EXCLUSIF. Finale CAN 2025. Pourquoi la CAF a sanctionné le Sénégal
Médias24 révèle les motivations de la décision ayant tranché en appel la finale de la CAN 2025 Maroc-Sénégal. Retrait du terrain, autorité de l'arbitre, droit de protestation : le jury d’appel de la CAF clarifie les règles et valide la lecture portée par la défense marocaine.
Le monde du football a désormais les yeux rivés vers le Tribunal arbitral du sport (TAS), qui doit entamer dans les prochaines semaines l’examen du recours introduit par le Sénégal contre la décision ayant attribué la finale de la Coupe d'Afrique des nations (CAN) 2025 au Maroc sur tapis vert.
Au cœur de ce nouveau round, un document clé : la décision du Jury d’appel de la Confédération africaine de football (CAF). Le communiqué rendu public se limitait au dispositif, sans livrer les ressorts du raisonnement. Depuis, les parties ont été notifiées de la décision motivée, appelée à servir de socle au débat devant le TAS.
Rendue à la majorité des cinq membres du Jury — avec une voix dissidente —, cette décision consultée par nos soins permet aujourd'hui de suivre, point par point, le raisonnement qui a conduit à renverser la première décision.
Sortir du terrain, même temporairement, suffit à constituer une infraction
S'il existe une différence de lecture, les faits en eux-mêmes ne sont pas contestés. Ils sont établis à partir des rapports officiels du match — dont le contenu avait été révélé par Médias24 le 24 mars 2026 — et servent de base au raisonnement du Jury.
À la 97e minute, après la décision de penalty accordée au Maroc, " les joueurs sénégalais et leur staff technique se sont dirigés vers les vestiaires sur instruction de l’entraîneur principal ", relève le Jury, en reprenant le rapport de l’arbitre Jean-Jacques Ndala. Le match est interrompu, avant de reprendre quelques minutes plus tard.
C’est sur cette séquence que se concentre toute la décision. La première ligne de fracture porte sur la nature du retrait.
En première instance, la Commission disciplinaire avait estimé que l’article 82 ne pouvait s’appliquer qu’en cas d’abandon définitif. La Fédération sénégalaise de football (FSF) défend la même lecture, en évoquant une interruption temporaire du match.
Le Jury d’appel tranche dans l’autre sens. "Le texte de l’article 82 ne comporte aucune exigence de caractère définitif ", relève-t-il.
Il précise que l’article vise le cas où une équipe refuse de jouer ou quitte le terrain avant la fin du match sans l’autorisation de l’arbitre". Et ajoute : "Il ne prévoit pas qu’un retour ultérieur sur le terrain ait pour effet de régulariser ou d’effacer l’infraction une fois commise". Le retrait, même temporaire, suffit pour consommer l'infraction. Et générer des sanctions.
Décision arbitrale et contrôle a posteriori
La FSF soutenait également que la reprise du match par l’arbitre devait faire obstacle à toute sanction ultérieure. Le Jury répond en opérant une distinction claire. "La question soumise n’est pas une contestation d’une décision de fait relevant du terrain, mais la conséquence juridique découlant de ce comportement".
Il rappelle que, si l’arbitre prend les décisions pendant le match, "la compétence des organes disciplinaires demeure", et que ceux-ci "peuvent sanctionner des faits survenus pendant le match". La reprise du jeu n'efface donc pas les implications juridiques.
Le Maroc a continué le match, sans renoncer à ses réserves
Sur la question du comportement du Maroc, le Jury écarte également l’argument de la Fédération sénégalaise. "Le droit de protestation constitue le mécanisme prévu pour contester les conséquences juridiques d’un comportement intervenu pendant le match".
Et précise : "Le fait d’avoir disputé la rencontre jusqu’au coup de sifflet final ne peut être interprété comme une renonciation à se prévaloir des règles applicables".
Le Jury développe ensuite un point plus technique, en réponse aux arguments fondés sur la jurisprudence. La Fédération sénégalaise et la première instance avaient notamment invoqué deux décisions présentées comme comparables : l’affaire CAS 2015/A/3874 Albania v Serbia, relative à un match interrompu dans un contexte de troubles, et une décision interne de la CAF dans le dossier Al Ahly v Zamalek DC23172.
Le Jury écarte ces références. Il relève que ces affaires reposent sur "des circonstances factuelles sensiblement différentes" et qu’elles "n’établissent pas de principe général imposant un abandon définitif du match".
En d’autres termes, ces précédents ne permettent pas de conditionner l’application de l’article 82 à un retrait irréversible.
Au terme de ce raisonnement, la conclusion s’impose. Le Jury considère que les faits constatés entrent dans le champ de l’article 82 du règlement de la CAN, et que la sanction prévue à l’article 84 doit s’appliquer. "Les dispositions doivent être appliquées selon leur sens ordinaire", souligne-t-il.
Le score étant de 0-0 au moment de l’interruption, le règlement prévoit une défaite par forfait. Le match est donc attribué au Maroc sur le score de 3-0.
C’est cette construction — adoptée à la majorité— qui sera désormais examinée par le TAS. Le Sénégal devrait y défendre une lecture plus large du texte, fondée sur le déroulement du match et le rôle de l’arbitre. En face, le Maroc s’appuiera sur une interprétation littérale déjà validée par la CAF.
Le débat se situera à ce niveau.
Finale CAN 2025 : voici notre analyse exclusive de la décision en appel
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