Brexit: un gros risque pour le gouverneur de la Banque d'Angleterre
Le gouverneur de la Banque d'Angleterre (BoE) Mark Carney a déclaré mardi que l'appartenance du Royaume-Uni à l'Union européenne renforce le "dynamisme de l'économie" britannique et qu'une éventuelle sortie représente la plus grosse menace intérieure, tout en insistant sur le fait que ses propos n'étaient pas une "recommandation" de vote.
"Une économie plus dynamique est plus résistante aux chocs, peut croître plus rapidement sans générer de pressions inflationnistes ni créer de risques pour la stabilité financière et peut aussi être associée à une compétitivité plus efficace", a écrit M. Carney dans une lettre adressée à la Commission des finances du Parlement britannique devant laquelle il s'est exprimé mardi.
Dans cette lettre, M. Carney a notamment souligné que "le reste de l'UE est plus important pour le commerce et l'investissement au Royaume-uni que l'inverse".
Lors de cette audition au cours de laquelle il a détaillé les conséquences de l'appartenance du Royaume-Uni à l'UE sur la banque centrale britannique, M. Carney a ajouté qu'une sortie de l'Union représentait le "plus gros risque intérieur pour la stabilité financière" du pays, les risques mondiaux comme le ralentissement de la croissance chinoise restant la principale menace pour l'activité britannique.
"Dans l'état actuel des choses, nous disposons des outils pour atteindre la stabilité financière", et l'accord conclu en février avec l'UE par le Premier ministre britannique David Cameron contient "un nombre de protections et d'outils supplémentaires pour aider à garantir la capacité de la Banque à continuer d'atteindre ses objectifs statutaires", a expliqué M. Carney.
Tandis qu'une sortie de l'UE entrainerait une période d'incertitude qui pèserait sur la livre britannique et sur les investissements étrangers au Royaume-Uni, une situation qui inquiète certaines grandes banques internationales qui étudient actuellement la possibilité de transférer leurs activités de Londres vers l'Irlande et le continent européen, selon M. Carney.
Mais le Canadien, à la tête de la "Vieille dame de Threadneedle Street" (comme est surnommée l'institution) depuis juillet 2013, a tout de même relevé que la banque centrale ne dit pas que l'ouverture apportée par l'appartenance à l'UE est purement bénéfique, notamment car elle comporte également des risques, rendant l'économie britannique plus vulnérable à des chocs économiques et financiers extérieurs.
En introduction à son audition, M. Carney souligné que si l'aspect économique du débat est important, il ne représente pas la totalité des éléments sur lesquels les Britanniques vont se baser pour prendre leur décision.
"Sans surprise, le gouverneur de la Banque d'Angleterre Mark Carney a fait de son mieux pour rester droit dans ses bottes", mais "ses commentaires pourraient tout de même être interprétés comme quelque peu pro-UE", a commenté Vicky Redwood, économiste chez Capital Economics.
Le gouverneur s'est d'ailleurs défendu avec véhémence d'accusations de parti pris pro-Union, en provenance notamment du député conservateur pro-Brexit Jacob Rees-Mogg, insistant sur le fait que "rien de ce que nous disons ne doit être interprété comme une recommandation" de vote pour le référendum du 23 juin au cours duquel les Britanniques devront se prononcer sur le maintien ou non du Royaume-Uni au sein de l'UE.
Lundi, la BoE a annoncé trois opérations supplémentaires offrant des liquidités aux banques en juin "dans les semaines autour du référendum".
Ces opérations, mises en place en 2014, sont des "adjudications de réserves de la banque centrale qui fournissent aux banques, sociétés de crédit foncier et maisons de courtages la possibilité d'obtenir des liquidités" contre un large éventail de garanties, avait expliqué la BoE.
Cette annonce est intervenue alors que la livre britannique avait dégringolé fin février face à la perspective d'une possible victoire du oui à la sortie de l'UE, laissant présager de fortes turbulences sur les marchés financiers autour de la date du référendum.