Aérien. La flambée du kérosène menace les prix des billets et s’impose au GISS de Marrakech
À Marrakech, la 4e édition du Global Implementation Support Symposium (GISS) a fait remonter au premier plan une inquiétude aux conséquences très concrètes : la flambée du coût du kérosène. Derrière les discussions sur la résilience du secteur aérien, c’est la pression sur les compagnies, le risque d’un renchérissement des billets et la fragilité du modèle économique de l’aérien qui ont dominé les échanges.
Dans les allées du Symposium mondial de promotion de l’aviation durable (GISS), tenu du 14 au 17 avril 2026 à Marrakech par l’Organisation de l’aviation civile internationale (ICAO), la flambée du coût du kérosène et ses conséquences sur le secteur aérien n’ont pas échappé aux débats qui portent traditionnellement sur les moyens de développer le trafic aérien et d’améliorer la sécurité de la connectivité mondiale.
Le kérosène, talon d’Achille de l'aérien
"Sachant que le carburant représente une part importante des coûts des compagnies aériennes, la crise énergétique mondiale agit comme un révélateur des fragilités du modèle actuel", nous a affirmé un membre de l’ICAO. Il cite en exemple la volatilité des prix du kérosène et la dépendance aux énergies fossiles qui pèsent de plus en plus sur la rentabilité des opérateurs.
Interrogé sur le cas du Maroc, notre interlocuteur a reconnu que cette pression fragilise surtout les marchés émergents. Les marges de manœuvre y restent en effet limitées pour atténuer son impact financier sur une compagnie aérienne comme Royal Air Maroc. Cela étant, l’intégration avec d’autres modes de transport, notamment maritime et routier, devrait permettre d’optimiser les flux et de réduire les coûts.
Des accords pour renforcer la sécurité du secteur
Et d’ajouter que le principal défi pour un pays touristique comme le Maroc est de continuer à assurer sa connectivité mondiale sans compromettre l’équilibre économique des compagnies le desservant.
Selon une autre source du ministère du Transport et de la logistique, la signature de plusieurs accords entre le Maroc et l’OACI traduit la volonté des autorités d’agir pour préparer l’avenir du secteur aérien.
Signée par le ministre Abdessamad Kayouh et le secrétaire général de l’OACI, Juan Carlos Salazar, une première convention porte sur la création d’un programme international de formation d’inspecteurs de l’aviation civile, étalé sur trois ans, pour former une centaine d’experts par an et renforcer la sécurité du transport aérien.
La seconde vise, d’une part, à améliorer la gestion des flux des passagers accueillis au Maroc, ainsi que la sécurité du fret sensible, et, d'autre part, à développer la cybersécurité face aux menaces accrues.
"Afin d’amortir les effets de la crise énergétique sur le long terme, l’investissement dans nos compétences et dans la gouvernance est essentiel", estime le membre du cabinet ministériel. Pour lui, la signature de ces accords internationaux révèle une approche pragmatique
Sécurité et innovation sous contrainte
En outre, durant la séance plénière d’ouverture, l’ambition préventive du "zéro fatalité" pour mettre fin à d'éventuels crashs d’avions a été présentée comme un cap stratégique à l’horizon 2050.
Pour cela, les experts ont mis l’accent sur la nécessaire accélération de l’innovation qui passera par la généralisation de la digitalisation, l’automatisation et l’amélioration des systèmes de gestion du trafic.
Marqué par le contexte de la crise énergétique, le GISS a surtout été, selon notre source, l’occasion de mettre en œuvre des solutions pour renforcer la sécurité et réduire la consommation énergétique.
Malgré un environnement inédit et incertain depuis la création du symposium, notre interlocuteur estime que les accords signés à Marrakech montrent la résilience du secteur aérien du Maroc et sa volonté de continuer à structurer des projets solides et à renforcer l’attractivité du secteur.
Vers une transformation accélérée du modèle aérien marocain
Si la flambée du coût du kérosène s’est invitée à l’ordre du jour du GISS, dont la vocation est d’aider les membres de l’OACI à appliquer les normes internationales de l’aviation, les intervenants ont insisté sur la nécessité de diversifier les sources d’énergie, d’optimiser les opérations et de mieux intégrer les chaînes logistiques globales.
"Pour les pays émergents comme le Maroc, l’enjeu est stratégique", conclut notre source ministérielle. Selon cette dernière, la crise actuelle aura au moins le mérite de transformer cette contrainte en opportunité pour monter en compétence et renforcer sa position dans l’écosystème aérien mondial.
En d’autres termes, le contexte actuel de crise énergétique pourrait constituer, pour l’industrie aérienne nationale, une occasion structurante pour mieux s’organiser à l’avenir en cas de nouveau choc.
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