Tourisme. Pourquoi le Maroc devient la destination refuge des Français
Déclenchée fin février 2026, la guerre au Moyen-Orient bouleverse en profondeur les équilibres du tourisme mondial. Entre perturbations aériennes, chute des destinations du Golfe et repli des voyageurs européens, le Maroc apparaît comme l’un des principaux bénéficiaires de la redistribution des flux français, nous explique l’analyste Philippe Gauguier, Senior Advisor du cabinet In Extenso, spécialiste du marché français.
Depuis le 28 février 2026, le conflit entre l’Iran et la coalition israélo-américaine provoque une onde de choc mondiale pour le tourisme.
Entre désorganisation du transport aérien, des destinations devenues inaccessibles ou anxiogènes et la flambée des prix, les Français revoient massivement leurs plans de voyage vers le Maroc, qui s’impose comme une destination de repli stratégique.
Le transport aérien mondial sous tension
Sollicité par Medias24, l’analyste Philippe Gauguier, du cabinet français In Extenso, estime que le premier impact direct a concerné le ciel international. Hub clé entre l’Europe, l’Asie et l’Afrique, le Moyen-Orient a notamment connu de fortes perturbations.
Un tiers des voyageurs reliant l’Europe à l’Asie transitaient par cette région. Depuis le début du conflit , 32.000 vols ont déjà été annulés, et le trafic des compagnies du Golfe a chuté de 40 %.
À cela s’ajoute la flambée du kérosène. En Europe du Nord-Ouest, son prix a doublé. La hausse des prix des billets a été généralisée. Les surcoûts ont atteint 50 euros en classe économique et 200 euros en classe affaires sur les long-courriers.
Dans ce contexte, les destinations dépendantes de ces hubs deviennent mécaniquement moins accessibles. Pour les aéroports de Dubaï et Doha dans le Golfe, le choc a été particulièrement violent
Selon notre interlocuteur, les pertes touristiques sont estimées à plus de 500 millions d’euros par jour. Pour l’année 2026, une chute attendue des arrivées pourrait aller jusqu’à 27 %.
Ainsi, des pays autrefois très attractifs comme les Émirats ou le Qatar voient leur image de sécurité fragilisée. En plus de cela, un effet de contagion touche également d’autres destinations proches non directement concernées. En Égypte ou en Jordanie, les réservations se sont effondrées.
Et d’ajouter que l’Asie devient aussi difficile d’accès à cause de sa dépendance aux hubs du Golfe, de l’explosion des coûts d’exploitation et des perturbations logistiques majeures dans certaines destinations. La Thaïlande ou le Vietnam subissent déjà une baisse significative de fréquentation.
Les Français revoient leurs plans vers le Maroc
Cette instabilité a poussé près de 4 Français sur 10 à envisager de modifier leurs vacances. Des centaines de milliers ont déjà renoncé à partir à l’étranger. Résultat : les annulations se multiplient dans les agences de voyage, notamment vers les zones jugées à risque ou difficiles d’accès.
Dans ce contexte, "le Maroc bénéficie clairement de ce qui se passe au Moyen-Orient", souligne Philippe Gauguier. Pour lui, la fermeture partielle de certaines destinations et la complexité des liaisons vers l’Asie redirigent naturellement les flux vers des marchés plus proches et accessibles.
"De ce fait, le Royaume devient un exutoire naturel, à la fois accessible et rassurant", résume l’expert. Il ajoute que la destination coche plusieurs cases clés qui renforcent son attractivité :
- Une accessibilité directe depuis l’Europe sans dépendance aux hubs du Golfe,
- Une offre aérienne dense vers des villes comme Marrakech, Fès ou Dakhla,
- Un large gamme d’hébergements, du riad au palace pour toutes les bourses,
- Et enfin une proximité culturelle et gastronomique avec le marché français.
D’autres régions accessibles sans transit complexe, comme l’Europe du Sud (Espagne, Portugal, Italie, Grèce), captent également une partie de cette demande. Mais le Maroc bénéficie d’un avantage compétitif supplémentaire : un dépaysement fort à courte distance. Par conséquent, il s’impose comme une alternative crédible aux destinations long-courriers.
Un été prometteur pour la destination
Malgré la hausse des billets d’avion, Philippe Gauguier constate que la demande française vers le Maroc reste solide. "Les réservations continuent à bien tomber", indique-t-il.
L'analyste affirme que la diaspora pourra être affectée par les nouveaux tarifs pratiqués par RAM (300 euros pour un aller simple entre Paris et Casablanca) pour la fête prochaine de l’Aïd. Néanmoins, il estime que cette hausse ne devrait pas freiner significativement les flux touristiques français. Le rapport qualité-prix global du Maroc compense largement l’augmentation des coûts de transport.
La hausse structurelle des prix aériens et l’incertitude géopolitique devraient persister. Cela dit, l’été 2026 pourrait marquer une transformation durable du tourisme français, avec une préférence pour des destinations proches et stables. Autant de tendances qui jouent en faveur du Maroc.
Et de conclure que dans un contexte mondial où la confiance des voyageurs est fragilisée, le Maroc apparaît comme une valeur sûre. Si les incertitudes internationales devaient persister, il pourrait même consolider durablement sa position.
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