Aéroport de Toulouse: Anne-Marie Idrac, experte des transports, présidente
Anne-Marie Idrac, experte des transports qui en a dirigé le secrétariat d'Etat, avant la SNCF, a reçu mardi pour délicate mission de présider l'aéroport de Toulouse, écartelé entre un actionnaire chinois très ambitieux et des collectivités locales réticentes.
"Je ne suis ni une potiche, ni une caution": à peine élue présidente du Conseil de surveillance de l'Aéroport de Toulouse-Blagnac (ATB), Anne-Marie Idrac a tenu à affirmer son indépendance face au nouvel actionnaire chinois de référence, installé à la tête de la quatrième plate-forme régionale française à la suite de sa privatisation partielle.
Certes, l'actuelle représentante spéciale pour les échanges économiques avec les Emirats arabes unis a été élue "sur proposition" du chinois Casil France, à qui l'Etat a cédé 49,99% de la société de gestion de l'aéroport. Casil s'est substitué à Symbiose, nom du consortium qui avait postulé lors du processus de privatisation.
Mais il s'agit d'une "mission d'intérêt général", a-t-elle martelé dans une salle de presse avec vue sur le tarmac toulousain.
L'ancienne secrétaire d'Etat aux Transports (1995 à 1997) a souligné que son élection s'est faite "à l'unanimité" au nouveau Conseil de surveillance, où Casil est devenu le premier membre, avec 6 sièges sur 15. L'Etat en possède deux et les partenaires locaux le reste.
"J'espère que cela va continuer sur le mode consensuel", a ajouté Mme Idrac, pressée de questions sur les dissensions entre le nouvel actionnaire fort chinois, qui entend plus que doubler le trafic, et les collectivités locales, qui craignent un accroissement des nuisances.
"Je n'aurais pas accepté la présidence si je n'avais pas pensé qu'on était dans le partenariat", a-t-elle assuré, avant d'ajouter: "Et dans le développement raisonné".
Casil, holding réunissant le chinois Shandong High Speed Group et le fonds d'investissement hongkongais Friedmann Pacific Asset Management, entend faire passer le trafic toulousain de quelque 7,5 millions actuellement à 18 millions d'ici à 2046.
Le plan "Grand Ciel Plus", voulu par les Chinois, prévoit bien "18 millions de passagers comme une perspective", notamment grâce à l'ouverture de liaisons avec la Chine, a confirmé Jean-Michel Vernhes, qui reste président du directoire d'ATB, organe exécutif nommé par le conseil de surveillance.
- Moudenc à la tête de la "stratégie" -
"Un hub me paraît complètement délirant", a souligné au moment même de l'élection de Mme Idrac le nouveau président du Conseil départemental de Haute-Garonne, Georges Méric (PS).
"Il s’agira de concilier développement économique local et qualité de vie des riverains", a averti de son côté le maire UMP de Toulouse, Jean-Luc Moudenc.
Justement: M. Moudenc, qui n'est pourtant pas membre du Conseil de surveillance, a été nommé à la présidence du Comité "Stratégie et Investissements" de l'aéroport, un organe chargé des "grandes décisions", a pris soin de préciser Mme Idrac.
La nouvelle patronne jouit de plus de "son expérience des affaires publiques" comme "gage de la préservation de l'intérêt public", a lui-même souligné M. Moudenc.
Mme Idrac, 63 ans, a été la première femme à la tête de la SNCF, de 2006 à 2008, après avoir dirigé la RATP (2002-2006).
A Toulouse, la présidente a souligné que les statuts de l'aéroport prévoyaient déjà que toute mesure "importante" devait être entérinée avec les deux tiers des voix au Conseil de surveillance, de quoi relativiser l'importance du débat sur une montée des collectivités locales dans l'actionnariat de l'aéroport.
Mme Idrac ne s'est ainsi pas prononcée sur la possible cession par l'Etat aux partenaires publics locaux des 10,01% qu'il possède encore dans ATB.
Le Département, qui détient déjà 5% d'ATB, a envoyé à ce titre un courrier jeudi aux autres actionnaires locaux (la Chambre de commerce et d'industrie à hauteur de 25%, la région et Toulouse pour 5% chacun) "pour organiser une table ronde et faire une proposition à l'Etat", a déclaré M. Méric.
Mme Idrac a en revanche dit "penser" que la possible rétrocession à des actionnaires locaux de 16 des 49,99% actuellement détenus par Casil allait "progresser".