L’homme qui a dit “non” à Ken Griffin : l’ascension fulgurante de Hamza Lemssouguer et ses 20 milliards de dollars
De ses débuts modestes à Casablanca à son domaine Tudor peuplé de 160 perroquets, le fondateur d'Arini Capital redéfinit les codes du hedge fund moderne. Le "Wall Street Journal" a enquêté sur ce prodige qui a dit "non" à Ken Griffin pour tracer sa propre voie, souvent à contre-courant.
En 2020, Hamza Lemssouguer recevait une proposition que peu de financiers auraient osé décliner : gérer plusieurs milliards de dollars pour le titan des hedge funds, Ken Griffin, fondateur de Citadel. Il a pourtant dit "non".
Quatre ans plus tard, ce choix semble visionnaire. Lemssouguer est aujourd’hui à la tête de sa propre firme, Arini Capital, qui gère désormais 20 milliards de dollars. Lancé en 2022 avec 1,3 milliard de dollars, Arini est devenu, selon les données du Hedge Fund Research, le nouveau gestionnaire de fonds spéculatifs à la croissance la plus rapide au monde.
Un profil atypique dans la "City"
Hamza Lemssouguer détonne dans l’univers feutré et souvent uniforme de la finance londonienne. Né au Maroc, il ne boit pas d’alcool, ne conduit pas de voiture et consacre son temps libre à une passion singulière : l’élevage de perroquets rares. Il s’exprime avec un accent américain parfait, forgé, dit-il, en regardant en boucle les séries Entourage et Le Prince de Bel-Air.
"Être jeune, être un outsider et être non conventionnel me permet de ne pas être arrogant face au marché", confie-t-il depuis son domaine Tudor vieux de 400 ans, situé à la périphérie de Londres, où il réside avec sa femme, leur enfant et 160 perroquets.

Des paris audacieux et une gestion de fer
La stratégie d’Arini Capital repose sur des convictions fortes et des paris massifs, notamment des "shorts" (ventes à découvert) sur les obligations d’entreprises surendettées. Lemssouguer s’est fait un nom en prédisant avec précision le sell-off de l’industrie logicielle cette année et les turbulences liées à la pandémie de Covid-19.
Cependant, son style agressif et son recours important à l’effet de levier (l’emprunt pour doper les profits) lui attirent des critiques. Certains concurrents jugent sa performance trop volatile. Si le fonds affiche un rendement annuel moyen de 15% (contre 7% pour l'indice HFR de référence), il a connu des mois difficiles, perdant jusqu'à 6% en une seule période.

Pour limiter la casse, Lemssouguer a recruté Ardacan Celebi, un ancien trader de la Deutsche Bank, en vue de bâtir un "moteur de mitigation des risques". Ce modèle utilise des dérivés complexes pour absorber les chocs sans sacrifier l'agressivité des trades.
De Casablanca à l'élite financière
Le parcours de Lemssouguer est celui d'un surdoué des mathématiques. Grandissant à Casablanca auprès de trois frères et sœurs, fils d'un employé du port et d'une enseignante, il intègre la prestigieuse École polytechnique en France. En 2014, il décroche son premier emploi chez Credit Suisse à Londres.
Dès 2016, il gère 100 millions de dollars et parie contre le constructeur Jaguar Land Rover, convaincu que leurs stocks s'accumulent malgré des rapports officiels optimistes. Le pari s'avère payant : la banque multiplie sa mise par cinq. C’est ce flair pour les positions à contre-courant qui a fini par attirer l’attention de Ken Griffin.
Contrairement à la stratégie de Citadel, où différentes équipes (les "pods") sont en compétition interne, Arini privilégie une structure unifiée. Les vingt analystes de la firme communiquent constamment pour que tous les fonds de la maison bénéficient de la même expertise.
Aujourd'hui, Lemssouguer diversifie ses activités vers le crédit privé et les obligations adossées à des emprunts (CLO). Mais il garde les pieds sur terre, ou plutôt dans sa volière.

"Arini" n’est d’ailleurs pas un terme financier : c’est le nom d’une tribu de perroquets. Un rappel constant que, même au cœur de la finance mondiale, ce "contrarien" de Casablanca suit ses propres règles.
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