Noor Atlas : le pari du photovoltaïque décentralisé est-il tenable ?
En rupture avec le modèle historique des méga-complexes, le projet Noor Atlas (305 MW) inaugure une ère de pragmatisme dans le secteur des énergies renouvelables, conjuguant compétitivité économique et résilience. Cette nouvelle dynamique sera-t-elle le levier décisif pour atteindre la vitesse voulue ?
Le projet Noor Atlas constitue une relance stratégique pour Masen, la structure chargée de concrétiser l'ambition du Maroc d'atteindre l'objectif national de 52% d'énergies renouvelables à l'horizon 2030. À quatre ans de cette échéance, le calendrier d'exécution exige désormais une grande célérité de l’ensemble des projets du renouvelable.
Ce nouveau démarrage pour Noor Atlas est-il le bon ?
À vrai dire, ce projet est longtemps resté sur le papier. Il a été relancé en avril 2025 par la Noor Atlas Energy Company, filiale détenue à 100% par Masen. Cette dernière a réussi à sécuriser de nouveaux financements, dont le plus récent auprès de Bank of Africa. Dans cette dynamique d'accélération, Masen et l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) ont récemment officialisé la signature des contrats d’achat d’électricité (PPA) liés à ce programme solaire photovoltaïque majeur.
Lancée le 16 mars, la construction du projet Noor Atlas prévoit l'implantation de six centrales solaires photovoltaïques (PV) d'une capacité totale de 305 MW, dont la mise en service est prévue au second semestre 2027.

Réparties du nord au sud du Royaume, ces infrastructures se déclinent comme suit :
- Noor Atlas Aïn Béni Mathar (province de Jerada) : avec une capacité de 121 MW, il s'agit de la plus grande station du programme. Elle se situe à 15 kilomètres à l'ouest de l'actuelle centrale thermo-solaire de Aïn Beni Mathar.
- Noor Atlas Enjil (province de Boulemane) : 42 MW.
- Noor Atlas Tata (province de Tata) : 40 MW.
- Noor Atlas Tan-Tan (province de Tan-Tan) : 40 MW.
- Noor Atlas Boudnib (province d’Errachidia) : 33 MW.
- Noor Atlas Bouanane (province de Figuig) : 29 MW.
Noor Atlas, un tournant vers un solaire décentralisé et agile
En déployant six centrales de taille moyenne – allant de 29 à 121 MW pour le site de Aïn Béni Mathar – dans des régions à fort potentiel solaire (l'Oriental, Drâa-Tafilalet, Fès-Meknès, Souss-Massa et Guelmim-Oued Noun), le projet Noor Atlas rapproche stratégiquement la production électrique des bassins de consommation.
Noor Atlas est un programme de centrales utility-scale qui initie une approche décentralisée et permet de réduire les pertes en ligne, de diminuer la dépendance aux grandes infrastructures centralisées et d'améliorer significativement la qualité du service électrique local.
Ce projet s'appuie sur une double rationalité économique et temporelle. Contrairement aux projets thermiques complexes, le déploiement d'un parc photovoltaïque est très rapide. Une telle infrastructure peut en effet être achevée dans un délai de 6 à 18 mois, ce qui garantit une mise en service opérationnelle dans les temps pour l'échéance de 2027.
Selon les évaluations récentes de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA), les coûts d'installation du solaire photovoltaïque (PV) ont chuté de 87%, passant de 5.283 dollars à 691 dollars par kW.
En comparaison, le CSP (solaire thermique à concentration), technologie déployée sur le complexe Noor Ouarzazate, demeure environ cinq fois plus cher que le photovoltaïque, et ce, malgré une baisse de ses propres coûts estimée à 66%.
Capacité renouvelable installée ne rime pas avec contribution réelle à la production électrique
La capacité électrique installée issue des énergies renouvelables a atteint 5.600 MW à fin août 2025. Pourtant, malgré cette montée en puissance, la part des énergies renouvelables dans la production électrique effective se situait, entre 12% et 20% seulement, en raison de leur caractère intermittent.
À cela s'ajoutent, entre octobre 2021 et 2025, seulement quatre projets, représentant une capacité totale de 326 MW, soit l’équivalent du projet de Noor Atlas, qui sont devenus opérationnels dans le cadre de la loi nᵒ 13.09 relative aux énergies renouvelables, alors que durant la même période 56 projets totalisant 2.690,54 MW ont pourtant été autorisés. Ce qui illustre un grand écart entre les autorisations accordées et la mise en service effective des capacités de production.
Pour la période 2025-2030, le gouvernement prévoit de donner un coup d'accélérateur majeur à ses investissements annuels. L’investissement dédié aux capacités renouvelables devrait quadrupler pour atteindre 16,7 milliards de DH, tandis que le budget de modernisation du réseau électrique sera multiplié par cinq, s'établissant ainsi à 5 MMDH.
D'ici 2030, les ambitions du Maroc portent sur une capacité renouvelable globale de 12.445 MW. Le solaire occupera la première place, avec 5.616 MW, soit environ 45,1% du mix. Juste derrière, l’éolien atteindra 4.979 MW, représentant 40% de la capacité totale. Pour pallier l'intermittence de ces deux piliers et sécuriser le réseau national, le Royaume adossera cette production à des capacités de flexibilité massives, combinant 1.500 MW de stockage par batteries (12,1%) et 350 MW d'hydraulique (2,8%).
Outre le programme Noor Atlas, le pipeline prévoit la poursuite du développement du complexe solaire Noor Midelt et de Noor PV II, ainsi que le déploiement de parcs éoliens majeurs tels que Bir Anzarane, Aftissat 3, Boujmil, Akhfennir 3 et Cap Quentin.
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