Législatives 2026 : un tiers de ses candidats renouvelés, mais le RNI parie encore sur ses notables
Le 5 juin 2026, le RNI a levé une partie du voile sur son dispositif électoral pour 2026, avec 89 noms, quatre ministres et plusieurs figures locales déjà bien installées. Derrière le chiffre du renouvellement, la sélection raconte surtout un parti qui veut éviter les mauvaises surprises, contenir les défections et préserver ses relais territoriaux. Lecture d’une liste qui en dit autant sur les ambitions du RNI que sur ses fragilités.
L'essentiel :
- Le RNI affiche un renouvellement de 36% de ses candidats, mais celui-ci concerne surtout les circonscriptions perdues en 2021 ou fragilisées par des affaires judiciaires.
- Dans ses terres fortes, le parti privilégie la continuité, avec des sortants reconduits, des notables locaux et plusieurs transmissions familiales.
- La liste montre un parti davantage soucieux de sécuriser ses sièges que d’envoyer un signal de rupture après une législature marquée par plusieurs polémiques.
- Avec seulement quatre femmes sur 89 candidats dans les circonscriptions locales, le RNI reste loin de l’image progressiste qu’il revendique.
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Les détails :
La liste des candidats du Rassemblement national des indépendants (RNI) pour les élections législatives de 2026, révélée le 5 juin 2026, montre un parti qui a fait un choix clair : maximiser ses chances de victoire plutôt que de répondre aux questions qui pèsent sur sa crédibilité politique.
Même si le bilan du gouvernement Akhannouch ne peut pas être jugé mauvais, son mandat a été marqué par une suite de polémiques qui ont entaché son image et celle du parti qui le mène, le RNI. Accusé de favoriser un capitalisme de connivence, le parti traîne de plus en plus une image d’affairisme et de clientélisme, dont il a du mal à se défaire. Un changement significatif dans la nature et la qualité de ses candidats aurait pu envoyer un signal clair : celui d'un parti capable d'entendre les critiques.
Or la liste révèle une tout autre logique, celle de la continuité, notamment dans les circonscriptions où le RNI était arrivé en tête en 2021. Le taux de renouvellement affiché de 36 % masque en effet une réalité plus sélective : le changement a surtout concerné les circonscriptions où le parti avait le moins performé, ou celles où des députés RNI ont été rattrapés par des déboires judiciaires.
Ce choix peut s'expliquer aussi par la difficulté à gérer les ambitions internes, notamment dans un parti où les coordinateurs régionaux et provinciaux pèsent dans le processus de sélection des candidats. Nous notons par exemple que plusieurs élus sortants n’hésitent pas à claquer la porte et à migrer vers d’autres partis lorsqu'ils sont écartés des listes.
Mis à part le président du parti, Rachid Talbi Alami, président de la Chambre des représentants, et les quatre ministres RNI en lice, la liste brille par l'absence de figures nationales d'envergure. La candidature de Mohammed Aujjar, dont le sort reste incertain dans l'une des trois circonscriptions de l'Oriental non encore pourvues de candidats, laisse entrevoir des tensions toujours vives entre les deux anciens rivaux à la présidence du parti.
Éviter les scandales de l’actuelle législature
Depuis les élections de 2021, la scène politique marocaine a été éclaboussée par une série de condamnations et de poursuites judiciaires qui ont concerné plusieurs élus, dont plusieurs députés du RNI. Il s’agit notamment d'Abderrahim Ouslam (Rabat Challah), Rachid El Faiek (Fès-Sud), Mohammed Boudrika (El Fida Mers Sultan), Mohammed El Hidaoui (Safi) et Ismail Barhoumi (Guéliz Nakhil). Quant à Younes Benslimane (Sidi Youssef Ben Ali) et Mohammed Simou (Larache), ils ont été acquittés par la justice.
S’il y avait un objectif que devait remplir cette liste, c’était d’opérer un changement qualitatif dans le choix des candidats, pour éviter ce genre de scandales qui ternissent l’image de l’homme politique au Maroc et découragent la participation des électeurs. Le RNI a-t-il réussi à le faire ? Seul l’avenir nous le dira.
Des mécontents difficiles à gérer
Le choix des candidats fait inévitablement des déçus, et la solidité d'un parti se mesure aussi à sa capacité à gérer ces tensions et à préserver l'unité de ses rangs. La publication de la liste n'a pas échappé à cette règle : la maire de Rabat et sept autres élus locaux ont annoncé leur démission du RNI.
Dans la région de Drâa-Tafilalet, des députés ont également contesté leur éviction par le coordinateur régional, malgré des résultats probants en 2021. C'est le cas d'Addi Khzou à Tinghir et d'Amrou Oujil à Errachidia, qui n'ont pas obtenu l'investiture du parti et devraient, selon des médias locaux, se présenter sous d'autres étiquettes.
Le renouvellement est aussi une affaire de famille
En 2021, le RNI n'a échoué à faire élire son candidat que dans cinq circonscriptions. Médiouna est la seule où le parti reconduit néanmoins son candidat pour 2026, en l'occurrence le promoteur immobilier Amine Nokta. Dans les quatre autres, le parti a fait des choix contrastés : à Youssoufia, la mission a été confiée au ministre Karim Zidane ; à M'diq-Fnideq, le parti mise sur le jeune El Hassan Al Chair, coordinateur provincial et fils du président de la commune, élu sous les couleurs de l'USFP ; à Assa-Zag, sur El Houssaine Houaich. Guercif, quant à elle, fait partie des trois circonscriptions de l'Oriental (avec Nador et Oujda) qui n'ont toujours pas de candidat désigné.
Fait notable, plusieurs des nouveaux visages ne sont en réalité que des passations de flambeau familiales. C'est le cas d'Omar Lazrak, fils de Nourreddine Lazrak, à Salé-Médina ; de Yasser Kandil, fils d'Abdelkader Kandil, à Sidi Bennour ; de Nadia Bouhdoud, fille de Mohammed Bouhdoud, à Taroudant-Sud ; et d'Anass Haddadi, fils de Mohammed Haddadi, à Moulay Rachid. À Meknès, la logique s'inverse : c'est le père, Ahmed Tahiri, qui se représente après que ses deux enfants, Badr et Sofia, ont siégé au Parlement l’un après l’autre sous la même étiquette durant cette législature.
Notons aussi que les circonscriptions de Casablanca-Settat sont toujours dominées par les promoteurs immobiliers et connaissent l’un des plus faibles taux de renouvellement. Si on exclut Yassir Kandil et Anass Haddadi, qui héritent de la candidature de leurs pères, seul Yassir Adil est nouveau sur la liste parmi les 16 circonscriptions que compte la région. L’ancien président de la Chambre de commerce de Casablanca, élu sous les couleurs de l’UC, se présente à El Fida-Mers Sultan à la place de Mohammed Boudrika.
Quatre femmes sur un total de 89 candidats
Le RNI n’a pas encore annoncé ses candidates pour les listes régionales, réservées aux femmes. Pour les circonscriptions locales, seules quatre femmes figurent parmi les 89 candidats annoncés. Soit le même chiffre que celui proposé par la liste du PJD, hors circonscriptions régionales, très en-deçà du progressisme social revendiqué par le parti. Il s’agit de :
• Zaina Chahim, candidate à Fès-Sud, actuelle présidente de la Commission des finances et du développement économique, remplaçante de Chouki, et avocate. Auparavant tête de liste régionale.
• Zaina Idhali, candidate à Agadir Ida-Outanane, septième vice-présidente de la Chambre des représentants et avocate. Auparavant tête de liste régionale. Elle remplace Karim Achengli, actuel président de la région, comme tête de liste pour la circonscription.
• Nadia Bouhdoud, présidente de la commune d'Oulad Taima, fille du député Mohammed Bouhdoud, élu en 2021 dans la même circonscription.
• Nadia Bouaida, députée qui a précédemment occupé le poste de présidente de la Commission des affaires étrangères, de la défense nationale, des affaires islamiques et des MRE à la Chambre des représentants. Nièce de l’actuelle présidente de la région, Mbarka Bouaida.

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