Birmanie: le journaliste américain Danny Fenster libéré et en route vers les Etats-Unis

(AFP)

Le 15 novembre 2021

Le journaliste américain Danny Fenster, détenu en Birmanie depuis mai pour terrorisme, a été libéré et expulsé du pays, à la veille d’un procès où il risquait la prison à vie, a déclaré lundi à l’AFP un porte-parole de la junte militaire au pouvoir.

La libération de Danny Fenster a été obtenue à la suite de « négociations en tête-à-tête » entre le chef de la junte Min Aung Hlaing et l’ancien haut diplomate américain Bill Richardson, a indiqué son bureau dans un communiqué.

Les deux hommes se rendront aux États-Unis « via le Qatar, au cours du prochain jour et demi », a déclaré le Richardson Center, ajoutant qu’il était impatient de retrouver Danny et ses parents, Buddy et Rose, ainsi que son frère Bryan ».

Une photo postée par Bill Richardson montre Danny Fenster debout en short et tongs devant un petit avion aux côtés de l’ancien gouverneur du Nouveau-Mexique reconverti en négociateur d’otages, sur le tarmac de Naypyidaw, la capitale de la Birmanie.

Agé de 37 ans, le journaliste, qui travaille pour le magazine Frontier Myanmar, avait été arrêté en mai alors qu’il tentait de quitter le pays. Il était détenu depuis à la prison d’Insein près de Rangoun.

Dans un communiqué aux Etats-Unis, la famille du journaliste n’a pas caché son soulagement: « Nous sommes ravis que Danny ait été libéré et en train de rentrer -nous avons hâte de le serrer dans nos bras et sommes énormément reconnaissants envers tous ceux qui ont contribué à sa libération, en particulier l’ambassadeur Richardson, nos amis et le public qui nous a soutenu et épaulé durant ces longs mois difficiles que nous avons endurés ».

« Nous pouvons confirmer qu’il a été libéré et qu’il sera expulsé. Des détails seront communiqués ultérieurement », avait auparavant déclaré à l’AFP le porte-parole de la junte Zaw Min Tun.

La semaine dernière, le journaliste avait été condamné à 11 ans de prison pour incitation contre l’armée et association illégale.

Il devait comparaître mardi devant un tribunal pour terrorisme et sédition, et encourait pour cela la prison à vie.

– « Il n’avait rien fait de mal » –

« C’est une merveilleuse nouvelle pour tous ses amis et sa famille », a déclaré à l’AFP son collègue de Frontier Myanmar Andrew Nachemson.

« Mais bien sûr, il n’aurait jamais dû passer six mois en prison… et tous les journalistes locaux qui restent emprisonnés devraient également être libérés immédiatement. »

Richardson s’était rendu en Birmanie au début du mois pour une « mission humanitaire privée ». Il avait alors déclaré que le département d’État américain lui avait demandé de ne pas évoquer le cas de Fenster lors de sa visite.

Le journaliste, qui a passé 176 jours derrière les barreaux, aurait contracté le Covid-19 pendant sa détention, ont déclaré des membres de sa famille lors d’une conférence téléphonique avec des journalistes américains en août.

« C’est une nouvelle fantastique pour Danny et sa famille », a déclaré à l’AFP Richard Horsey, spécialiste de la Birmanie à l’ONG International Crisis Group, selon qui « il n’avait rien fait de mal et n’aurait jamais dû subir cet enfer ».

« Il est également important en ce moment de se souvenir des nombreux journalistes birmans injustement détenus, et qui doivent également être libérés », a-t-il ajouté.

La Birmanie a sombré dans le chaos depuis le putsch militaire du 1er février qui a mis fin à une parenthèse démocratique de 10 ans.

Le régime poursuit une sanglante répression contre ses opposants avec plus de 1.200 civils tués et plus de 7.000 en détention, selon l’Association d’assistance aux prisonniers politiques (AAPP). Cette ONG locale signale des cas de tortures, de viols et d’exécutions extra-judiciaires.

La presse est muselée par la junte qui tente de renforcer son contrôle de l’information, limitant l’accès à l’internet et annulant les licences des médias.

Plus de 100 journalistes ont été arrêtés depuis le putsch, selon Reporting ASEAN, une association de défense des droits, qui souligne que 31 d’entre eux sont toujours en détention.

L’ancienne cheffe du gouvernement civil Aung San Suu Kyi, 76 ans, est actuellement jugée pour différents motifs qui peuvent la conduire en prison pour des décennies.

Le 15 novembre 2021

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