À Rabat, le Maroc et la France plaident pour une réforme des opérations de paix
Réunie le mercredi 20 mai 2026, la deuxième Conférence ministérielle sur le maintien de la paix en environnement francophone a mis en avant la nécessité de mandats plus réalistes, de moyens mieux adaptés aux nouvelles menaces et d’une plus forte coordination entre pays francophones. Nasser Bourita y a rappelé l’expérience marocaine, forte de plus de 100.000 Casques bleus mobilisés depuis 1960, tandis que Jean-Noël Barrot et Antonio Guterres ont insisté sur l’urgence d’un modèle plus agile, face aux conflits armés, aux drones et à la désinformation.
Rabat a accueilli, le mercredi 20 mai 2026, la deuxième Conférence ministérielle sur le maintien de la paix en environnement francophone, coprésidée par le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, et par le ministre français de l’Europe et des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot.
Cette rencontre a réuni plusieurs responsables et experts autour des enjeux liés à la réforme des opérations de maintien de la paix, dans un contexte international marqué par la multiplication des conflits et l’évolution des menaces sécuritaires.
Nasser Bourita : le Maroc porte une voix singulière dans le maintien de la paix
Intervenant à cette occasion, Nasser Bourita a affirmé que le Maroc "s’exprime par une voix singulière" dans le domaine du maintien de la paix, soulignant l’engagement continu du Royaume dans les opérations onusiennes depuis plusieurs décennies.
Le ministre a rappelé que le Maroc a mobilisé plus de 100.000 Casques bleus dans différentes opérations de maintien de la paix à travers quatre continents : l’Afrique, l’Europe, l’Asie et l’Amérique.
Il a également indiqué que l’accueil de cette conférence au Maroc témoigne de l’attachement profond du Royaume aux valeurs de paix, de coopération et de solidarité internationale, conformément aux hautes orientations de Sa Majesté le Roi Mohammed VI.
Dans son intervention, Nasser Bourita a estimé que les opérations de maintien de la paix devaient reposer sur des mandats réalistes, atteignables et régulièrement réévalués, adossés à des stratégies politiques clairement définies.
Selon lui, il est préférable de poursuivre des objectifs moins ambitieux mais effectivement atteints, plutôt que de maintenir des promesses irréalistes et non tenues.
Le chef de la diplomatie marocaine a également souligné que la conférence intervient dans un contexte marqué par la persistance des clivages politiques au sein du Conseil de sécurité, l’évolution de la nature des conflits et la pression croissante sur les ressources disponibles.
Nasser Bourita a alerté sur un théâtre d’opérations devenu de plus en plus hostile, marqué par des menaces asymétriques et par des attaques visant les Casques bleus, menées par des groupes armés non étatiques et des mouvements séparatistes ayant des liens avérés avec des organisations terroristes, appelant à "une politique de tolérance zéro" à l’égard des crimes commis contre le personnel de maintien de la paix.
Le ministre a insisté sur la nécessité de réformer cet instrument essentiel du multilatéralisme afin de le rendre plus souple, plus efficace et davantage adapté aux réalités du terrain.
Le chef de la diplomatie a rappelé la participation ininterrompue du Royaume aux opérations de maintien de la paix depuis 1960, précisant que près de 1.340 militaires marocains sont actuellement déployés, principalement au sein de la MINUSCA en République centrafricaine et de la MONUSCO en République démocratique du Congo.
Selon lui, cette expérience confère au Maroc une légitimité particulière pour contribuer aux débats sur la réforme des opérations de paix, en faveur d’une approche plus efficace et davantage ancrée dans les besoins des populations locales.
Par ailleurs, Nasser Bourita a appelé l’espace francophone à transformer son poids opérationnel en véritable influence politique et doctrinale.
Il a relevé que les pays francophones accueillent près des deux tiers des missions de maintien de la paix en cours et mobilisent près de 60% du budget onusien consacré à ce secteur, alors que leur contribution en effectifs demeure inférieure à leur potentiel.
Dans cette perspective, il a plaidé pour le développement d’une vision francophone commune du maintien et de la consolidation de la paix, le renforcement des capacités humaines et l’amélioration de l’interopérabilité entre contingents francophones.
Le ministre a également réaffirmé la disposition du Maroc à contribuer à cet effort collectif, à travers notamment le Centre de formation d’excellence pour le maintien de la paix de Benslimane.
Jean-Noël Barrot salue le rôle du Maroc en Afrique
De son côté, Jean-Noël Barrot a qualifié le Maroc d’"acteur clé" du maintien de la paix et de partenaire majeur sur le continent africain.
Le chef de la diplomatie française a salué l’engagement du Maroc en faveur de la stabilité, du développement et de la prospérité sur le continent africain, mettant en avant la diversité de ses initiatives dans ce domaine.
Selon Jean-Noël Barrot, les opérations de maintien de la paix des Nations unies demeurent indispensables et leur efficacité est démontrée sur le terrain.
Il a souligné le rôle central des Casques bleus dans des zones souvent éloignées de l’attention médiatique, où ils contribuent à contenir les menaces, à prévenir l’escalade des violences, à protéger les populations civiles et à favoriser le retour à une vie normale.
Le ministre français a également insisté sur le fait que les soldats de la paix participent au retour de l’État dans les zones stabilisées et accompagnent la construction d’une paix durable, en coordination avec les agences, fonds et programmes des Nations unies.
Des travaux de recherche, a-t-il ajouté, confirment l’impact positif des opérations de paix sur la réduction de la violence, la protection des droits de l’Homme et la stabilisation des environnements fragiles.
Face aux défis contemporains, le ministre français a appelé à une réflexion collective autour du modèle des opérations de maintien de la paix, en les dotant de moyens adaptés, en respectant les engagements financiers et en modernisant les outils disponibles afin de répondre aux nouvelles menaces, notamment les drones et les campagnes de désinformation.
Il a également mis l’accent sur la nécessité d’un maintien de la paix "agile" et fondé sur des partenariats, en premier lieu avec les pays africains, ainsi qu’avec l’espace francophone, soulignant que la capacité des personnels déployés à comprendre le contexte local et à s’exprimer dans la langue des populations demeure une condition essentielle de leur succès.
Le ministre français a, enfin, souligné l’importance de renforcer la place des femmes dans les opérations de paix, rappelant que la paix durable ne peut être atteinte sans un processus réellement inclusif.
Antonio Guterres souligne le rôle central du maintien de la paix
Dans une intervention préenregistrée, Antonio Guterres a remercié le Maroc et la France pour l’organisation de cette conférence.
Le Secrétaire général de l’ONU a rappelé que le maintien de la paix demeure l’un des instruments les plus efficaces et les plus rentables de la communauté internationale, dans un contexte où le monde connaît le plus grand nombre de conflits depuis 1945.
Il a souligné que les opérations de paix produisent des résultats lorsqu’elles reposent sur des mandats clairs, un engagement politique constant et un soutien résolu des États membres.
Antonio Guterres a également évoqué la réforme engagée dans le cadre de l’initiative "UN80", destinée à adapter les opérations de maintien de la paix aux réalités du terrain et à renforcer leur proximité avec les populations locales.
Il a enfin rendu hommage aux Casques bleus engagés dans les contextes les plus dangereux du monde, saluant leur contribution à la protection des civils et à la recherche de solutions durables aux conflits.
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