Sommet ZLECAf à Casablanca. Pourquoi le commerce intra-africain peine encore à décoller
Financement, perception du risque, accès à l’information, barrières non tarifaires… Le "ZLECAf Trade Finance Summit" a mis en lumière les promesses, mais aussi les blocages de l’intégration économique africaine. L’événement a rassemblé acteurs publics et privés autour d’un même objectif, celui de transformer le potentiel de la ZLECAf en opportunités réelles pour les entreprises africaines.
Réunis le 14 avril 2026 à Casablanca, Attijariwafa bank, Club Afrique Développement et l’ASMEX ont organisé le "ZLECAf Trade Finance Summit Casablanca", consacré aux enjeux du commerce et de l’investissement sur le continent.
Mohamed El Kettani, PDG du groupe Attijariwafa bank, a mis en avant la portée stratégique de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), qu’il considère comme une opportunité au potentiel considérable.
"La ZLECAf rassemble 54 pays de l’Union africaine et constitue la plus grande zone régionale de libre-échange au monde, avec un marché de près de 1,3 milliard de personnes. Il est désormais temps de se pencher sur les défis qui freinent encore la pleine réalisation de son potentiel, en particulier ceux liés au financement du commerce et de l’investissement".
Dans le même sens, l’événement a été marqué par la signature de trois conventions importantes, visant à renforcer l’accompagnement des entreprises marocaines à l’international et sur le continent africain :
- La première lie Attijariwafa bank et le ministère de l’Industrie et du commerce pour soutenir les entreprises marocaines dans leur développement à l’international et en Afrique.
- La deuxième, conclue entre Attijariwafa bank et l’ASMEX, porte sur la mise en œuvre d’actions conjointes destinées à promouvoir le développement de l’export Made in Morocco.
- La troisième engage Attijariwafa bank et Maroc PME dans l’accompagnement des TPME marocaines dans leurs projets de développement à l’international.
Les principaux freins à la ZLECAf
Au-delà du potentiel, les échanges ont surtout porté sur les obstacles qui continuent de freiner l’intégration commerciale africaine.
Cynthia Gnassingbe Essonam, directrice de l’engagement pour le secteur privé au secrétariat général de la ZLECAf, a souligné que la zone de libre-échange reste confrontée à plusieurs défis qui en entravent le bon fonctionnement.
"Les retombées commencent à se faire sentir, mais il reste encore un travail considérable à accomplir. Nous devons mieux coordonner nos efforts avec le secteur public pour fluidifier les échanges et réduire les barrières non tarifaires, qui agissent comme une taxe invisible. Ce sont des contraintes réelles qui vont à l’encontre de l’esprit même du libre-échange et qui continuent de pénaliser le bon fonctionnement du commerce intra-africain".
Un autre défi de taille a trait au financement. Selon Ali El Harti, PDG de Centrelec, il s’agit avant tout d’une perception du risque excessive et peu justifiée.
"Le taux de défaut en Afrique est inférieur à celui observé en Amérique latine, qui est pourtant une région économiquement plus développée que l’Afrique. Il est même proche de celui observé en Europe. Cela montre que la perception du risque en Afrique relève encore, en grande partie, d’une impression plus que d’une réalité statistique".
Ali El Harti estime que la perception négative du risque continue de l’emporter, même lorsque les situations s’améliorent, ce qui montre qu’elle relève davantage d’une image persistante que d’un risque réel.
"Certaines régions africaines ont certes traversé des difficultés politiques, institutionnelles ou sécuritaires. Mais même lorsque la situation s’améliore, l’image du risque reste souvent négative. Or, les données montrent que le taux de défaut en Afrique est plus faible, ou du moins plus acceptable, que ne le laisse croire cette perception. Le financement doit donc reposer sur le risque réel, et non sur des impressions", a-t-il précisé.
"Il faut aussi éviter de juger tout le continent à partir de quelques cas isolés. L’Afrique est diverse. Pourtant, le retrait de plusieurs grands groupes bancaires internationaux a renforcé cette perception négative, alors même qu’elle ne reflète pas toujours la réalité".
"Si vous avez suivi, le président français Emmanuel Macron a lui-même déclaré, au début du mois de janvier cette année, que le retrait des groupes français d’Afrique constituait une erreur majeure et stratégique. Quand on comprend les causes derrière ce retrait, on voit bien qu’il s’agit effectivement d’une erreur stratégique", a-t-il conclu.
Du réseau à l’action, le rôle du Club Afrique Développement
Interrogée par Médias24, Mouna Kadiri, directrice du Club Afrique Développement du groupe Attijariwafa bank, considère que l’un des principaux leviers pour faire avancer la ZLECAf reste un meilleur accès des entreprises à une information claire et fiable.
"Il y a des pays et des sous-groupes de pays beaucoup plus avancés que d’autres dans la mise en œuvre de la ZLECAf. Je pense que l’enjeu est de mieux connecter l’entreprise à la bonne information. C’est vrai qu’on l’entend parfois de la part des entreprises, la ZLECAf peine encore à se traduire dans les échanges. Mais cette impression vient surtout d’un manque de connexion et d’information effective. Accéder à cette information implique tout un travail de communication et d’information", a-t-elle expliqué.
"Je pense que l’information est le premier frein. D’ailleurs, cette rencontre a exactement cet objectif, celui de catalyser le commerce régional et de donner accès à une information de première main aux entreprises exportatrices, notamment celles marocaines venues en grand nombre. C’est la preuve qu’elles sont demandeuses d’informations fiables pour pouvoir se projeter".
Par ailleurs, Mouna Kadiri a mis en avant le rôle structurant du Club Afrique Développement dans la mise en relation des entreprises et l’accompagnement concret de leurs projets sur le continent.
"Depuis 2010, le Club Afrique Développement existe. Bien avant l’avènement de la ZLECAf, cela fait seize ans que, humblement, un pas après l’autre, nous menons des initiatives pour mettre en relation, de manière concrète et sur le terrain, des entreprises avec un encadrement bancaire adapté à leurs demandes spécifiques. Et nous avons vu naître des milliers de projets, avec tous les obstacles que l’on connaît dans le commerce intra-africain, à savoir la logistique, le transport, etc".
S’agissant de l’adaptation des services du Club Afrique Développement aux PME, notamment pour soutenir leur expansion sur les marchés africains, la directrice du Club a indiqué que la majorité des entreprises accompagnées étaient des PME.
"Plus de 25.000 entreprises ont participé aux initiatives du Club Afrique Développement depuis 2010, avec plus de 7.000 membres actifs. Parmi ces 7.000 membres, la plupart sont des PME. Lorsqu’une PME participe et exprime un besoin auquel répond un fournisseur basé dans un autre pays, la direction du trade du groupe Attijariwafa bank met en place des solutions pour l’accompagner".
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