Maroc-Paraguay. La créativité au cœur du projet Ouahbi
Les débuts du sélectionneur sur le banc des Lions de l’Atlas face à l’Équateur ont mis en lumière une idée de jeu où la créativité occupe une place centrale. Une ligne directrice qui pourrait encore être explorée ce mardi 31 mars face au Paraguay à Lens, même si ses contours restent encore à stabiliser.
La titularisation d’Ismaïl Saibari en faux numéro neuf lors du match nul du Maroc face à l’Équateur répond à la volonté du sélectionneur Mohamed Ouahbi d’aligner un maximum de joueurs créatifs dans son onze.
L’expérience sera-t-elle renouvelée ce mardi 31 mars (19h) face au Paraguay à Lens ? Rien n’est moins sûr. En revanche, une certitude semble se dégager de sa conférence de presse d’après-match.
"Nous avons la particularité d’avoir beaucoup de joueurs créatifs. C’est pour cela que j’ai mis les meilleurs joueurs sur le terrain pour avoir une équipe très créative. C’est l’identité de jeu que je souhaite mettre en place".
Si l’on met de côté le système de jeu, qui est au moins aussi important que son animation, la recherche de créativité constitue donc l’un des axes majeurs du projet de jeu de cette équipe nationale estampillée Mohamed Ouahbi.
Cela ne signifie pas que ce n’était pas le cas auparavant, sous Walid Regragui. Mais la manière de l’aborder semble évoluer. Et ce n’est pas plus mal.
Comme le résumait le légendaire manager d’Arsenal, Arsène Wenger, "la créativité, c’est l’art de surprendre l’adversaire". Une idée simple en apparence, mais ardue dans sa mise en œuvre.
Car surprendre l’adversaire ne relève pas uniquement du talent individuel, mais aussi de la capacité d’un collectif à sortir des schémas attendus, à varier ses intentions et à créer de l’incertitude chez l’adversaire.
"La créativité, ce n’est pas le geste spectaculaire. C’est la capacité à créer un avantage dans un contexte contraint, sous pression, dans un espace réduit ou avec peu de temps", explique à Médias24, Brahim El Yamani, formateur-entraîneur, diplômé UEFA A.
Encore plus dans le football moderne, où les adversaires ont très peu de secrets les uns pour les autres en raison du développement et de la démocratisation des outils d’analyse.
Reste désormais à savoir si le Maroc dispose vraiment des profils et surtout du cadre nécessaires pour traduire cette ambition en réalité sur le terrain.
La créativité se traduit par le dribble, la passe et le déplacement
Ismaël Saibari, Azzedine Ounahi, Achraf Hakimi, Abdessamad Ezzalzouli, Brahim Díaz, Neil El Aynaoui… il s’agit d’internationaux dont le profil colle à la définition de la créativité dans le football et qui étaient tous sur le terrain contre l’Équateur.
Une définition qui englobe non seulement la créativité par le dribble, mais aussi par le déplacement qui crée des espaces et la passe. Reste à savoir s’ils ont été à la hauteur des attentes.
"Le Maroc possède différents types de créativité. Une créativité technique avec des joueurs comme Ezzalzouli ou Brahim Díaz, une créativité décisionnelle avec Ounahi ou Hrimat, et une créativité dans le mouvement avec Hakimi", explique Brahim El Yamani.
Pour évaluer concrètement la créativité du Maroc face à l’Équateur, plusieurs indicateurs simples permettent de dépasser le ressenti visuel.
L’objectif est de mesurer la capacité des Lions de l’Atlas à créer du danger, à investir la surface adverse et à déséquilibrer individuellement.
Dans cette optique, nous avons choisi de comparer ces données avec celles de l’Espagne, sans doute ce qui se fait de mieux en la matière à l’échelle mondiale actuellement :
xG :
Maroc (vs Équateur) : 1,24 ;
Espagne (vs Serbie) : 2,06 ;
Ballons touchés dans la surface adverse :
Maroc (vs Équateur) : 14 ;
Espagne (vs Serbie) : 29 ;
Dribbles réussis :
Maroc (vs Équateur) : 8 ;
Espagne (vs Serbie) : 6 ;
Passes progressives réussies :
Maroc (vs Équateur) : 26 ;
Espagne (vs Serbie) : 60.
Ces chiffres traduisent un écart notable dans la capacité à installer du danger. Si le Maroc parvient ponctuellement à déséquilibrer individuellement, comme en témoigne un nombre de dribbles réussis comparable, il peine en revanche à reproduire ces situations et à les inscrire dans une dynamique collective.
À l’inverse, l’Espagne se distingue par un volume nettement supérieur de situations créées et une présence beaucoup plus marquée dans la surface adverse, reflet d’une créativité davantage structurelle que conjoncturelle.

Autrement dit, l’équipe nationale version Mohamed Ouahbi a encore du pain sur la planche pour être meilleure dans ce domaine. Ce qui est somme toute assez compréhensible pour une entrée en matière.
"Nous devons travailler nos automatismes et notre cohésion collective", a d’ailleurs reconnu le sélectionneur national à l’issue de sa première sortie sur le banc des Lions de l’Atlas.
C’est d’autant plus important que "la créativité naît dans un cadre, pas dans le chaos", assure Marcelo Bielsa, sélectionneur de l’Uruguay et l’un des plus grands penseurs du football moderne.
"Les meilleures équipes fonctionnent avec une logique claire. Des zones structurées où la priorité est donnée à l’organisation, et des zones de liberté où les joueurs doivent prendre des initiatives et être imprévisibles", décrypte M. El Yamani.
Le Maroc a été mis en danger à la perte du ballon
Pour faire simple, la créativité implique forcément une prise de risque, notamment à la perte du ballon. D’où l’importance de gérer cette phase de jeu.
"Mais le problème n’est pas de perdre le ballon. Le problème est d’être désorganisé au moment où on le perd. Les meilleures équipes ne cherchent pas à éviter la perte de balle, elles organisent leur réaction à cette perte", ajoute Brahim El Yamani.
Or, en termes d’animation défensive, le Maroc a encore du chemin à parcourir, en particulier au niveau de sa balance offensive.
Comme son nom l’indique, cet aspect du jeu a trait à la manière dont une équipe attaque tout en anticipant le moment où elle va perdre le ballon.
Certains entraîneurs demandent ainsi aux deux défenseurs centraux et aux deux milieux défensifs de rester légèrement en retrait et vigilants au moment de la perte, afin d’assurer les couvertures et les compensations, réduire les espaces et éviter d’être pris à défaut.
D’autres utilisent une ligne à trois défenseurs ou encore un double pivot plus protecteur, afin de sécuriser davantage la structure collective lors des phases de transition.

Bref, vous l’aurez compris, être créatif est aussi important que de disposer d’une structure capable de sécuriser les pertes de balle et d’assurer l’équilibre de l’équipe.
Surtout lorsque la créativité des joueurs marocains repose fortement sur des permutations qui affaiblissent la structure de l’équipe.
Pour en revenir à la comparaison avec la Roja, le Maroc a perdu quasiment autant de ballons que l’Espagne, alors que les hommes de Luis de la Fuente ont eu davantage le ballon (66 % contre 47 %).
Pire encore, sur les 88 ballons perdus par le Maroc face à l’Équateur, plus de la moitié l’ont été par des joueurs estampillés créatifs. Quatre de ces pertes ont d’ailleurs débouché sur une tentative adverse.
En résumé, la volonté du nouveau sélectionneur de miser sur la qualité première de ses meilleurs joueurs est louable. Néanmoins, difficile d’aller loin dans une compétition aussi relevée qu’une Coupe du monde en prenant autant de risques.
Car il ne suffit pas d’empiler les joueurs les plus talentueux et créatifs pour l’emporter. Mohamed Ouahbi poursuivra-t-il dans cette voie ? Réponse ce mardi 31 mars face au Paraguay à Lens.
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