Dans les coulisses de la CAN U17, les scouts livrent leurs secrets
La Coupe d’Afrique des nations U17 attire de nombreux recruteurs. Particulièrement scrutés, les Lionceaux de l’Atlas affrontent l’Éthiopie lors de la 2e journée du groupe A, ce samedi 16 mai (20 h) au Complexe Mohammed VI à Salé. Mais quelle est la grille de lecture de ces observateurs avisés et comment fonctionnent-ils ? Le point avec Michael Lebaillif, référent de la ligue régionale Rabat-Salé-Kénitra au sein de la Direction technique nationale.
Terreau fertile de talents, la Coupe d’Afrique des nations U17 est un événement incontournable pour les scouts européens en particulier.
Ils sont souvent dans les gradins mais passent inaperçus. Assis à l’écart des supporters, ils noircissent leurs calepins et notent scrupuleusement des observations liées aux quatre facteurs qui font la performance : technique, tactique, mental et physique.
Cela dit, leurs annotations ne sont pas gravées dans le marbre, a fortiori lorsqu’il s’agit d’adolescents en plein développement.
Autant dire que les prestations en dents de scie des protégés de Thiago Lima Pereira lors de la 1re journée face à la Tunisie (1-1) ne représentent pas forcément une référence aux yeux de ces observateurs aguerris.
D’autant qu’il faut rappeler "que ce sont des jeunes de 16 ans, et pour certains c’est la première grande compétition, avec une forte pression", souligne auprès de Médias24 Michael Lebaillif, nommé par la Direction technique nationale (DTN) comme référent dans la ligue régionale Rabat-Salé-Kénitra.
Adam Soudi et ses coéquipiers retrouveront un cadre beaucoup moins intimidant que le stade Moulay El Hassan, en recevant l’Éthiopie, ce samedi 16 mai (20 h) au Complexe Mohammed VI à Salé.
En attendant, Michael Lebaillif détaille pour nos lecteurs les ressorts du métier de scout, leurs méthodes de travail, mais aussi ce qu’ils recherchent chez des jeunes de moins de 17 ans, à quelques minutes d’animer une séance au Centre fédéral de formation de football à Rabat.
Dans le cas d’un joueur U17, on garde toujours à l’esprit le fait qu’il va continuer à progresser
Affirmer que l’évaluation des scouts diffère selon la catégorie d’âge relève de l’euphémisme. Il n’est pas nécessaire d’être un professionnel du ballon rond pour comprendre qu’un joueur de moins de 17 ans ne peut pas réaliser ce qu’un professionnel accomplit sur le terrain.
Le premier aspect concerne donc le physique et la morphologie. "Un adolescent n’est pas encore développé sur le plan morphologique comme un adulte. Il faut donc être capable d’évaluer son potentiel athlétique en fonction de son âge", souligne Michael Lebaillif.
"Si c’est un joueur de 20, 21 ou 25 ans, ce que tu regardes, c’est sa performance du moment. Tu n’évalues plus un potentiel futur. Alors que dans le cas d’un joueur U17, on garde toujours à l’esprit le fait qu’il va continuer à progresser, à évoluer physiquement, mais aussi à gagner en intelligence de jeu et sur les plans tactique et mental", poursuit-il.
En revanche, les scouts se montrent moins indulgents sur les performances techniques. "Un joueur de 17 ans ne progressera pas énormément sur ce plan à ce stade de son développement".
Dès lors, à partir de quel moment l’évaluation d’un recruteur devient-elle fiable ? Selon notre interlocuteur, il n’existe pas de règle immuable.
Comment les scouts élaborent leurs notes et leurs observations

Les clubs envoient généralement un scout sur place
Du temps où il travaillait au centre de formation du Havre, Michael Lebaillif se souvient de la cellule de recrutement envoyée par Arsène Wenger, l’illustre manager d’Arsenal.
"Sa cellule a observé certains joueurs jusqu’à 50 fois avant de trancher". Une manière de réduire au maximum la marge d’erreur. En ce sens, le contexte est également pris en considération.
"Un U17 en sélection lors d’une CAN n’est pas dans son environnement habituel. Il évolue dans un autre pays, avec d’autres joueurs et une pression différente. On ne peut pas émettre un jugement fiable le concernant sur un seul match en compétition internationale", confie M. Lebaillif.
"Les bons recruteurs vont aussi le voir dans son club, à l’entraînement, et analyser son environnement familial. Tous ces paramètres sont importants", ajoute-t-il. Mais pour l’heure, les scouts sont focalisés sur la compétition continentale.
S’ils sont nombreux à être présents sur les lieux, tous les clubs n’envoient pas de membres de leurs cellules de recrutement sur place.
"Les clubs européens qui en ont les moyens envoient généralement un seul scout pour toute la compétition. C’est une question de coût : transport, hébergement, durée du tournoi", souligne Michael Lebaillif.
"Autrement, les équipes demandent à leurs recruteurs de suivre les rencontres à distance, à la télévision". En tout cas, les rapports établis ne sont pas pris pour argent comptant. Ils sont souvent croisés pour affiner la lecture d’un profil.
"Les avis différents permettent de confronter les analyses. C’est une richesse. Si tout le monde pense pareil, il n’y a pas de débat, et donc plus de risque d’erreur. Ensuite, la décision finale revient à un responsable : directeur du recrutement, directeur de l’académie ou directeur sportif", conclut Michael Lebaillif.
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