A 94 ans, une ancienne insurgée de Varsovie défend l’UE et aide les migrants

Le 10 novembre 2021 à 8h52

Modifié 10 novembre 2021 à 8h52

Huit décennies après avoir combattu les nazis à Varsovie, l’ancienne résistante Wanda Traczyk-Stawska s’est lancée sur de nouveaux fronts, cette fois pour défendre la présence de la Pologne dans l’UE et aider les migrants.

« Tais-toi, idiot! Sale brute! »: à 94 ans, cette dame toute menue ne mâche pas ses mots en s’adressant, vêtue d’un modeste imperméable et d’un béret militaire, à un groupe d’extrême droite qui tente de perturber une imposante manifestation en faveur de l’Union européenne.

En ce jour d’octobre, des dizaines de milliers de personnes manifestent leur attachement à l’UE, après une décision de la Cour constitutionnelle contestant la primauté du droit européen. Une décision qui selon les experts constitue un pas vers une sortie de la Pologne de l’Union européenne, dans un contexte d’euroscepticisme flagrant de la majorité nationaliste au pouvoir.

« Je suis une soldate, j’y vais droit », explique Wanda Traczyk-Stawska à l’AFP, un sourire au coin des lèvres, chez elle devant une tasse de thé. Sa maisonnette, située dans un quartier excentré de Varsovie, est décorée des drapeaux polonais et européen.

– « Beignet » –

Elle avait 12 ans quand l’armée allemande a envahi la Pologne. Membre du mouvement scout, elle rejoint la résistance. Sous le doux pseudonyme de « Beignet », elle se lance dans des actions de sabotage.

Quand l’Insurrection de Varsovie éclate, le 1er août 1944, elle fait partie des quelque 50.000 résistants qui se révoltent contre l’occupant nazi. Elle est l’une des rares filles à porter un fusil mitrailleur, chose réservée alors généralement aux hommes.

En 63 jours de combats, près de 200.000 civils et insurgés ont péri et la ville a été transformée en un tas de ruines.

La jeune femme passe par quatre camps allemands de prisonniers de guerre, avant d’être libérée d’Oberlangen en 1945 par des forces polonaises opérant aux Pays-Bas et en Allemagne. De retour au pays, elle travaille comme enseignante dans un centre pour enfants handicapés.

– « Une mouche face à un éléphant » –

Rester au sein de l’UE « est une question de sécurité nationale », assure-t-elle. « Ce serait quoi si on quitte l’Union? On a déjà l’expérience de 1939 », quand la Pologne s’est retrouvée seule face aux puissances nazie et soviétique.

« C’est le pire danger pour nous (…) on se retrouverait comme une mouche face à un éléphant », impuissants, insiste l’ancienne combattante d’une voix forte qui contraste avec son allure fragile.

En s’élevant contre l’extrême droite lors de la manifestation d’octobre, « j’étais furieuse », avoue-t-elle. L’extrême droite, qui a reçu des financements publics, s’apprête à organiser jeudi à l’occasion du jour de l’indépendance une grande marche « patriotique ».

« J’étais montée sur la scène pour dire quelle était la Pologne de nos rêves, à nous les insurgés (…), et c’était une Pologne bienveillante, tolérante ».

Son intervention lui a valu aussitôt des menaces de mort de la part d’inconnus.

– ‘Honteux’ –

Mme Traczyk-Stawska saisit l’occasion pour dire à l’AFP son désaccord envers le traitement réservé aux migrants et réfugiés qui tentent de traverser la frontière polonaise à partir du Bélarus. Des milliers d’entre eux errent depuis des jours dans le froid glacial, renvoyés parfois à plusieurs reprises entre les deux pays.

Au moins 10 personnes sont déjà mortes dans cette partie de l’Europe, dont sept sur le sol polonais, selon le quotidien Gazeta Wyborcza.

L’UE accuse le président bélarusse Alexandre Loukachenko d’avoir orchestré cette vague de migrants, en représailles aux sanctions imposées par Bruxelles après la répression brutale de l’opposition.

Varsovie a imposé l’état d’urgence dans la zone frontalière, interdit l’accès des organisations humanitaires et médias, dépêché sur place des milliers de soldats et légalisé la pratique douteuse du refoulement direct, même pour les femmes et les enfants.

« Je suis engagée dans l’affaire des enfants à la frontière, déclare Mme Traczyk-Stawska. Si on ne change pas d’attitude face à ces enfants, ils vont mourir ».

« Il est impossible d’abandonner un enfant en danger. Cette façon de traiter les enfants à la frontière est une chose honteuse », insiste-t-elle en rappelant l’époque où, à l’âge de 12 ans, elle a vu des nazis « s’amuser à tirer sur des bébés ».

A propos des anciens insurgés, elle observe: « nous sommes tous très vieux, sur le point de mourir. Pour nous, cette situation c’est quelque chose d’humiliant ».

« On n’a plus la force de nous y opposer. On ne peut plus que pleurer. Enfin, pas tous, moi, je n’ai pas l’habitude de pleurer, j’étais soldate », ajoute-t-elle. « Mais je regrette d’être si vieille et boiteuse ».

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