GMT+1 : entre vécu des citoyens, fatigue accumulée et demande d’explication
Huit ans après la généralisation de l’heure légale (GMT+1) au Maroc, l'opinion publique reste contre cette décision. La pétition contre le GMT+1, qui a dépassé les 250.000 signatures, relance le débat. Invités de l'émission hebdomadaire le 12/13 de Médias24, Nabil Haffad, CEO du groupe Archipel, et Dr Mohamed Hachem Tyal, psychiatre, décryptent ce phénomène.
La question du maintien du GMT+1 continue de susciter des réactions. La pétition qui a dépassé les 250.000 signatures en quelques jours en est une illustration récente. Mais au-delà de cette mobilisation, que disent réellement les citoyens et comment interpréter cette récurrence du débat ?
Invité du 12/13 de Médias24, Nabil Haffad, CEO du groupe Archipel, a présenté les résultats d’une analyse portant sur plus de 14.000 commentaires publiés spontanément sur les réseaux sociaux dont le but était de comprendre les perceptions exprimées par les citoyens à partir de leurs propres mots.
Un ressenti ancré dans le quotidien
Premier enseignement de cette analyse : le GMT+1 est avant tout perçu à travers le vécu. Les commentaires évoquent des effets ressentis dans la vie quotidienne, notamment une fatigue, des difficultés d’adaptation ou encore des changements d’humeur, en particulier lors des transitions d’horaire.
Ces réactions ne sont pas nouvelles. Elles s’inscrivent dans une répétition, observée depuis plusieurs années, à chaque cycle lié à l’heure légale.
Selon Nabil Haffad, l’évolution tient surtout à l’accumulation. Après plusieurs années d’application, une forme d’usure apparaît dans les échanges observés. Ce qui relevait auparavant d’un mécontentement ponctuel semble aujourd’hui davantage s’inscrire dans la durée.
Le ressenti exprimé par certains citoyens traduit une difficulté croissante à continuer à accepter la situation telle qu’elle est vécue.
Le sentiment de ne pas être entendu
Au-delà des effets liés à l’horaire, un autre registre ressort des prises de parole : celui du rapport aux institutions. Les commentaires analysés font état d’un sentiment de non-prise en compte des réactions exprimées au fil des années.
Pétitions, interpellations et protestations ont été formulées à plusieurs reprises, sans que les citoyens aient le sentiment qu’elles aient donné lieu à un débat ou à des ajustements.
Selon l’analyse présentée, cette situation peut générer frustration, voire une forme de distance. Dans certains cas, elle s’exprime aussi par des formes de résignation.
Parmi les sujets les plus fréquemment évoqués figure l’impact sur les enfants. Les difficultés liées aux horaires de réveil, notamment en période scolaire, sont régulièrement mentionnées.
Sur ce dernier registre, Dr Mohamed Hachem Tyal, psychiatre et psychanalyste, souligne que les enfants ont des besoins de sommeil spécifiques et que des réveils précoces peuvent affecter leur vigilance, leur concentration et leur humeur.
Une question de rythmes biologiques
Sur le plan scientifique, le spécialiste rappelle que l’organisme fonctionne selon une horloge interne régulée notamment par la lumière. Cette horloge influence des mécanismes comme la production de mélatonine et de cortisol, qui participent à la régulation du sommeil et de l’éveil.
Un décalage entre ces rythmes biologiques et les contraintes sociales peut nécessiter un effort d’adaptation. Cet effort peut se traduire par de la fatigue ou de l’irritabilité, avec des effets plus marqués chez certaines personnes.
Le Dr Tyal insiste sur la capacité d’adaptation de l’organisme humain. Toutefois, cette adaptation a un coût. À force de s’ajuster à un rythme perçu comme contraignant, une fatigue peut s’installer et, dans certains cas, évoluer vers un stress plus durable.
Il précise néanmoins que les capacités de récupération restent importantes lorsque les conditions changent.
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