Médicaments. Six groupes contrôlent 84% du marché marocain de la distribution
L’avis du Conseil de la concurrence sur le marché de la distribution pharmaceutique au Maroc a enfin été publié. Cet article se concentre sur les grossistes-répartiteurs, acteurs clés de l’approvisionnement. En 2024, 66 établissements assurent la distribution des médicaments sur l’ensemble du territoire, dont 39% dans les régions de Casablanca et Rabat, tandis que six grands groupes captent 84% des parts de marché. Détails.
Publié en fin de journée ce lundi 16 mars 2026, l’avis du Conseil de la concurrence sur l’état de la concurrence dans les marchés de la distribution du médicament au Maroc dresse un panorama détaillé du fonctionnement de cette chaîne stratégique et formule plusieurs recommandations visant à améliorer son efficacité et à renforcer la concurrence.
Si, dans plusieurs articles, Médias24 s’est largement penché sur la situation des pharmacies d’officine, les difficultés auxquelles elles font face, ainsi que sur la recommandation du Conseil de la concurrence relative à l’ouverture de leur capital afin d’alléger leur situation économique, un autre maillon essentiel de cette chaîne mérite également une attention particulière. C'est celui des grossistes-répartiteurs, acteurs clés de l’approvisionnement du marché pharmaceutique national.
Ces établissements assurent l’achat, la détention et la distribution en gros des médicaments vers les pharmacies d’officine et les réserves de médicaments des cliniques. Ils peuvent également exporter des médicaments, sous réserve d’obtenir l’autorisation de l’établissement pharmaceutique industriel titulaire de l’autorisation de mise sur le marché (AMM).
En 2024, le Maroc comptait 66 établissements pharmaceutiques grossistes-répartiteurs (EPGR) en activité. Ensemble, ils ont réalisé un chiffre d’affaires d’environ 16,26 milliards de dirhams (MMDH), en hausse de 11,3% par rapport à 2023, où le marché s’établissait à 14,61 MMDH.
Un marché dominé par six groupes qui captent 84% des parts de marché
Malgré la présence de ces 66 opérateurs, le secteur de la grossisterie-répartition reste fortement concentré. Selon les données du Conseil de la concurrence, six grands groupes concentrent à eux seuls plus de 60% des acteurs du marché et plus de 84% des parts de marché, tandis que le reste du secteur est constitué d’opérateurs indépendants.
L’analyse des parts de marché montre que trois groupes dominent largement le secteur, représentant à eux seuls près de 65% du marché.
Le Conseil souligne par ailleurs que l’évolution du nombre d’opérateurs confirme la transformation progressive du marché. Entre 2015 et 2024, le nombre de grossistes-répartiteurs a connu l’entrée de 10 nouveaux acteurs en 9 ans.
La période 2015-2020 a été marquée par une croissance régulière, avec une hausse du nombre d’acteurs de 56 à 64 grossistes. Une dynamique qui s’explique, d'après le Conseil, par la stabilité du cadre réglementaire notamment, l’augmentation de la demande pharmaceutique liée à l’extension de la couverture médicale et la volonté d’améliorer le maillage territorial. Mais depuis 2021, le nombre d’opérateurs semble s’être stabilisé autour de 66 grossistes, ce qui pourrait signaler l’entrée du secteur dans une phase de maturité, caractérisée par un équilibre entre l’offre et les besoins du marché, mais aussi par des contraintes économiques limitant l’arrivée de nouveaux entrants.
Les grossistes-répartiteurs concentrés dans les régions de Casablanca et Rabat
La cartographie territoriale du secteur révèle également une forte concentration géographique des grossistes-répartiteurs dans les principaux pôles économiques du pays.
Les régions de Casablanca-Settat et de Rabat-Salé-Kénitra concentrent à elles seules près de 39% des grossistes du Maroc, avec respectivement 13 et 12 opérateurs.
Cette concentration s’explique par plusieurs facteurs, notamment la forte densité d’officines et la présence d’un nombre important d’établissements pharmaceutiques industriels dans ces zones. Ces régions jouent ainsi un rôle de véritables hubs logistiques, permettant d’approvisionner le reste du territoire.
D’autres régions disposent également d’un tissu relativement dense de grossistes-répartiteurs, notamment Fès-Meknès (9 grossistes) et Tanger-Tétouan-Al Hoceima (8). Viennent ensuite Marrakech-Safi, Souss-Massa et l’Oriental, avec chacune six opérateurs.
À l’inverse, certaines régions restent faiblement couvertes, comme Béni Mellal-Khénifra, qui ne compte que quatre grossistes, ou Laâyoune-Sakia El Hamra, avec seulement deux opérateurs. Cette faible présence peut refléter une demande pharmaceutique plus modérée, une densité de population plus faible, mais aussi des contraintes logistiques plus importantes.
Cette répartition met en évidence une géographie de la distribution différenciée, caractérisée par une forte densité dans les régions centrales et littorales et une présence plus limitée dans les zones intérieures et méridionales.
Une distribution nationale appuyée sur des réseaux logistiques régionaux
Malgré cette concentration géographique, la plupart des grossistes-répartiteurs opèrent à l’échelle nationale. Toutefois, leur organisation repose généralement sur des plateformes logistiques régionales, permettant d’assurer une distribution efficace et réactive.
Ce modèle permet de concilier performance logistique, couverture territoriale et rapidité d’approvisionnement, tout en garantissant l’accès aux médicaments dans l’ensemble du pays, conformément aux exigences du ministère de la Santé, souligne le Conseil de la concurrence dans son avis.
Aujourd’hui, près de 70% des médicaments délivrés en officine transitent par la chaîne de grossisterie-répartition.
Un modèle économique sous tension, à l'instar de celui des pharmacies d'officine
Le Conseil de la concurrence a toutefois pointé le modèle économique de ces grossistes-répartiteurs, qui repose principalement sur une marge réglementée fixée par le décret n°2-13-852 relatif aux conditions de fixation des prix des médicaments.
Les grossistes bénéficient ainsi d’une marge brute de 11% sur le prix d’achat (soit 9,9% sur le prix de vente) pour les médicaments dont le prix fabricant hors taxes (PFHT) est inférieur ou égal à 588 DH. Au-delà de ce seuil, la marge tombe à 2% sur le prix d’achat (soit 1,66% sur le prix de vente).
Cependant, dans la pratique, les grossistes ne perçoivent pas toujours l’intégralité de cette marge théorique, ajoute le Conseil dans son avis. Afin de rester compétitifs, ils accordent fréquemment remises, ristournes ou avantages commerciaux aux pharmacies.
Cette situation introduit ainsi une forme de concurrence tarifaire dans un secteur pourtant marqué par une forte régulation des prix et des marges.
Une rentabilité en forte érosion
L’analyse financière du secteur réalisée par le Conseil de la concurrence met également en évidence une rentabilité particulièrement faible. Entre 2016 et 2024, le taux moyen de marge brute des principaux acteurs s’élève à environ 8,3%, tandis que la marge nette moyenne tourne autour de 1,1%.
Le ratio de rentabilité moyen du secteur atteignait environ 0,66% en 2023, contre plus de 2% avant la réforme du système de fixation des prix des médicaments en 2014.
Les disparités entre opérateurs sont également importantes :
- 22% des grossistes affichent une rentabilité supérieure ou égale à 1% ;
- 30% se situent entre 0,5% et 1% ;
- 27% entre 0,15% et 0,5% ;
- tandis que 21% enregistrent des pertes ou une rentabilité quasi nulle (0,15%).
Cette fragilité s’explique notamment par la hausse des coûts d’exploitation, notamment logistiques et énergétiques, explique l'avis. Entre 2020 et 2024, les charges d’exploitation du secteur ont ainsi progressé d’environ 36%.
Un rôle financier croissant auprès des pharmacies
Au-delà de leur rôle logistique, les grossistes-répartiteurs jouent également un rôle financier de plus en plus important dans l’écosystème pharmaceutique, estime le Conseil.
Les relations commerciales avec les pharmacies d’officine se caractérisent en effet par des délais de paiement relativement longs, qui dépassent souvent les trois mois.
Selon les données du secteur, le délai moyen de paiement des officines est passé d’environ 112 jours en 2022 à 104 jours en 2023, avec une estimation d’environ 97 jours en 2024.
A l’inverse, les grossistes doivent régler leurs fournisseurs (les laboratoires pharmaceutiques) dans des délais beaucoup plus courts, généralement compris entre 45 et 60 jours, voire jusqu’à 90 jours dans certains cas.
Ce décalage crée une pression importante sur la trésorerie des grossistes, dont le cycle d’exploitation atteint en moyenne 86 jours, soit près de trois mois d’activité à financer entre l'achat des produits, leur stockage, leur distribution et leur paiement effectif.
Dans ce contexte, les grossistes-répartiteurs se retrouvent parfois dans une position comparable à celle d’un établissement de financement.
Au final, le marché marocain de la grossisterie-répartition apparaît comme un secteur stratégique mais sous forte contrainte économique. Bien que juridiquement ouvert à de nouveaux entrants, les obligations réglementaires, notamment celles liées au stockage de sécurité et au service public de distribution, combinées à des marges réglementées et à une rentabilité faible, constituent des barrières à l’entrée importantes.












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