Jusqu’à 20% de hausse : les aliments pour animaux aussi impactés par la guerre d'Iran
Le conflit actuel au Moyen-Orient commence à peser lourdement sur les équilibres des marchés agricoles. Au Maroc, l'alimentation animale, un des maillons stratégiques de la chaîne alimentaire, est déjà sous pression. Si la situation perdure, les prix pourraient grimper de 10% à 20%.
La guerre au Moyen-Orient commence déjà à produire ses premiers effets sur les marchés internationaux des matières premières agricoles. Au Maroc, ce sont les aliments composés pour animaux qui pourraient notamment voir leurs prix augmenter de 10% à 20% dans les prochaines semaines ou mois, sous l’effet combiné de la hausse continue des cours du pétrole, des réactions spéculatives des marchés, et de la congestion au niveau des ports nationaux.
Une hausse tirée par l’énergie et les anticipations des marchés
Contrairement à certaines idées reçues, "les pays situés autour du détroit d’Ormuz n’exportent ni céréales ni aliments pour animaux", nous assure une source professionnelle du secteur des céréales, jointe par nos soins. Pourtant, "la crise actuelle impacte indirectement ces produits". Une situation qui s'explique, d'après notre interlocuteur, par l’envolée du prix du pétrole, qui renchérit les coûts de transport et d’importation, ainsi qu’un mouvement de stockage massif alimenté par les incertitudes géopolitiques.
"Il y a une réaction de précaution des marchés", nous explique-t-il. "Face à l’incertitude, les opérateurs préfèrent augmenter leurs importations". Par conséquent, "les cours des principales matières premières entrant dans la fabrication des aliments de bétail sont orientés à la hausse".
À titre indicatif, le maïs s’échange actuellement autour de 457,10 dollars la tonne en contrat futur, le soja à 1.171,50 dollars la tonne, tandis que le Brent dépasse ce jeudi 2 avril les 108 dollars.
"Pour l’instant, l’impact reste limité au Maroc, les cargaisons déjà achetées à des prix antérieurs étant en cours d’acheminement", rassure notre source. Mais la tendance haussière devrait se confirmer dans les prochaines semaines, avec une répercussion progressive sur les prix de vente, qui pourraient flamber de 10% à 20%, selon leur composition.
La congestion portuaire aggrave les tensions
Aux tensions internationales s’ajoute un facteur local, celui de la congestion portuaire, notamment au port de Casablanca. Comme révélé par Médias24 dans un article précédent, les délais d’attente peuvent atteindre jusqu’à 30 jours depuis le mois de décembre 2025, générant des coûts supplémentaires importants pour les importateurs.
Cette situation accentue la pression sur ces intrants, en particulier le maïs et le tourteau de soja destinés principalement à l’alimentation de la volaille. Les opérateurs subissent ainsi des frais de surestaries, qui viennent s’ajouter à la hausse des prix internationaux.
"Cela fait maintenant près de trois mois que la situation dure, avec des conséquences lourdes sur toute la chaîne d’approvisionnement", souligne un autre acteur du secteur, ajoutant que "les importateurs, minoteries, fabricants d’aliments composés et éleveurs seront tous impactés".
L’augmentation des coûts des aliments de bétail ne se limite donc pas au seul secteur agricole. Elle se répercute sur l’ensemble de la chaîne de production alimentaire.
Trois filières principalement impactées
D'après nos sources, les filières les plus exposées sont :
- la volaille (poulets de chair, poules pondeuses et dindes essentiellement), qui dépend principalement des aliments composés. D'ailleurs, plus de 76% de la production nationale des aliments pour animaux est destinée à ce secteur ;
- la filière laitière, principale consommatrice d’aliments composés chez les ruminants ;
- les viandes rouges, surtout bovine et ovine, notamment dans la perspective de Aïd al-Adha fin mai prochain.
À terme, ces hausses pourraient se traduire par une augmentation des prix pour le consommateur final. Certains produits affichent déjà des niveaux élevés, notamment la viande ovine qui se négociait, au mercredi 1er avril, entre 125 et 130 DH/kg au marché de gros de Casablanca, tirée par la demande des engraisseurs en prévision de Aïd al-Adha.
Quant à la viande bovine, elle varie entre 78 et 96 DH/kg, avec des marges pouvant atteindre jusqu'à 20 DH/kg chez certains détaillants. Le poulet, quant à lui, tourne déjà autour de 18 DH/kg.
Une dépendance aux importations qui fragilise toute la chaîne agroalimentaire
Cette situation remet une nouvelle fois en lumière la forte dépendance du Maroc aux importations pour certains produits stratégiques. Ce qui rend le Royaume, et plus particulièrement le secteur céréalier, vulnérable aux chocs externes.
En effet, les aliments composés pour animaux sont des mélanges spécialement formulés pour répondre aux besoins nutritionnels spécifiques des animaux d’élevage. Leur composition varie en fonction des besoins spécifiques des animaux.
Ces aliments sont composés de plusieurs matières, dont certaines sont produites au Maroc, et d'autres importées des pays étrangers. Les principales composantes sont les céréales à hauteur de 50% en moyenne (maïs, orge et sorgho), et les tourteaux d'oléagineux à hauteur de 25% en moyenne (de soja ou de tournesol).
Le Maroc est même devenu un importateur net de maïs depuis quelques années. Les tourteaux sont, eux, importés à hauteur de 98%, dominés à près de 60% par les graines de soja.
Si la situation géopolitique vient à s’aggraver ou à se prolonger davantage, les professionnels redoutent une amplification des hausses, avec un impact direct sur le pouvoir d’achat des ménages marocains.
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