Après le choc, l'opposition russe en exil s'imagine un avenir sans Navalny

(AFP)

Le 22 février 2024

Pour les très nombreux opposants russes qui ont dû fuir leur pays, Alexeï Navalny donnait le la. Passé le choc de sa mort, ils tentent de se réorganiser et de poursuivre avec sa veuve Ioulia la mobilisation contre le pouvoir de Vladimir Poutine.

"Nous allons pleurer dans nos chambres, dans nos salles de bains, mais publiquement, nous allons évidemment continuer de nous battre contre le régime, avec tous les moyens à notre disposition", déclare à l'AFP Evguéni Nasyrov, coordinateur du mouvement de Navalny en Allemagne.

"C'est l'objectif de Poutine que nous perdions notre motivation et nous dispersions", ajoute le militant, qui a quitté la Russie peu avant l'invasion de l'Ukraine, le 24 février 2022.

Largement exilée, cette opposition continue de faire son possible: pour l'élection présidentielle russe du 15 au 17 mars, elle a appelé ceux qui votent contre Poutine à se rendre tous aux bureaux de vote à midi le 17 mars, alors que les autorités répriment férocement toute forme de critique.

"Même ceux qui ne votent pas, même s'ils ne sont pas russes, nous voulons rassembler des foules", dit M. Nasyrov, qui raconte joindre inlassablement des gens en Russie pour leur parler de la guerre en Ukraine.

Au-delà de ces actions, la cohésion de cette opposition pose question. Jusqu'à présent, seule l'organisation de Navalny forme un courant structuré, ayant réussi à batir un mouvement anti-Poutine credible avant d’être anéanti par la repression. Mais ce groupe fait cavalier seul face à un assemblage de personnalités disparates, dont le seul point commun est d'être contre l'invasion de l'Ukraine et le régime russe.

- 'Ioulia a tout changé' -

Parmi ces figures, Marat Guelman, un galériste russe renommé, critique du Kremlin, décrit lui des montagnes russes émotionnelles depuis la mort de l'opposant en prison: "J'ai d'abord pensé qu'il fallait arrêter de penser à la Russie, se concentrer sur son travail, réfléchir à comment organiser une nouvelle vie".

Puis l'espoir est revenu, notamment grâce à l'annonce choc de Ioulia Navalnaïa, trois jours après la mort de son mari, qui s'est dite prête à reprendre le flambeau.

"Ioulia a tout changé", affirme M. Guelman, désormais installé à Berlin, qui assure même que Mme Navalnaïa saura rassembler encore davantage que son mari.

Elle est, selon lui, la femme de la situation: "Le machisme de Poutine fonctionne bien face aux hommes, mais face à une femme il ne fonctionne plus. Le visage de la Russie anti-guerre doit être celui d'une femme."

"Ioulia peut compter sur mon soutien. J'espère que cette tragédie marquera un tournant pour que nous coordonnions nos activités d'opposition tous ensemble", dit lui aussi à l'AFP l'ex-député d'opposition Dimitri Goudkov, qui sillonne l'Europe pour établir des contacts avec les autorités du continent.

- Energie et humour -

M. Goudkov espère que les Russes suivront en masse l'initiative "Midi contre Poutine": "nous ne pouvons pas influencer les résultats des élections, mais si nous pouvons montrer des foules se rendant aux urnes à midi, cela peut saper la légitimité de Poutine", assure l'opposant, qui se souvient avoir assisté au mariage du couple Navalny et avoir mené des manifestations à leurs côtés en Russie.

Les lieutenants de l'opposant ne sont cependant pas attendus à une réunion prévue samedi et dimanche à Vilnius, en Lituanie, autour d'autres militants contre le pouvoir russe.

Alliés directs de M. Navalny ou pas, tous tentent de puiser dans l'énergie et l'humour que cet adversaire de Poutine affichait en toutes circonstances.

L'opposant incarcéré en Russie Vladimir Kara-Mourza a appelé jeudi les Russes à ne pas "céder à la morosité et au désespoir, c'est exactement ce qu'ils veulent. Nous n'avons pas le droit de faire ça, nous le devons à nos camarades tombés".

"Alexeï a dit : n'abandonnez pas. Il est impossible d'abandonner", a ajouté depuis sa prison en Sibérie cet ami de longue date d'Alexeï Navalny.

Sergueï Gouriev, ancien conseiller économique du gouvernement russe exilé en France, où il est directeur de la formation à Sciences Po Paris, dit avoir échangé avec Alexeï Navalny avant son transfert d'une prison de la région de Moscou à la colonie pénitentiaire reculée de l'Arctique où il est mort. Il en retient surtout "sa conviction que la Russie devrait être et sera un pays démocratique et pacifique".

Le militant Evguéni Nasyrov se souvient d'une rencontre en 2017 lors de l'ouverture d'un bureau du mouvement de Navalny à Tcheliabinsk, en Sibérie orientale.

"Il était venu avec un seul garde du corps et je lui ai demandé s'il ne craignait pas pour sa sécurité. Il m'a répondu en blaguant: +Vous, vous allez me défendre n'est ce pas ?+".

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Le 22 février 2024

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