Après les taxis, des chauffeurs des plateformes VTC manifestent à Paris
Des chauffeurs spécialisés dans les transports collectifs et travaillant avec les plateformes de réservation de voitures de tourisme avec chauffeur (VTC) manifestaient mercredi à Paris, estimant avoir été sacrifiés en "gage de paix sociale" aux taxis.
Sur fond de slogans "J'envoie vallser ton plan social", "Valls = G7" (compagnie parisienne de taxis), plus de 250 voitures se sont rassemblées peu après 11H00, bloquant le boulevard du Montparnasse, a constaté un journaliste de l'AFP. Un cortège devait ensuite rejoindre les Invalides.
Cette mobilisation a lieu une semaine après que le gouvernement, en butte à un énième mouvement de colère des taxis, a annoncé des mesures pour lutter contre l'utilisation détournée des licences de chauffeurs LOTI (transports collectifs à la demande) par les plateformes VTC.
"Ca va être une marche silencieuse, parce que nous sommes en deuil", selon Joseph François, président de l'association Alternative mobilité transport (AMT), à l'origine du mot d'ordre. Elle regroupe une dizaine de sociétés LOTI, soit un millier de salariés, dont les conducteurs ne peuvent en théorie transporter moins de deux passagers.
Le secrétaire d'Etat aux Transports a envoyé vendredi des mises en demeure à une vingtaine de plateformes VTC (Uber, SnapCar, Chauffeur-Privé, etc.) pour leur rappeler que les licences LOTI, jusqu'ici plus faciles à décrocher que les licences VTC, s'appliquent au transport collectif et non particulier.
A quelques heures de la manifestation et après un mois de vide juridique, le gouvernement a cependant précisé au Journal officiel mercredi les conditions d'accès à la profession de chauffeur de VTC.
Remplaçant la formation de 250 heures qui avait cours jusqu'à fin 2015, cet examen de 110 questions à choix multiples, dont les sessions seront organisées tous les quinze jours après une formation théorique de sept heures, pourrait donner une porte de sortie aux chauffeurs LOTI.
Ces derniers craignent de ne plus pouvoir du tout utiliser les plateformes, et ces entreprises disent d'ailleurs soutenir leur mouvement.
- Soutien d'Uber -
"On estime à 10.000 à peu près le nombre de personnes (...) qui travaillent en France dans le métier du transport de personnes, à qui aujourd'hui on est en train de dire +finalement vous n'avez plus le droit d'utiliser des plateformes numériques+", a relevé mardi Pierre-Dimitri Gore-Coty, directeur général d'Uber pour l'Europe, l'Afrique et le Moyen-Orient.
"Uber en tant que plateforme soutient évidemment cette démarche et toutes les initiatives qui pourraient émerger autour de ces capacitaires qui pour nous n'ont aucune raison de ne plus avoir le droit de travailler", a ajouté M. Gore-Coty lors d'un débat sur le numérique à Paris.
"On a informé nos chauffeurs (de la mobilisation) et on leur a dit que ce serait très bien s'ils pouvaient y participer", indique pour sa part à l'AFP Yves Weisselberger, PDG de SnapCar. L'entreprise recourt à "15-20%" de LOTI, mais sur l'ensemble du secteur ce serait plutôt un tiers, confie-t-il.
Ces licences, dans leur application aux VTC, "étaient une zone grise. C'est devenu une zone noire jeudi dernier" avec la mise au point du gouvernement, reconnaît pour sa part Bertrand Altmayer, président de la plateforme Marcel.
En revanche, "il y a beaucoup de chauffeurs qui ont des familles, qui utilisent cette licence et qui vont se voir priver de boulot du jour au lendemain. Il y a toute une économie derrière, loueurs, assureurs, centres de formation, banques", prévient-il.
Les LOTI veulent expliquer "toute l'ampleur que ces mesures vont avoir", renchérit M. François. Pour lui, "ce n'est pas en nous livrant sur la place publique comme gage de paix sociale (avec les taxis) que ça va résoudre le problème".
Mais la manifestation ne fait pas l'unanimité.
"Toutes les organisations de VTC existantes et connues ne sont pas pour cette marche-là, élaborée par les applications. Elles demandent à des chauffeurs LOTI de manifester en leur nom pour demander au gouvernement de pouvoir travailler dans l'illégalité, ce qui est un comble", déclare ainsi à l'AFP Farid Aïeche, du Syndicat des exploitants du transport de personnes (SETP).
Une méfiance relayée par Helmi Mamlouk, président de l'Union des chauffeurs capacitaires et VTC (Capa-VTC), qui qualifie l'AMT d'"association fantôme".