Capital-investissement : levées record, sorties record, le Maroc change de braquet en 2025

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Par | Le 21/5/2026 à 17:32
Le capital-investissement marocain a signé une année 2025 record, avec 6,6 MMDH de levées de fonds, 2,2 MMDH investis et 4,2 MMDH de désinvestissements. Au-delà des volumes, les données de l’AMIC montrent un marché qui gagne en profondeur, porté par le retour des investisseurs marocains, la montée des sorties par IPO et marché secondaire, et un stock de 9,2 MMDH encore disponible pour les prochaines années.

L'essentiel :

  • 2025 est une année record pour le capital-investissement au Maroc, avec 6,576 MMDH de levées de fonds, réalisées par 11 fonds d’investissement.
  • Les investissements ont atteint 2,236 MMDH en 2025, portés par 14 sociétés de gestion, tandis que les désinvestissements se sont élevés à 4,199 MMDH, réalisés par 10 sociétés de gestion.
  • Le marché gagne en profondeur, avec 23 sociétés de gestion, 56 fonds sous gestion et plus de 220 entreprises investies en 2025.
  • En cumul à fin 2025, le secteur totalise près de 41 MMDH levés, dont 35,5 MMDH pour le capital-investissement et 5,5 MMDH pour les fonds d’infrastructure.
  • Près de 20 MMDH ont été investis à fin 2025 dans plus de 370 entreprises, dont 1,8 MMDH de réinvestissements.
  • Les sorties atteignent 14,3 MMDH en cumul, à travers près de 200 actes de désinvestissement, confirmant la montée en maturité du cycle investissement-sortie.
  • La performance ressort à 14% de TRI brut à fin 2025, contre 12% à fin 2024, avec un multiple global de 1,9x.

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Les détails :

Le capital-investissement marocain sort d’une année 2025 particulièrement faste. Pas uniquement parce que les levées ont atteint un niveau record de 6,57 MMDH, mais surtout parce que plusieurs lignes commencent à bouger en même temps sur le marché. Les fonds lèvent davantage, les sorties repartent fortement, les IPO reviennent dans les modes de désinvestissement, et on voit aussi beaucoup plus d’opérations en amorçage et en capital-risque qu’il y a quelques années.

Une année record qui installe le private equity marocain dans une nouvelle séquence

Le secteur compte désormais plus de 220 entreprises investies dans le périmètre annuel de l’AMIC. Neuf nouveaux fonds ont également intégré cette année le scope de l’association, parmi lesquels plusieurs véhicules d’AfricInvest, SPE Capital ou encore Al Mada Ventures.

Le TRI brut remonte à 14%, contre 12% un an auparavant, avec un multiple global de 1,9x. Autrement dit, les montants récupérés représentent presque le double des sommes investies. Il faut savoir que le TRI est un indicateur surveillé de près par les professionnels.

"L’année 2025 est un très bon cru. On est sur une année record au niveau des levées, une année record au niveau des désinvestissements, et même au niveau de l’investissement, on est sur des niveaux proches de notre dernier record. Ces chiffres montrent qu’on est entré, au niveau de toute l’industrie, dans un cercle vertueux. Et ce cercle vertueux vient d’abord des exits. Aujourd’hui, on a prouvé que sur notre marché, on peut rentrer, investir et sortir, que ce soit par l’IPO, par la Bourse, par le secondaire ou par des acteurs stratégiques", explique Hassan Laaziri, président de l’AMIC, lors de la conférence de presse consacrée à la présentation des résultats de l’année 2025, tenue ce 21 mai.

Depuis 2020, le marché semble d’ailleurs avoir changé de rythme. Sur les six dernières années, les levées cumulées atteignent un peu plus de 20 MMDH, soit près de quatre fois le volume enregistré entre 2014 et 2019.

"Concernant les investissements, ils se sont établis à 2,236 MMDH. "C’est à peu près 64 actes d’investissement. 2 MMDH au niveau des investissements directs. Et 236 MDH, ce sont des réinvestissements, des follow-up sur des investissements qui sont déjà faits. Donc on est à peu près à 2 MMDH d'investissements directs", ajoute-t-il.

Ce cercle vertueux vient d’abord des exits. Aujourd’hui, on a prouvé que sur notre marché, on peut rentrer, investir et sortir, que ce soit par l’IPO, par la Bourse, par le secondaire ou par des acteurs stratégiques

Amorçage, risque, développement : le marché s’élargit, mais les tickets se polarisent

En 2025, les phases de démarrage occupent une place importante dans le flux d’activité, avec 60% des nouveaux investissements réalisés en nombre en capital amorçage et capital risque.

75 MDH ont été investis en capital amorçage, 257 MDH en capital risque, contre 1,755 MMDH en capital développement. À fin 2025, l’amorçage et le risque représentent 43% des investissements en nombre, pour seulement 8% en valeur.

Leur poids en nombre a fortement progressé, passant de 32% entre 2008 et 2013 à 66% entre 2020 et 2025. En parallèle, le capital-développement concentre 83% des montants investis sur la dernière génération de fonds.

"Les stades de développement, là, on voit que, même si l’amorçage est le plus élevé en nombre sur la dernière génération, il ne représente que 11% en valeur, contre 83% pour le capital-développement."

Cette évolution accompagne aussi la montée en taille des fonds. Sur les opérations de développement, transmission et retournement, le ticket moyen est passé de 51 MDH entre 2008 et 2013 à 152 MDH entre 2020 et 2025.

Les tickets d’amorçage et de risque restent, eux, autour de 10 MDH, dans un marché plus actif en nombre d’opérations. Par ailleurs, le nombre de transactions inférieures à 20 MDH progresse, tandis que les opérations entre 20 MDH et 100 MDH reculent.

"Le marché, aujourd’hui, est dans une forme de polarisation. Vous le voyez bien. Le 'middle market' – on va dire de 10 jusqu’à 50 MDH – est en train de s’écraser au fur et à mesure des années. Il est en train de baisser. Aujourd’hui, c’est une problématique même pour notre industrie, pour notre écosystème. Il faut contrer ce point".

"Je me rappelle quand on a démarré, il y a vingt ans, tout le monde était dans des tickets entre 20 et 30 MDH ; mais plus les fonds ont une deuxième, troisième, quatrième génération, plus ils grossissent, doublent ou triplent de taille, et plus ils montent en ticket."

Sorties : le vrai test de maturité du marché

'Et on arrive au sujet le plus réjouissant quand on regarde les sorties, les exits. Et là, j’ai le plaisir d’annoncer que c’est une année record avec 4 MMDH de désinvestissements. Depuis le début de l’industrie, à la fin 2025, on est à peu près à 14 MMDH, et on va voir que le marché boursier revient à la première place avec ce qui se passe aujourd’hui. Donc juste au niveau des désinvestissements, on est à 4,2 MMDH contre 1,4 MMDH l’année dernière. Donc c’est un saut assez impressionnant", explique le président de l’AMIC.

Dans les détails, les désinvestissements ont atteint exactement 4,199 MMDH, à travers 24 actes réalisés par 10 sociétés de gestion. C’est le niveau annuel le plus élevé observé dans le périmètre de l’étude.

En cumul, l’industrie totalise désormais 14,3 MMDH de montants désinvestis à fin 2025, pour près de 200 actes. Lever des capitaux montre l’appétit des investisseurs. Investir confirme la capacité des fonds à trouver des cibles. Sortir, en revanche, valide le cycle complet : création de valeur, liquidité, retour aux souscripteurs, puis capacité à relancer de nouvelles levées. C’est précisément ce point qui installe le marché dans une phase plus mature.

Entre la troisième et la quatrième génération de fonds, les montants désinvestis ont fortement progressé. Les sorties en valeur sont passées de 2,565 MMDH sur 2014-2019 à 9,552 MMDH sur 2020-2025, soit une multiplication par 3,7.

"Les IPO ont explosé sur la dernière génération de fonds. Donc on est presque à 38% sur les introductions en bourse. Et je pense que la tendance va continuer parce que le marché boursier, aujourd’hui, présente de bonnes conditions de sortie, ce qui n’était pas le cas sur l’ancienne génération de 2014-2019".

"Le deuxième volet et la deuxième typologie de sortie qu’on commence à avoir de plus en plus, c’est le marché secondaire. Aujourd’hui, vous avez des fonds qui ont des tailles différentes. Il y a des gens qui sont sur des tickets de 100 MDH, d’autres sur 200 MDH, d’autres sur 300 MDH et plus. Et donc aujourd’hui, on commence à avoir des fonds qui rachètent des parts d'autres fonds et qui continuent l’aventure. Donc ça, c’est très important et ça montre aussi la dynamique de marché du private equity, chose qui n’était pas courante avant".

Cette diversification des sorties rend le marché plus résilient. Les IPO offrent une fenêtre lorsque les conditions boursières sont favorables. Le secondaire apporte une solution entre fonds. Les industriels et stratégiques restent présents pour les acquisitions. Le capital-investissement marocain gagne ainsi en profondeur, car la sortie ne dépend plus d’un seul canal.

"Parce que c’est un cercle vertueux, l’argent, on l’a chez les investisseurs, on l’investit, on le vend, et on vend aux investisseurs qui sont contents et normalement, ils réinvestissent. Et donc c’est un peu ça la belle mécanique de l’industrie".

Performance : 14% de TRI brut, avec une forte dispersion selon les secteurs

À fin 2025, le TRI brut ressort à 14%, contre 12% à fin 2024, avec un multiple global de 1,9x. La durée moyenne d’investissement atteint 6,2 ans, ce qui donne une indication sur le temps moyen de détention des participations avant sortie.

"Les sorties, c’est sympa, mais après il y a le TRI ; donc aujourd’hui, on est à un TRI de 14%, sachant que l’année dernière, on était à 12%. C’est quand même une croissance assez importante. Ça montre que sur cette année, il y a eu de très belles sorties".

"On a un multiple global de 1,9x. Si on regarde la globalité des investissements, que ce soit l’amorçage, le développement ou la transmission, les TRI bruts par typologie ressortent à 9% sur l’amorçage et le risque, 14% sur le développement et 17% sur la transmission."

Par secteur, la santé ressort en tête avec un TRI brut moyen de 31% en cumul à fin 2025. Elle est suivie des services, à 18%, puis de la construction-BTP, à 14%. Les autres secteurs et les TIC affichent chacun 12%, tandis que la distribution et le négoce ressortent à 4%.

"Quand on décompose par secteur, quels sont les secteurs qui ont le plus gagné de l’argent ? C’est la santé. C’est un marché qui croît. Forcément, les EBITDA croissent, les chiffres d’affaires croissent plus vite", conclut-il.

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