Rabat : la maire et sept élus claquent la porte du RNI, le conseil de la ville entre en zone de turbulences
Quelques heures après la publication des investitures du RNI pour les prochaines législatives, la démission collective de huit élus communaux de Rabat a fait basculer un désaccord interne en crise ouverte. Au centre de l’affaire, le président de l’arrondissement du Souissi, Adil El Atrassi, des arbitrages électoraux contestés, une famille très implantée dans les rouages du conseil et une opposition qui réclame désormais des départs bien au-delà du parti. Explications.
Après l'annonce de la liste des candidats du RNI aux prochaines législatives, huit élus communaux de Rabat ont officialisé leur retrait des rangs du parti. Parmi eux figurent notamment la maire de Rabat, Fatiha El Moudni, ainsi que le président de l'arrondissement du Souissi, Adil El Atrassi, deux figures majeures de la majorité locale.
Intervenue quelques heures après la publication des investitures législatives, cette décision a alimenté les spéculations sur l'existence de tensions internes au sein du parti dans la capitale, que Médias24 a tenté de tirer au clair auprès des intéressés et de deux de leurs collègues restés au parti.
"Nous restons légitimes pour représenter les habitants"
Contacté, l'un des élus démissionnaires a refusé de commenter les raisons ayant conduit le groupe à quitter le RNI, tout en estimant que les intéressés restent légitimes pour poursuivre leur mandat communal.
« Nous ne voulons pas entrer dans une polémique politique car ce qui importe réellement est de continuer à servir les habitants qui nous ont accordé leur confiance », affirme cet élu, en ajoutant que la légitimité des démissionnaires découle du travail accompli sur le terrain depuis le début du mandat.
Au RNI, la piste des investitures revient avec insistance
Du côté des conseillers restés au sein du groupe communal du RNI, qui comptait au départ 23 élus sur un total de 81 au conseil communal de Rabat, l'interprétation des événements se veut totalement différente.
Président d’un arrondissement de la capitale, un conseiller communal du parti estime en effet que l’origine de cette crise s’inscrit en réalité dans les arbitrages opérés pour le scrutin législatif.
« Le véritable point de rupture avec le RNI concerne les investitures car le président de l'arrondissement du Souissi, qui souhaitait être accrédité par son parti, n’a pas obtenu satisfaction et a donc préféré démissionner », explique notre source, en précisant qu’Adil El Atrassi était en conflit ouvert avec le coordinateur régional du RNI, Saâd Benmbarek, qui lui aurait préféré un autre candidat.
Tout en reconnaissant avoir dû procéder à des arbitrages en raison du nombre particulièrement élevé de candidats aux élections législatives, Saâd Benmbarek affirme à Médias24 que des discussions sont actuellement en cours afin de convaincre les élus démissionnaires de revenir sur leur décision et de réintégrer le RNI.
« En politique, le choix d’un candidat au détriment d’un autre fait inévitablement des déçus. Cela étant, notre parti a été très surpris par cette décision radicale de quitter ses rangs », nous déclare le responsable, en ajoutant qu’aucun compromis n’a encore été trouvé à ce stade et que les huit élus concernés demeurent démissionnaires à ce jour.
Le poids politique de la famille El Atrassi
Quant à la décision des sept autres élus de le suivre en quittant le parti, notre interlocuteur affirme qu’elle serait liée au poids politique de la famille El Atrassi au sein de la majorité communale de Rabat.
Présenté comme le chef de file du groupe démissionnaire, Adil El Atrassi disposerait, selon lui, d’une véritable force électorale, avec plusieurs membres de sa famille occupant des postes stratégiques au sein du conseil communal, qui auraient décidé de le suivre.
Il nous renvoie notamment à la liste des élus démissionnaires qui, outre Adil El Atrassi, président de l'arrondissement du Souissi, compte également Jalal El Atrassi, vice-président du conseil de la ville, Sidi Mohamed El Atrassi, secrétaire du conseil, ainsi que Chaâbia El Atrassi, vice-secrétaire du conseil.
« Cette présence au sein des instances communales, qui traduit l'importance du réseau électoral de cette famille, explique le caractère collectif des démissions annoncées », conclut notre source.
La FGD réclame la démission des élus de leur mandat communal
Cette affaire a également fait réagir le groupe d’opposition de la FGD au conseil de la ville de Rabat.
Dans un communiqué, les élus de la FGD se sont en effet étonnés de l'utilisation de la grande salle de la commune pour annoncer une décision qu'ils considèrent comme relevant exclusivement de la vie interne d'un parti politique. Ils demandent aux autorités compétentes d'examiner les conditions dans lesquelles les moyens publics auraient été utilisés à cette occasion.
Selon un élu de la FGD, son groupe réclame par conséquent la démission des intéressés de leurs mandats communaux. « Sachant que la maire de la capitale et le président de l'arrondissement du Souissi ont été élus sous les couleurs du RNI lors des élections du 8 septembre 2021, leur départ du parti rompt le contrat politique qui les liait aux électeurs ayant voté pour cette formation », estime cet élu.
Rappelant que ces deux responsables étaient affiliés au PAM avant de rejoindre les rangs du RNI, notre interlocuteur conclut son propos en affirmant que la cohérence politique et le respect du choix des électeurs commandent leur retrait des responsabilités exécutives qu'ils occupent actuellement.
En attendant d’obtenir des explications officielles des huit élus, la seule certitude est que leur démission ouvre une période d'incertitude pour la majorité RNI-PAM-Istiqlal qui dirige la capitale…
Communiqué de presse de la FGD :

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