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Science

Espace : le redoutable Observatoire d’Oukaïmeden signe une triple découverte d’objets géocroiseurs, ces corps célestes qui peuvent frôler la Terre

En mai puis au début de juin, le programme MOSS a vu trois signalements — 2026 GU2, 2026 GW3 et 2026 LS — validés par les registres astronomiques internationaux, dont le Minor Planet Center. Derrière ces noms de code, il y a un télescope robotisé de 500 mm installé dans le Haut Atlas et piloté par des équipes marocaines, françaises et suisses. Une confirmation supplémentaire du rôle pris par le Maroc dans la veille astronomique mondiale.

Télescope robotisé de l’Observatoire d’Oukaïmeden utilisé pour détecter des objets géocroiseurs
Nawfal Kaiss
Le 9 juin 2026 à 12h30 | Modifié 9 juin 2026 à 15h03

Le ciel nocturne du Maroc cache des secrets que peu d'instruments au monde sont capables de déceler. Les équipes de l’Observatoire d’Oukaïmeden de l'Université Cadi Ayyad ont une nouvelle fois prouvé l'efficacité de leur dispositif. Sous la bannière du programme international MOSS (Morocco Oukaimeden Sky Survey), trois nouveaux objets géocroiseurs (Near-Earth Objects, ou NEO) ont été ajoutés aux registres de l’Union astronomique internationale.

Cette série de découvertes a débuté en mai 2026 avec l’identification de deux astéroïdes : 2026 GU2, un objet de type Apollo dont l’orbite croise celle de la Terre, et 2026 GW3, un astéroïde de type Amor.

La troisième découverte a eu lieu début juin 2026 avec la détection de 2026 LS. Ce nouvel objet géocroiseur, également classé dans la famille des Amor, a été officiellement validé par le Minor Planet Center (MPC), l'organisme de l'Union Astronomique Internationale chargé de centraliser les informations sur les petits corps célestes, via la circulaire MPEC 2026-L33.

Interrogé par Medias24 sur ces trois nouvelles découvertes réalisées en 2026, le Pr. Abdelmajid Benhida, directeur de l’Observatoire d’Oukaïmeden, souligne l'importance de ce jalon : "Ces nouvelles découvertes illustrent l’excellence scientifique développée à l’Observatoire d’Oukaïmeden et démontrent que le Maroc est aujourd’hui un acteur reconnu dans le domaine stratégique de la surveillance des objets géocroiseurs. Elles sont le fruit d’un travail collectif associant chercheurs, ingénieurs et partenaires internationaux engagés dans la protection de notre planète".

Les premiers calculs orbitaux publiés par le Minor Planet Center (MPC) précisent les distances minimales d'intersection entre les orbites de ces astéroïdes et celle de la Terre (MOID) :

  • 2026 GW3 : environ 5,1 millions de kilomètres.

  • 2026 GU2 : environ 7,6 millions de kilomètres.

  • 2026 LS : environ 15,6 millions de kilomètres.

"Ces valeurs continueront d’être affinées grâce aux observations de suivi", souligne le Pr Benhida. Pour donner un ordre de grandeur, ces objets passent à des distances bien supérieures à celle de la Lune (environ 384.000 km), tout en restant dans la zone de surveillance des objets proches de la Terre.

Par rapport à nature de ces objets, le Pr Benhida précise qu'à ce stade, les dimensions des trois astéroïdes ne peuvent être qu'estimées. Les astronomes s'appuient actuellement sur leur luminosité observée pour évaluer leur taille. Toutefois, des observations complémentaires, notamment en infrarouge ou par radar, seront nécessaires pour déterminer plus précisément leurs caractéristiques physiques.

De même, leur composition reste encore inconnue. "Il faudra réaliser des observations spectroscopiques spécifiques afin de déterminer s'il s'agit d'astéroïdes rocheux, métalliques ou riches en carbone, comme c'est le cas pour de nombreux objets du Système solaire", explique le Pr Benhida.

Concernant le risque d'impact, l'Observatoire se veut rassurant : aucun des trois objets découverts ne présente actuellement de menace identifiée pour la Terre. Néanmoins, chaque nouvelle découverte déclenche un suivi international rigoureux.

Les données recueillies à l'Observatoire d'Oukaïmeden sont systématiquement transmises au Minor Planet Center (MPC). Ces trajectoires sont ensuite analysées par les centres spécialisés de la NASA et de l'Agence Spatiale Européenne (ESA), qui calculent en permanence les probabilités d'approche.

En cas de risque significatif détecté pour les décennies à venir, une procédure de défense planétaire serait activée sous l'égide de l'International Asteroid Warning Network (IAWN), un réseau soutenu par les Nations Unies. Dans un tel scénario, l'Observatoire d'Oukaïmeden agirait en coordination étroite avec l'Université Cadi Ayyad, les autorités nationales compétentes et les instances internationales pour assurer la protection et l'information des populations.

Le programme MOSS : une expertise technologique de pointe

Le succès du programme MOSS repose sur une combinaison de technologies et de conditions climatiques exceptionnelles. Doté d'un télescope de 500 mm à commande robotisée équipé d’un correcteur de Wynne (F/D = 3,0), le site d’Oukaïmeden bénéficie d'un ciel d'une pureté rare. Ce télescope est piloté à distance par trois équipes basées à l’Université Cadi Ayyad de Marrakech, en France et en Suisse.

Depuis son lancement en 2011, le programme a produit des chiffres impressionnants : quatre comètes découvertes, 18 astéroïdes géocroiseurs (NEA) identifiés et 279 objets numérotés. Avec plus de 3.000 (re)découvertes et plus de 2,4 millions de mesures astrométriques transmises à la communauté internationale, l'Observatoire d'Oukaïmeden se classe désormais au 21e rang mondial du classement du MPC (Minor Planet Center).

Au-delà de ces derniers résultats scientifiques, le programme MOSS contribue également à la formation des étudiants et des jeunes chercheurs, favorisant le développement de l’astronomie et des sciences spatiales en Afrique.

En assurant une veille constante sur l'environnement spatial qui entoure la Terre, l'Observatoire d'Oukaïmeden s'impose comme une sentinelle indispensable à la protection de notre planète face aux risques liés aux objets géocroiseurs.

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Nawfal Kaiss
Le 9 juin 2026 à 12h30

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