Au salon moto de Milan, les hôtesses restent un argument de vente malgré les critiques

Le 25 novembre 2021 à 10h52

Modifié 25 novembre 2021 à 10h52

Peut-on vendre des motos sans pin-ups? Au salon Eicma de Milan, les hôtesses en costume de lycra et sous-vêtements apparents sont encore bien là malgré les critiques.

Les visiteurs de ce grand salon européen de la moto, des hommes en grande majorité, sont accueillis par une centaine de jeunes femmes perchées sur les machines, en combinaison blanche très près du corps chez Suzuki, mini-short de cuir et grandes bottes chez les casques Airoh.

Martina, 20 ans, travaille pour la deuxième fois comme hôtesse pour la marque de lubrifiants WD-40. L’étudiante esthéticienne, qui n’a pas souhaité donner son nom, distribue des cadeaux, en combinaison bleue et jaune largement décolletée.

« C’est super d’être au contact du public, quand il est respectueux », commente Martina, perchée sur de (très) hauts talons. « Et l’uniforme nous plaît, il est bien coupé et très beau avec ses paillettes ».

Giorgio, 45 ans, fan de motos venu de Modène (Nord), lui demande de monter sur une moto pour la prendre en photo avec un ami. « Chez nous, quand on est passionné de moto, on est aussi passionné de jeunes femmes, c’est comme ça », lance-t-il, ravi.

Chaque année, des pages Instagram comme certains médias publient encore des compilations des « ragazze » de l’Eicma.

– Tradition –

Interrogés, plusieurs visiteurs étrangers marquent pourtant leur étonnement. « On nous a expliqué que c’était typiquement italien », clament-ils en coeur, soulignant que les grands salons allemands, français ou britanniques ne vont pas aussi loin.

Du côté des salons automobiles, les marques ont aussi revu leurs style ces dernières années, engageant des équipes mixtes ou des conseillères qui expliquent les produits.

« Les combinaisons moulantes, c’est typique du monde de la moto », souligne Eleonora, 33 ans. L’hôtesse porte un bleu de travail sur le stand Yamaha, près de la moto du champion du monde Fabio Quartararo.

Dans les courses de moto, des « umbrella girls » abritent encore les pilotes avant le départ, en combinaison moulante et parapluies à la main, tandis que les « grid girls » ont été bannies de la Formule 1 en 2019.

« C’est une tradition de l’Eicma », appuie Fabio Campanile, un porte-parole du fabricant chinois de scooters Super Soco. « Chez nous, elles reçoivent des formations et peuvent répondre aux questions sur les produits. Mais il est vrai que les clients préfèrent prendre la moto en photo avec une fille plutôt qu’avec moi ».

Recrutées via des agences, les hôtesses gagnent entre 80 et 120 euros par jour, soit environ 500 euros sur les 5 jours du salon, selon elles. « C’est plus que la plupart des jobs » et ce salon important peut déboucher sur d’autres contrats, souligne Martina chez WD-40.

– ‘Mains baladeuses’ –

« Il y a parfois des mains baladeuses quand il y a beaucoup de monde », regrette cependant la jeune femme, alors que le salon ouvre jeudi au grand public. « Certains hommes se comportent comme si tout était permis. J’enlève la main et je dis que c’est interdit ».

En visite à l’Eicma mercredi, l’influenceuse moto Emilia Dobrev a explosé sur son compte Instagram contre l’utilisation de ces hôtesses, « dégradante pour les motardes ».

« Personne ne roule en soutien-gorge! », lance cette Corse de 26 ans. « Pourquoi on est encore obligés en 2021 de mettre des femmes à moitié à poil pour vendre de l’huile ou des motos? Et ensuite les hommes se plaignent qu’il n’y ait pas assez de femmes dans cet univers ».

Le mouvement #MeToo a pourtant fait quelques vagues: BMW comme KTM, absentes du salon cette année, ont cessé de mettre des hôtesses en avant. Piaggio a aussi mis des stewards sur son stand et la plupart des hôtesses ont des tenues plus classiques.

« Il y a déjà un côté animal dans la moto. Pas besoin d’hypersexualiser! » remarque Caroline Merville, une trentenaire française qui a lancé une marque de vêtements pour motardes, Eudoxie. « C’est étonnant de jouer encore avec ces codes-là à l’heure où l’on parle de mixité partout ».

« C’est pour attirer les non-passionnés », veut croire Emilia Dobrev. « Un vrai motard veut juste une belle moto ».

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