Acceptabilité environnementale oui, acceptabilité sociale non : la problématique du projet de carrière à Sidi Aïssa Ben Slimane
Entre El Attaouia et El Kelaâ des Sraghna, la commune de Sidi Aïssa Ben Slimane est devenue le théâtre d'une crise qui dépasse un simple conflit foncier. Entre autorisations environnementales du projet et refus des citoyens, la question de l’acceptabilité sociale des projets se pose avec acuité plus particulièrement dans le monde rural.
Une manifestation contre l'exécution d'un jugement ordonnant l'ouverture d'une route menant à une carrière a sombré dans la violence, mardi 24 mars 2026, dans la commune de Sidi Aissa Ben Slimane relevant de la province de Kelaa des Seraghna. Neuf membres des forces auxiliaires et cinq de la gendarmerie royale ont été blessés.
Suite à cet incident regrettable, plusieurs questions se posent : Qu'est-ce qui a fait dégénérer la situation ? S'agit-il d'un abus de pouvoir ou d'un conflit politique et social ? L'exploitation de la carrière est-elle autorisée ?
Ce mouvement social ne date pas d'hier mais d’un bras de fer légitime entre une population hostile au projet et l’investisseur bloqué, qui a engagé des investissements en millions de dirhams.
La crise de l'eau, catalyseur de la colère contre les carrières
Située entre El Attaouia et El Kelaâ des Sraghna, la commune de Sidi Aïssa Ben Slimane est desservie en son centre par une route provinciale. La région possède une forte vocation agricole, marquée notamment par la culture de l'olivier. Son paysage est structuré par l'Oued Lakhdar et l'Oued Tassaout, deux affluents majeurs de l'Oum Er-Rbia.
En raison de la sécheresse, les habitants se sont mobilisés à plusieurs reprises contre la rareté de l’eau potable, causée par la salinité de l’eau, probablement due à l’intensification des activités agricoles. De nombreux ménages sont contraints d’acheter de l’eau, malgré les projets engagés par la commune, tels que l’installation de stations monoblocs de déminéralisation.
Depuis 2020, soit six ans maintenant, les habitants des douars de Sidi Aissa Ben Slimane estiment que la rareté de l’eau est liée à l’activité d’une carrière, qui génère en outre des poussières et des nuisances.
À la suite des récentes intempéries, le cours d’Oued Tassaout s’est rempli après plusieurs années de sécheresse, ce qui devrait normalement profiter aux eaux souterraines.
Carrières historiques et nouveau projet : quelles différences ?
Le périmètre de la commune compte au moins cinq carrières autorisées, situées sur le domaine public hydraulique. Ces sites sont dédiés à l'extraction de gravier, de sable de concassage et de travertin. La plus importante d'entre elles, située à proximité du centre communal, est en activité depuis au moins 2008. Plus au sud, le long du même lit de l'Oued Tassaout, deux autres exploitations d'envergure extraient des matériaux similaires sur le territoire de la commune de Dzouz près d’El Attaouia.

Par ailleurs, selon les éléments recueillis, le parlementaire, en relation avec ce conflit foncier, a créé en 2020 une société spécialisée dans l'exploitation de carrières et l'extraction de pierres. Son unité de concassage a d'ores et déjà obtenu une autorisation d'exploiter, suite à une étude d'impact environnemental (EIE) validée après enquête publique.

Ce projet se distingue par son implantation hors du domaine public hydraulique, à 800 mètres à vol d'oiseau du douar Oulad Rami. Toutefois, sa situation en bordure d'un important périmètre agricole (Oued Lakhdar) suscite une vive résistance locale. Ce climat de tension a conduit à un blocage des camions du projet les empêchant de traverser la route menant du projet vers le centre de la commune, actes pour lesquels plusieurs manifestants du douar sont aujourd'hui mis en cause.
L’autorisation du projet ignore le contexte climatique de la région
Les critiques sont nombreuses concernant la forme actuelle des études d'impact environnemental. Les carrières n’utilisent pas l'eau pour l'exploitation, mais doivent également l’utiliser pour limiter les nuages de poussière susceptibles de nuire à la population environnante, notamment par l'arrosage.
Par ailleurs, la région du projet connaît une rareté de l'eau qui remet en question l'autorisation de tout projet nécessitant une consommation hydrique, quelle qu'en soit la nature.
L'évaluation environnementale doit impérativement intégrer la réalité climatique du Maroc, marquée par un réchauffement exacerbé et une récurrence accrue des cycles de sécheresse. Dans ce contexte de stress hydrique structurel, tout projet consommateur d'eau qui ne prévoit pas de mesures rigoureuses de rationalisation devrait être suspendu. Une telle décision nécessite la mise en place d'un comité de suivi permanent, capable de surveiller l'impact réel des projets et d'ouvrir des voies de recours effectives pour les citoyens.
L’importance d’élever l'acceptabilité sociale au rang des normes environnementales
Le projet a pris une tournure critique qui aurait pu être évitée. En privilégiant la recherche du consentement des riverains en amont et en présentant les opportunités locales, au-delà des simples obligations réglementaires, le promoteur aurait renforcé l'acceptabilité sociale de son projet. Une démarche de concertation, hors du circuit rigide de l'enquête publique, aurait sans doute permis de désamorcer les tensions actuelles.
Dans sa forme actuelle, l'enquête publique échoue souvent à instaurer un véritable dialogue. Les modalités de publicité sont souvent inadaptées, laissant une grande partie de la population dans l'ignorance. Pour y remédier, il serait pertinent d'instaurer un nouveau cadre qui prévoit une enquête de terrain menée par un bureau d'études indépendant, aux frais du demandeur, et qui recense l'avis des citoyens. Une telle approche proactive permettrait de mieux assimiler les préoccupations des habitants et de les intégrer réellement dans la décision environnementale.
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