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SOCIETE

GMT+1: fatigue sociale et crise de confiance en toile de fond (Etude)

Ce dimanche 22 mars, les Marocains sont revenus à l'heure GMT+1, qui est depuis quelques années, l'heure légale au Maroc. Ce thème de l'heure légale décalée par rapport à l'heure "normale" suscite de nouveau le débat. Mais cette fois-ci, ce débat glisse globalement vers les relations entre citoyens et État Un signal faible à prendre en considération?

Débat sur le GMT+1 au Maroc et fatigue sociale
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Le 22 mars 2026 à 14h36 | Modifié 24 mars 2026 à 10h14

Derrière le débat récurrent sur le retour au GMT+1 après Ramadan, une analyse de plus de 14.000 commentaires sur les réseaux sociaux révèle une réalité plus profonde : fatigue, défiance institutionnelle, sentiment d’impuissance… Le changement d’heure est devenu, pour une partie des Marocains, le symbole d’un malaise bien plus large. L'étude a été réalisée par le groupe Archipel à travers sa solution Ach-Gal Insights d'analyse conversationnelle en ce mois de mars 2026.

Cela fait 8 ans. Avant octobre 2018, le Maroc appliquait un système classique d'ajustement saisonnier: GMT+1 au printemps-été et GMT en automne-hiver.

A partir d'octobre 2018, le GMT+1 a été institué en tant qu'heure légale. Avec une parenthèse de retour au GMT au mois de Ramadan. À l'usage, ce système a suscité de nombreuses critiques. Entre autres, parce que c'est dans l'obscurité que l'on se lève et que l'on se rend à l'école ou au travail. On s'est donc éloignés du rythme naturel.

Au fil des années et autant que l'on puisse en juger, les critiques sont devenues récurrentes et la situation a fait l'objet de nombreuses études, sondages, pétitions... Comme on le dit dans la presse, ce sujet est devenu un "marronnier", un thème qui revient périodiquement.

L'étude réalisée par Ach-Gal montre une évolution des perceptions, commentaires et réactions: nous passons de simples critiques à une situation qui interroge les relations entre les citoyens et l'État. Nous ne sommes plus sur un simple débat sur l'heure mais en présence d'un révélateur de la relation avec l'Etat. Notons que l'étude a porté sur 14.000 commentaires sur les réseaux sociaux (Facebook, Instagram et TikTok).

5 récits structurent le rejet

1er récit: Le corps comme victime. "Le récit santé est le plus viscéral du corpus. Les citoyens ne débattent pas d'une décision abstraite, ils la vivent dans leur corps. Fatigue chronique, dépression légère, désorientation des enfants en route pour l'école dans l'obscurité"... Intensité: haute.

2e récit: “L’État sourd”.

"Les internautes signent des pétitions, relaient des hashtags coordonnés, interpellent nommément des ministres, sans qu’aucun changement ne se produise. Le retour annuel du GMT+1 est devenu la "preuve rituelle" de leur inutilité démocratique. "Ce récit génère moins de colère brute que de résignation cynique, parfois plus dévastatrice. Intensité: haute.

3. Souveraineté : Une heure importée; ou "la France dans les horloges".
"Pour une partie des internautes, le GMT+1 ne relèverait pas d’un choix réellement marocain, mais d’un alignement sur les intérêts français, notamment ceux d’acteurs étrangers ou de grandes multinationales et de la coordination horaire avec la France". Intensité : moyenne.

4. Le temps spirituel.

Un tiers du corpus mobilise un registre religieux. L'heure 'naturelle' est associée à la bénédiction divine (l'heure qui a la baraka). Ce récit n'est pas une revendication, c'est une cosmologie.
Il révèle que le débat horaire touche à quelque chose de plus profond que la fatigue ou la politique.
Intensité : haute.

5. Le récit méta : la fatigue du débat lui-même.

C'est un épuisement du militantisme numérique. "Une fraction significative des commentaires exprime une lassitude face à la "répétition annuelle du même cycle: mêmes hashtags, mêmes pétitions, même résultat nul (chaque année la même cassette). Ce récit révèle une crise de l'efficacité politique numérique. Certains poussent activement à passer du commentaire à l'action directe: refuser d'envoyer les enfants à l'école à l'heure du GMT+1, ou coordonner des gestes collectifs de refus. Intensité: faible, à surveiller.

Ce n'est plus de la colère mais une "fatigue politique"

La cartographie émotionnelle des commentaires met en scène les émotions suivantes :

-41% épuisement.

-24% cynisme.

-22% colère.

-13% espoir délégué.

Le passage de la colère au cynisme est toujours un signal faible… mais à prendre au sérieux.

 Les signaux faibles à ne pas ignorer

- La mort de la pétition:  Les gens n’y croient plus.
- Vers des formes d'actions coordonnées, comme "envoyer les enfants à l'école à l’heure naturelle”, travailler à GMT officieusement ? Ce serait un passage de la protestation au contournement?

L'étude révèle ainsi quatre grandes tensions.

En premier lieu, la santé et le bien-être citoyen face à l'intérêt économique. Les seuls chiffres qui ont circulé portent sur une économie annuelle de 100 MDH. Trop peu face à la santé et au bien-être.

En deuxième lieu, la participation au débat face à l'inefficacité constatée de celle-ci, sur ce thème précis. La lassitude est présente dans les commentaires. De même que la résignation.

En troisième lieu et pour une raison non authentifiée, une partie de l'opinion est convaincue que ce passage est justifié uniquement par une demande des multinationales industrielles qui produisent au Maroc. D'où l'invocation de la souveraineté dans les commentaires. Mais si cela avait été le cas, est-ce qu'il n'aurait pas été plus simple que ces multinationales là alignent leurs process sur les horaires européens ?

En quatrième lieu, et comme toujours lorsqu'il s'agit de débat, la spiritualité est au rendez-vous. Il y a une opposition mise en scène entre spiritualité et modernité. C'est comme si le débat sur l’heure devenait en réalité un conflit de modèles de société”.

Les “angles morts” de l’étude

Aucun relais institutionnel crédible n'est présent dans ce débat, le parlement est absent. L'argumentaire officiel est absent du débat, car aucun responsable ne l'a jamais exposé.

On note également l'absence de pédagogie économique, ce qui produit une rupture de narration entre l'État et les citoyens.

Au final, selon l'étude, les citoyens ont besoin que l'on reconnaisse leur malaise, voire selon certains, leur souffrance dans ce GMT+1 automne-hiver. Une communication est indispensable.

Ainsi, le débat sur le GMT+1 n’est ni technique ni même horaire. Il est politique, culturel et presque existentiel. Et tant qu’il sera traité comme une simple question d’organisation du temps, il continuera, chaque année, à produire la même colère… et la même impasse.

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Le 22 mars 2026 à 14h36

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