Réforme de la profession d'avocat. Le texte adopté en commission embrase les barreaux
La commission parlementaire de la Justice a adopté jeudi une série d'amendements au projet de loi réformant la profession d'avocat. Le texte acte des avancées sur l'accès à la profession et l'immunité de la défense, mais cristallise de nouvelles tensions. Les bâtonniers des dix-sept barreaux du Royaume annoncent leur démission collective et menacent de bloquer toute élection professionnelle.
L'essentiel
- La commission parlementaire de la Justice a adopté le 14 mai les amendements au projet de loi 66.23 réformant la profession d'avocat, qui abroge la loi 28.08 en vigueur depuis 2008.
- Parmi les points adoptés et qui sont consensuels ou presque dans la profession : master obligatoire pour le concours d'entrée, limite d'âge relevée à 45 ans, plaidoirie devant la Cour de cassation ouverte après dix ans d'inscription au barreau (contre quinze), suppression de l'interdiction des sit-in dans les tribunaux, renforcement de l'immunité de la défense.
- L'article 33, qui définit le périmètre exclusif des attributions de l'avocat et suscite une opposition forte des professions du chiffre et des juristes d'entreprise, n'a pas été modifié selon des source non officielles. Une information à confirmer.
- La rédaction adoptée pour l'article 64, qui oblige le dépôt systématique du dossier au barreau après tout retrait de mandat, est jugée excessive et contraire à la continuité de la défense.
- L'Association des barreaux du Maroc a réagi le 15 mai par un communiqué de rupture : les dix-sept bâtonniers annoncent leur démission collective et le boycott de toute élection professionnelle, accusant le ministre de la Justice de trahir les engagements pris par le chef du gouvernement. Cette position sera-t-elle soutenue par la profession ? On attendra pour voir, car une partie des avocats estiment qu'il est naturel de réduire une partie des privilèges des bâtonniers.
- La crise mêle des griefs légitimes sur l'indépendance de la profession à des résistances corporatistes plus difficiles à défendre, brouillant le message des barreaux au moment où la réforme entre dans sa phase décisive.
-oOo-
Après des mois de tractations, de bras de fer et de revirements dans l'examen du projet de loi 66.23, une réforme en profondeur de l'organisation de la profession d'avocat au Maroc, la commission de la justice et de la législation adopte, jeudi 14 mai, une série d'amendements dont certains ne satisfont pas tout le monde et rallument la colère des barreaux.
Ce que la commission a retenu
Sur plusieurs points âprement débattus, la commission a tranché. Le master devient le niveau minimal pour se présenter au concours d'entrée à l'institut de formation. La limite d'âge est relevée à 45 ans. Un institut indépendant sera créé. Le cumul entre enseignement universitaire et exercice du barreau est interdit, sauf après démission ou départ à la retraite, et après au moins huit ans d'enseignement effectif.
La durée requise pour plaider devant la Cour de cassation passe de quinze à dix ans - un geste en direction des avocats qui réclamaient un assouplissement. Les magistrats radiés ou mis à la retraite pour motif disciplinaire se voient interdire l'accès au barreau, quelle que soit la nature de la faute. La commission a également supprimé l'interdiction des sit-in et du port de slogans dans les espaces judiciaires, une disposition que les avocats vivaient comme une atteinte à leurs droits. L'immunité de la défense a été renforcée, en retirant du texte la notion floue d'atteinte au bon déroulement des audiences.
En revanche, la commission a refusé d'ouvrir le concours aux diplômés des facultés de la charia (droit islamique), un rejet qui a provoqué des turbulences visibles au sein même de la majorité et écarté tous les amendements qui auraient permis aux fonctionnaires et aux greffiers d'accéder directement à la profession.
L'article 33 : le statu quo
Selon des source non officielles, l'article 33 du projet de loi qui définit le périmètre exclusif des attributions de l'avocat n'a pas été modifié par la commission. Une info qu’il reste à confirmer.
Cet article est au cœur d'un conflit ouvert avec les professions du chiffre et les juristes d'entreprise, qui y voient une tentative d'empiètement sur leurs propres champs d'intervention. Experts-comptables (à travers l'Ordre), conseils juridiques internes, professionnels de la compliance : tous ont exprimé, pendant la phase de consultation, une opposition ferme à certaines formulations du texte.
Maintenir l'article en l'état serait un choix lourd de conséquences pour l'écosystème juridique et économique marocain.
L'article 64, la polémique
Un autre amendement concentre les critiques des praticiens : la nouvelle rédaction de l'article 64. Telle qu'adoptée, elle oblige l'avocat à déposer le dossier de son client auprès du secrétariat du barreau dans les quinze jours suivant tout retrait de mandat ou fin d'assistance, y compris en l'absence de tout litige sur les honoraires, y compris quand le client et son avocat se séparent à l'amiable.
Ce mécanisme de dépôt, conçu à l'origine comme un filet de sécurité pour protéger le justiciable en cas de blocage, devient avec cette rédaction la procédure de droit commun. Selon des sources de la profession, il en résulte que la transmission d'un dossier d'un avocat à un autre, qui devrait être une simple formalité, devient une démarche administrative imposée dans tous les cas. La continuité de la défense s'en trouve fragilisée. La profession estime que la logique soit inversée : remise directe au client ou à son nouvel avocat, recours au barreau uniquement en cas d'impossibilité ou de litige.
Les bâtonniers mécontents et démissionnaires
Le lendemain de l'adoption en commission, l'Association des barreaux du Maroc ne prenait pas de gants. Dans un communiqué signé par son président, le bâtonnier Hossine Ziyani, l'association annonce que les 17 bâtonniers du Royaume s'apprêtent à convoquer des assemblées générales extraordinaires pour présenter collectivement leur démission, et à refuser d'organiser toute élection professionnelle "ni maintenant ni à l'avenir".
Le ton est ferme, voire définitif. Les bâtonniers reprochent au ministre de la Justice d'avoir soumis des amendements oralement en pleine séance, contournant selon eux les engagements pris par le chef du gouvernement. Ils l'accusent d'avoir cherché à affaiblir l'institution du bâtonnier par un "dénigrement délibéré", et de faire adopter des dispositions qui, selon eux, portent atteinte à l'indépendance de la profession, à son autonomie disciplinaire et à ses principes constitutionnels fondateurs.
Des privilèges ou des principes ?
La posture des bâtonniers mérite d'être lue avec discernement. Une partie de leurs griefs renvoie à des garanties professionnelles légitimes comme l'immunité de la défense, l'indépendance disciplinaire, la protection du secret professionnel, qui sont des piliers que n'importe quel système judiciaire sérieux se doit de préserver. Sur ces points, leur résistance est compréhensible.
Mais d'autres points de crispation (notamment autour de la représentation des bâtonniers sortants dans les futures instances) sont plus difficiles à habiller en cause d'intérêt général.
Ce mélange des registres affaiblit leur position dans l'opinion, et alimente la lecture selon laquelle la corporation défend d'abord ses acquis.
À découvrir
à lire aussi

Article : Sijilmassa : le “New York” médiéval du Maroc sort de terre, la polémique aussi
Les récentes fouilles menées à Sijilmassa, patrimoine national depuis 2017, ont révélé les traces de l’atelier monétaire de l’ancienne cité médiévale. Mais le vaste chantier de valorisation lancé sur le site, doté de 156 millions de DH, suscite une vive controverse dans le monde archéologique.

Article : CAN 2027 : le tirage au sort des qualifications prévu mardi 19 mai
Le tirage au sort des qualifications pour la Coupe d'Afrique des Nations (CAN) TotalEnergies CAF Kenya, Tanzanie et Ouganda 2027 aura lieu le mardi 19 mai 2026, a annoncé samedi la Confédération africaine de football (CAF).

Article : Sacrifice du Aïd al-Adha à l’hôtel : le créneau qui séduit les familles et divise les hôteliers
À l’approche de l'Aïd, de plus en plus d’hôtels de Marrakech proposent à leurs clients de prendre en charge le sacrifice du mouton dans le respect des traditions marocaines. Si cette formule est devenue un véritable produit d’appel pour une partie croissante des opérateurs, d’autres professionnels restent prudents. Explications.

Article : La météo prévue pour le dimanche 17 mai 2026
Voici les prévisions météorologiques pour le dimanche 17 mai 2026, établies par la Direction générale de la météorologie.

Article : Quand le mois de mai joue les prolongations hivernales, ce qu'en dit la DGM
Entre des pluies généreuses, des rafales de vent et des sommets entièrement blanchis par la neige, le Royaume traverse une transition printanière pour le moins surprenante. Une instabilité marquée qui devrait toutefois rapidement s'effacer devant le retour de la chaleur dès la semaine prochaine. Voici les explications de la DGM.

Article : AS FAR-Mamelodi Sundowns (Ligue des champions) : quelle heure, quelle chaîne
L'AS FAR affronte Mamelodi Sundowns, ce dimanche 17 mai 2026, en finale aller de la Ligue des champions de la CAF.


