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CAN 2025. L’impact de l’interruption sur le penalty de Díaz

La décision du jury d’appel de la CAF d’attribuer la victoire de la CAN 2025 au Maroc sur tapis vert relance le débat sur l’impact des interruptions de match dans les moments décisifs. La science et plusieurs experts interrogés suggèrent qu’une rupture du rythme compétitif peut influencer la concentration, la gestion émotionnelle et, in fine, l’exécution d’un penalty sous haute pression.

CAN 2025. L’impact de l’interruption sur le penalty de Díaz
Chady Chaabi
Le 18 mars 2026 à 17h54 | Modifié 18 mars 2026 à 18h06

Le Maroc a été déclaré vainqueur sur tapis vert (3-0) de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2025 par le Jury d’appel de la Confédération africaine de football (CAF), dans la soirée du mardi 17 mars 2026.

Le Jury d’appel de la CAF a considéré que l’interruption n’aurait pas dû avoir lieu et que le retour volontaire aux vestiaires des joueurs sénégalais implique une défaite par forfait. Mais une question demeure : un tel arrêt a-t-il pu influencer le déroulement de la rencontre, et plus précisément le tireur concerné, Brahim Díaz, auteur d’un penalty manqué à un moment décisif ?

Les positions divergent. Certains estiment que le football se joue sur le terrain et que la victoire du Sénégal doit être reconnue comme telle.

D’autres considèrent que l’interruption a pu modifier les conditions mentales et émotionnelles d’un épisode aussi sensible qu’un tir au but dans un contexte de haute tension.

En tout cas, au moment où la CAF a annoncé sa décision, Brahim Díaz était tout sourire sur le banc à l’Etihad Stadium, lors du huitième de finale retour de la Ligue des champions face à Manchester City.

Son bonheur n’était pas uniquement lié à la qualification de son équipe ni à son excellente prestation, ponctuée par un dribble remarqué sur son homonyme Rúben Dias. L’annonce officielle de la victoire du Maroc en était la raison principale.

Un élément d’autant plus symbolique que Díaz est directement concerné par l’épisode du penalty manqué à la dernière seconde du temps réglementaire, avant la prolongation.

Dans un contexte aussi chargé émotionnellement, la dimension psychologique ne peut être ignorée. La question n’est donc pas de réécrire le match ni de contester le résultat sportif.

Mais si l’on choisit de se concentrer exclusivement sur le terrain pour juger d’une victoire au mérite, il faut aussi analyser un autre paramètre, notamment l’effet potentiel d’une interruption prolongée, dans un moment de tension maximale, sur la préparation mentale d’un tireur.

Ce que dit la littérature scientifique

Le football est considéré en sciences du sport comme une discipline à effort intermittent.

L’un des travaux fondateurs est celui de Jens Bangsbo (1994), qui décrit la physiologie spécifique du football et l’importance du rythme compétitif dans la performance.

Ses conclusions soulignent que la continuité des séquences d’intensité joue un rôle majeur dans la stabilité de la performance.

Les recherches de Krustrup (2006) ont approfondi cette approche en analysant les marqueurs physiologiques pendant un match, montrant que les variations d’intensité et les phases d’arrêt influencent l’état musculaire et métabolique du joueur. En résumé :

  • Le football est un sport rythmé par l’alternance effort/récupération.
  • Les interruptions modifient l’état physiologique du joueur.
  • La reprise demande une nouvelle phase d’activation.
  • La continuité du jeu participe à la performance.

Concernant le volet mental, en psychologie du sport, les travaux de Roy Baumeister (1984) ont mis en évidence le phénomène de "choking under pressure", soit la baisse de performance dans des situations de pression élevée.

Dans le cas spécifique des penalties, les études de Geir Jordet (2007) ont montré que le contexte émotionnel et le temps d’attente influencent la réussite du tireur. Pour faire simple :

  • La pression peut altérer la précision technique.
  • Le temps d’attente joue un rôle déterminant.
  • Les penalties sont l’un des exercices les plus étudiés en psychologie du sport.
  • Le contexte émotionnel influence la prise de décision.

Des avis divergents dans le monde du football

Pour en revenir au terrain, la perception des techniciens n’est pas si éloignée des travaux scientifiques sur le sujet. Brahim El Yamani, entraîneur diplômé UEFA A, insiste sur l’impact psychologique d’une interruption prolongée.

"Bien sûr, c’est un impact psychologique important. Il y a eu un tourbillon dans la tête de Brahim Díaz. Un joueur, même s’il joue à Madrid, n’a jamais vécu une situation comme celle-là et peut donc avoir des difficultés à la gérer."

Selon notre interlocuteur, la gestion de la concentration devient un élément central dans ce type de scénario exceptionnel.

Cette lecture a également été partagée par le désormais ex sélectionneur marocain à l’issue de la rencontre. Walid Regragui avait en effet estimé que le retour temporaire des joueurs sénégalais aux vestiaires avait contribué à destabiliser son tireur au moment décisif.

Selon lui, le climat de flottement a eu un impact direct sur la préparation du penalty. Il a affirmé que son joueur avait été "perturbé" par le contexte entourant la tentative, dans un moment où la concentration devait être maximale.

Bref, la pression ne se limite plus à l’enjeu sportif. Elle s’additionne à une rupture de rythme et à une atmosphère tendue, qui peuvent influencer la gestion mentale d’un tireur.

Mais tout le monde n’est pas d’accord avec ce constat, du moins concernant cette action en particulier. Un technicien ayant souhaité garder l’anonymat adopte une lecture différente.

Pour lui, le temps peut jouer dans les deux sens. "Vous avez un penalty à tirer, vous pouvez vous préparer davantage. Vous avez le temps de vous chauffer, de faire des démarches, d’être plus concentré".

Selon lui, une interruption prolongée peut donc, au contraire, offrir un temps supplémentaire de recentrage mental et d’optimisation de la préparation. "Tu es un professionnel, tu dois marquer un but pour ta nation. Tu as le temps de le faire".

Pour notre interlocuteur, l’élément déterminant demeure l’exécution technique du geste.

"Le fait est qu’il l’a tiré de manière très, très insolente. Il voulait humilier les adversaires et le gardien, mais ça s’est retourné contre lui. Et il est difficile de soutenir qu’il était perturbé ou en manque de confiance alors qu’il a choisi un geste technique emprunt d’assurance".

Autrement dit, la responsabilité finale incombe au tireur, indépendamment du contexte. D’autant que "le Sénégal a géré et a marqué un but logique. Il mérite sa victoire sur le terrain", conclut-il.

Quoi qu’il en soit, la décision de la CAF repose sur un cadre réglementaire. C’est justement pour éviter ce type de situations que les articles encadrant les interruptions ont été élaborés. Le droit sportif vise à garantir la continuité, l’équité et la sécurité des compétitions.

Dans un sport où la marge est infime, chaque détail compte. Et parfois, ce sont justement ces détails qui nourrissent le débat. Celui-ci n’est pas encore à son terme.

Les Sénégalais prévoient de contester la décision prise par la CAF auprès du Tribunal arbitral du sport (TAS), notamment en indiquant que, contrairement au règlement, le match n’a pas été définitivement interrompu et qu’il est allé à son terme. Mais cela, c’est un autre débat.

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Chady Chaabi
Le 18 mars 2026 à 17h54

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