Près de Midelt, les traces fossiles d’un reptile volant vieilles de 120 millions d’années étudiées
À Mibladen, des chercheurs décrivent pour la première fois une piste associant marques de mains et de pieds attribuées à des ptérosaures. Conservé grâce à un moulage réalisé en 2009, le site a depuis été en partie vandalisé, empêchant de confirmer formellement l’existence d’un nouveau type d’empreinte.
Des chercheurs ont décrit en détail de rares empreintes de ptérosaures découvertes à Mibladen, près de Midelt, dans la région de la Haute Moulouya, un site considéré comme l’un des rares affleurements fossilifères à avoir livré ce type de traces au Maroc et en Afrique.
L’étude, publiée dans l’ouvrage scientifique Paladino: las Lenguas Romances y los Dinosaurios, porte sur des empreintes datant probablement du Barrémien supérieur-Aptien, au Crétacé inférieur. Elles auraient donc été laissées il y a environ 120 millions d’années par des ptérosaures, ces reptiles volants du Mésozoïque souvent confondus avec les dinosaures.
La principale nouveauté tient à la nature des traces étudiées. Pour la première fois sur ce site, les chercheurs décrivent une piste associant à la fois des empreintes de mains et de pieds. Le bloc principal étudié mesure 3,15 mètres de long et un peu plus de 1,5 mètre de large. Il comprend une piste d’environ deux mètres, composée de six empreintes de mains et six empreintes de pieds, ainsi que plusieurs dizaines d’empreintes isolées.
Les traces présentent une morphologie en forme de U et montrent des ressemblances avec celles de l’ichnofamille des Agadirichnidae, connue notamment à travers l’ichnogenre Agadirichnus, décrit au Maroc. Mais elles s’en distinguent par plusieurs caractéristiques, au point que les auteurs estiment qu’elles pourraient correspondre à un nouvel ichnogenre.
Cette hypothèse ne peut toutefois pas être formellement retenue à ce stade. Les chercheurs soulignent que la qualité médiocre de certaines traces, ainsi que la perte d’une partie du matériel à la suite d’actes de vandalisme, empêchent de créer officiellement un nouveau taxon. Les empreintes sont donc provisoirement attribuées à aff. Agadirichnus isp.
Selon l’étude, ces traces présentent aussi de fortes similitudes avec des empreintes découvertes en Asie de l’Est, notamment en Corée du Sud et en Chine, ainsi qu’en Espagne. Elles confortent l’idée d’une large distribution géographique et d’une diversification importante des ptérosaures au Crétacé inférieur.
Les auteurs estiment que l’animal ayant laissé ces empreintes appartenait probablement à la superfamille des Azhdarchoidea, un groupe de ptérosaures dont plusieurs représentants sont connus dans le Crétacé d’Afrique du Nord.
Le site de Mibladen avait été découvert en 2009 par une expédition de JuraPark. Les empreintes sont restées sur place, mais un moulage en résine réalisé à l’époque a permis de conserver une trace scientifique du spécimen, aujourd’hui catalogué sous le numéro JP J389.
Les chercheurs insistent enfin sur l’importance de préserver ces sites paléontologiques, devenus rares dans plusieurs régions du monde, en particulier en Afrique. Le cas de Mibladen illustre à la fois le potentiel scientifique du patrimoine fossilifère marocain et sa vulnérabilité face aux dégradations.
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