leur a interdit de communiquer avec des journalistes, des diplomates et des organisations internationales.

Suu Kyi est appelée à témoigner à son procès pour la première fois le 26 octobre.

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