GST Rabat-Salé-Kénitra : un budget de 1,8 milliard de DH en 2026, le CHU Ibn Sina au cœur des investissements
Un budget 2026 estimé à plus de 1,8 milliard de DH traduisant l’ampleur des investissements engagés dans la région Rabat-Salé-Kénitra, un démarrage progressif du CHU Ibn Sina prévu en deux phases avec une montée en charge, et une feuille de route sanitaire qui vise à réduire les disparités territoriales et à renforcer l’offre de soins.
Il s'agit là des principaux éléments qui ressortent du projet de budget du Groupement sanitaire territorial (GST) de Rabat-Salé-Kénitra (RSK) et de son plan d'action pour l'année 2026, consultés par Médias24. Ces deux points ont été examinés et adoptés par le Groupement lors de son premier conseil d'administration tenu le 14 mai 2026, sous la présidence du chef du gouvernement.
Lors de cette réunion, le conseil a également approuvé l’organigramme du GST, ainsi que le statut-type de ses professionnels de santé.
Une région marquée par de fortes disparités territoriales
Au-delà des aspects administratifs, les documents présentés lors du conseil d'administration dressent un constat détaillé des déséquilibres sanitaires dans la région et fixent les priorités de la réforme pour les prochaines années.
La région Rabat-Salé-Kénitra concentre près de 14% de la population nationale, avec un taux d’urbanisation de 71% et une croissance démographique soutenue. Malgré des moyennes régionales globalement meilleures que les indicateurs nationaux, plusieurs provinces restent confrontées à des niveaux élevés de pauvreté et de vulnérabilité.
Quatre provinces dépassent ainsi les moyennes nationales :
- Kénitra affiche un taux de pauvreté de 7,2% et un taux de vulnérabilité de 10,6% ;
- Khémisset : 10,6% et 11,1% ;
- Sidi Kacem : 9,1% et 15,6% ;
- Sidi Slimane : 10,3% et 13,4%.
À titre de comparaison, la moyenne nationale de vulnérabilité est de 8,1%, contre 7,5% au niveau régional. Pour la pauvreté, la moyenne nationale est de 6,8%, contre 5,75% dans la région.
Cette hétérogénéité se reflète également dans la répartition des infrastructures de santé. Le réseau hospitalier reste fortement concentré sur l’axe Rabat-Kénitra, notamment autour du CHU Ibn Sina, de l’hôpital régional Moulay Youssef et de plusieurs établissements spécialisés situés à Rabat.
À l’inverse, certaines provinces restent faiblement équipées. C'est le cas notamment des quatre provinces citées ci-haut, qui disposent principalement d'établissements de soins de santé primaires (ESSP).
À Sidi Kacem, chaque médecin doit couvrir 3.982 habitants
Le diagnostic présenté a également mis en avant des écarts importants entre les provinces de la région en matière d’accès aux soins et de ressources médicales.
La région affiche, au total, 62 médecins pour 100.000 habitants [les chiffres exposés par le Groupement remontent à 2024, ndlr], soit un niveau inférieur de 26% à la moyenne nationale. Elle compte également 5,5 ESSP pour 100.000 habitants, soit un déficit de 34% par rapport à la moyenne nationale.
La concentration des ressources médicales sur l’axe Rabat-Salé est particulièrement marquée. Rabat compte 1.942 médecins pour 515.619 habitants, soit un médecin pour 266 habitants, avec un accès immédiat aux structures de soins.
À Skhirat-Témara, le ratio passe à un médecin pour 1.018 habitants avec 770 médecins pour 783.475 habitants. Salé dispose, elle, de 872 médecins pour plus de 1,08 million d’habitants, soit un médecin pour 1.249 habitants.
La situation devient plus difficile dans les provinces périphériques. Kénitra compte 867 médecins pour 1,28 million d’habitants, soit un médecin pour 1.481 habitants. Khémisset dispose de 267 médecins pour 563.036 habitants, soit un médecin pour 2.109 habitants.
Les écarts sont encore plus marqués à Sidi Slimane et Sidi Kacem. La première province ne compte que 120 médecins pour 351.199 habitants, soit un médecin pour 2.927 habitants. À Sidi Kacem, 137 médecins doivent couvrir une population de 545.509 habitants, soit un médecin pour 3.982 habitants.
Des difficultés d’accès aux structures spécialisées ont également été évoquées. À Sidi Slimane, par exemple, les habitants doivent parcourir 66 km pour atteindre un hôpital spécialisé, contre 86 km à Sidi Kacem.
Quatre grands défis structurels
Face à cette situation, le conseil d'administration a identifié quatre grands enjeux qui conditionnent la performance du système de santé régional :
- Le premier concerne l’équité territoriale, avec la nécessité de réduire les inégalités d’accès aux soins entre les grandes villes et les provinces périphériques, de rééquilibrer l’offre médicale spécialisée et d’améliorer l’accessibilité géographique pour les populations rurales.
- Le deuxième enjeu porte sur la démographie et l’urbanisation. Le GST veut mieux gérer la pression démographique croissante sur le système de santé, adapter l’offre sanitaire à l’urbanisation rapide et tenir compte des spécificités rurales dans la planification.
- Le troisième défi concerne la santé et l’épidémiologie. La région fait face à une double charge liée aux maladies transmissibles et non transmissibles, avec également un besoin de renforcer la santé mentale dans l’offre de soins.
- Enfin, le quatrième enjeu a trait à la gouvernance et à l’organisation du système de santé, avec un objectif de réponse territorialisée et une coordination renforcée entre les différents acteurs sanitaires.
Un budget 2026 de plus de 1,8 milliard de DH pour le GST
Selon les documents consultés par nos soins, le projet de budget 2026 du GST de Rabat-Salé-Kénitra s'établit à plus de 1,81 milliard de DH.
Sur le volet exploitation, le groupement prévoit plusieurs sources de financement. Les recettes issues des activités du CHU Ibn Sina sont estimées à 374,8 millions de DH, tandis que les subventions d’exploitation atteignent 491,6 millions de DH.
À cela s’ajoutent 164,6 millions de DH de versements du ministère de la Santé, ainsi qu’un disponible de trésorerie évalué à 332,7 millions de DH.
En parallèle, les dépenses de fonctionnement restent dominées par la masse salariale, qui représente à elle seule 663,5 millions de DH. Les dépenses de matériel et les charges diverses mobilisent 225,4 millions de DH supplémentaires. Le budget intègre également près de 474,9 millions de DH de restes à payer, correspondant à des engagements financiers déjà contractés dans le cadre des projets et chantiers en cours.
Les recettes d’investissement comprennent pour leur part une subvention de 50 millions de DH destinée au CHU Ibn Sina, ainsi qu’un versement de 398,3 millions de DH du ministère de la Santé au GST. En face, les dépenses prévoient 66,6 millions de DH de nouveaux crédits d’investissement et 381,7 millions de DH de reports et restes à payer liés aux projets déjà engagés.
Le document budgétaire montre ainsi que le GST devra gérer simultanément le fonctionnement quotidien des structures sanitaires, le financement des ressources humaines et la poursuite des grands projets hospitaliers. Une part importante des crédits reste d’ailleurs liée aux engagements antérieurs et à la poursuite des travaux de mise à niveau des établissements de santé de la région.
CHU Ibn Sina : trois postes absorbent 85% du budget de fonctionnement
Une large partie du budget concerne ainsi le CHU Ibn Sina, qui devrait ouvrir ses portes à la fin de l'été 2026, et dont la montée en charge doit se faire progressivement.
Le scénario retenu par le conseil d'administration prévoit une montée en puissance sur quatre trimestres, avec un taux d’activité estimé à 50% au premier trimestre (T1), 65% au T2, 80% au T3 et 95% au T4.
Son budget de fonctionnement a été élaboré à partir de plusieurs hypothèses, notamment l’analyse des capacités théoriques du nouvel hôpital et de ses infrastructures, la projection des flux de patients (consultations, urgences, hospitalisations, actes techniques), ainsi que la prise en compte du double fonctionnement transitoire entre les anciens sites et le nouvel hôpital et de la charge de travail attendue...
Trois postes concentrent à eux seuls 85% des dépenses, soit 843 millions de DH. Les dépenses médicales représentent le premier poste budgétaire avec 430 millions de DH, soit 51% du total. Elles sont directement liées au volume d’activité et à la montée en charge des pôles d’excellence.
La masse salariale atteint pour sa part 161 millions de DH. Cette estimation repose sur le recrutement de 880 agents additionnels et reste liée au scénario de retour du personnel existant vers le CHU Ibn Sina.
Le troisième poste concerne la maintenance, estimée à 125 millions de DH, soit environ 3% de la valeur des équipements. Le GST précise toutefois que ce taux devra probablement être révisé à la hausse lors de la deuxième phase du plan d’action.
Sont également incluses les dépenses concernant les activités externalisées estimées à 95 millions de DH, les prestations logistiques et hôtelières pour 18 millions de DH et les autres dépenses générales pour 14 millions de DH.
Ces estimations dépendront toutefois de la montée en charge réelle de l’activité du CHU, ainsi que du scénario retenu pour le retour de son personnel, transféré vers les hôpitaux de la région.
Deux phases de transition
Le plan d'action stratégique du GST est organisé en deux grandes phases. La première, prévue pour 2026, est dédiée à la gestion de la transition et à la mise en place des bases organisationnelles. Elle prévoit notamment la mise en place d’une gouvernance opérationnelle claire, le déploiement de l’organigramme cible, la sécurisation du transfert des marchés et l’accélération de l’interopérabilité des systèmes d’information.
Le GST veut également accompagner la conduite du changement, préparer la mise en service progressive du nouveau CHU, finaliser les travaux de construction et de mise à niveau des structures sanitaires de la région et formaliser les conventions avec les organismes payeurs afin de sécuriser les flux financiers. Le groupement prévoit aussi de réaliser un état des lieux exhaustif de son patrimoine.
À partir de 2027, le GST prévoit d’entrer dans une phase de lancement et de suivi des projets stratégiques structurants.
Cette étape prévoit l’actualisation de la carte sanitaire régionale afin d’adapter l’offre de soins aux besoins réels de la population, l’opérationnalisation des filières de soins et la mise à jour du Programme médical régional.
Le GST veut également organiser la montée en charge du CHU, mettre en place un dispositif d’évaluation des performances, renforcer les partenariats nationaux et régionaux et harmoniser les pratiques de gestion et de pilotage.
Transformation digitale, données de santé et formation au cœur du GST
L’organigramme (ci-dessous) du GST adopté lors du conseil d’administration accorde une place importante au pilotage stratégique, à la digitalisation et à la formation.
La Direction de la stratégie et de la santé publique sera chargée de définir la stratégie régionale de santé, de planifier l’offre de soins, d’assurer la surveillance épidémiologique et de coordonner la réponse aux urgences sanitaires.
La Direction du système d’information et de la transformation digitale devra piloter la stratégie numérique du GST, garantir la sécurité des données de santé, assurer l’interopérabilité des systèmes et déployer les solutions de télésanté et de santé connectée.
Le projet prévoit également la création d’une "GST Academy" dédiée au développement des compétences des professionnels de santé, à l’amélioration de la qualité des soins, à la simulation en santé, à la recherche appliquée et à l’innovation.
Rappelons que la tenue du premier conseil d'administration du GST RSK est intervenue quelques semaines après la nomination par le Roi, le 9 avril, de cinq nouveaux directeurs de différents groupements, dont Brahim Lekehal à la tête de celui de Rabat-Salé-Kénitra.
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