Attentats de Copenhague: ouverture du procès de quatre complices présumés
Un an après le double attentat contre une conférence sur la liberté d'expression et une synagogue à Copenhague, le procès de quatre complices présumés du tueur s'est ouvert jeudi devant le tribunal de la capitale danoise, placé sous haute sécurité.
Omar El-Hussein, Danois d'origine palestinienne de 22 ans, avait tué deux personnes et blessé cinq policiers le 14 février 2015 lors de deux attaques. Ses cibles et le mode opératoire rappelaient les attentats commis contre l'hebdomadaire français Charlie Hebdo et un Hyper Cacher à Paris le mois précédent.
Le procès de Copenhague, événement rare dans la lutte contre le jihadisme en Europe, se tient dans un contexte de menace toujours très élevée depuis les attaques qui ont fait 130 morts et des centaines de blessés le 13 novembre à Paris et sa proche banlieue.
Mardi, la police danoise révélait par exemple l'arrestation en janvier d'une adolescente de 16 ans et d'un jeune homme de 24 ans soupçonnés d'avoir préparé des attentats contre deux écoles, dont une école juive à Copenhague.
Le tueur de Copenhague avait fait allégeance au groupe État islamique sur sa page Facebook le jour des attentats selon les médias danois, mais n'avait aucune relation connue avec des réseaux jihadistes structurés. Il a été abattu à l'aube du 15 février 2015 dans un échange de tirs avec la police.
Poursuivis pour la seule attaque de la synagogue, ses complices présumés ont pris place sur le banc des accusés vers 9h30 (8h30 GMT). L'un d'eux, crâne rasé, en sweat-shirt et veste noirs, a souri et salué deux de ses co-accusés ainsi que son avocat avant de s'asseoir.
Liban Ahmed Saleban Elmi, 20 ans, Ibrahim Khalil Abbas, 23 ans, Bhostan Khan Hussein, 26 ans et Mahmoud Rabea, 31 ans, comparaissent en vertu de la loi antiterroriste du Danemark et seront jugés par trois magistrats professionnels et six jurés citoyens.
À l'ouverture des débats, le procureur Bo Bjerregaard les a accusés d'avoir voulu "déstabiliser ou détruire les fondations politiques, constitutionnelles, économiques et sociales" du Danemark.
Les quatre hommes ont d'après les enquêteurs fourni à Omar El-Hussein des munitions, un sweat-shirt à capuche et un sac, et lui ont facilité l'accès à un ordinateur dans un cybercafé d'où il avait pu localiser le lieu de culte.
Deux d'entre eux sont accusés de s'être débarrassés de l'arme utilisée dans la première attaque.
Un cinquième mis en cause, le propre frère du tueur auquel il avait fourni un gilet pare-balles, a bénéficié d'un non-lieu, l'enquête n'ayant pas permis d'établir qu'il connaissait ses projets meurtriers.
- 'Ils n'auraient pas pu faire ça' -
En février 2015, Omar El-Hussein avait d'abord ouvert le feu au fusil d'assaut sur le centre culturel Krudttønden, où se tenait une conférence autour du thème "Art, blasphème et liberté" en présence du dessinateur suédois Lars Vilks, auteur de caricatures du prophète Mahomet, et de l'ambassadeur de France, François Zimeray.
Le cinéaste danois Finn Nørgaard, 55 ans, avait été tué, et trois policiers blessés.
Se sachant identifié, le tueur avait demandé l'aide de connaissances pour commettre un second attentat et aller au devant de son destin: avant de mourir, il avait écrit à ses "frères" en se vantant d'avoir gagné sa place au "paradis", selon des sources policières citées par Radio24syv.
Dans la nuit, il avait ainsi abattu un fidèle juif de 37 ans, Dan Uzan, devant la grande synagogue de Copenhague où se déroulait une bat-mitsva (cérémonie par laquelle les adolescentes juives accèdent à la majorité religieuse), blessant également deux policiers.
Les accusés encourent la réclusion à perpétuité. Tous clament leur innocence.
Celle-ci est une évidence pour certains habitants de Mjølnerparken avec qui ils ont grandi.
"Je sais qu’ils n'auraient pas pu faire quelque chose comme ça", a affirmé à l'AFP Abdi, 19 ans, se disant "certain" de voir un acquittement.
Dans ce quartier où vivent de nombreux immigrés dans des immeubles en briques rouges et aux cages d'escalier défraîchies, la vie a changé depuis les attaques, déplorent des habitants.
"Les enfants jouaient plus souvent dehors avant", dit ainsi Abdullah, 18 ans, qui ne connaissait ni Omar El-Hussein ni ses complices présumés. "Les policiers sont plus agressifs, ils sont là plus souvent", constate pour sa part Abdi.
Trente jours d'audience sont prévus, étalés jusqu'en septembre.