Carburants, stocks, fiscalité : la lecture de Zakaria Garti
Alors que le prix du gasoil à la pompe s’apprête à franchir la barre des 13 dirhams, Zakaria Garti, analyste politique et économique, livre un diagnostic sur la vulnérabilité énergétique du Royaume.
Selon les estimations de Médias24, appuyées par l’analyste Zakaria Garti, le prix du litre de gasoil s'apprête à subir une hausse dépassant les 2 DH dès le 15 mars.
Une situation dictée par la flambée des cours internationaux dans un contexte de guerre au Moyen-Orient — le Platts gasoil étant passé de 700 à plus de 1.175 dollars la tonne au 6 mars —, mais exacerbée par des failles structurelles internes que le Maroc traîne comme un boulet.
Cette hausse des produits énergétiques entrainera-t-elle le monde et dans son sillage le Maroc dans un nouveau cycle inflationniste ?
L’inflation : un risque réel mais nuancé
Zakaria Garti tempère la psychose inflationniste généralisée. S'il reconnaît que le pétrole est un moteur de hausse, il rappelle une réalité macroéconomique : "L’intensité en pétrole dans la création du PIB mondial a été divisée par trois en 50 ans". Aujourd'hui, l'économie mondiale consomme beaucoup moins d'énergie pour produire la même richesse qu'en 1970.
Néanmoins, en ce qui concerne le Maroc, la relation entre les cours internationaux et les prix à la pompe se manifeste de manière immédiate. Et toute hausse des prix des carburants menace de toucher le pouvoir d'achat.
Le scandale des stocks de sécurité : "Nous sommes à 20 jours, la loi en exige 60"
Autre point soulevé par Garti, celui des stocks. Alors que la loi marocaine oblige les distributeurs à maintenir 60 jours de stocks de sécurité, le pays navigue à vue avec une réserve oscillant entre 15 et 20 jours seulement.
L’analyste dresse un parallèle cinglant avec la France : "En France, le stock stratégique est de 108 à 120 jours. Ils disposent d'un outil dédié, la SAGESS (Société anonyme de gestion des stocks de sécurité), géré par les pétroliers sous tutelle de l'État, exonéré d'impôts et totalement sanctuarisé".
Au Maroc, cette défaillance met le consommateur en première ligne de chaque secousse géopolitique. Pour Zakaria Garti, la solution passe par une réactivation urgente de la capacité de stockage de la SAMIR, capable de couvrir à elle seule près de 80 à 90 % des besoins nationaux.
Fiscalité : vers une taxe sur le volume plutôt que sur le prix ?
Interrogé sur les leviers fiscaux (TVA et TIC), Zakaria Garti propose une réforme de fond. Actuellement, la TVA de 10 % est indexée sur le prix : plus le pétrole est cher, plus l’État encaisse, ce qui amplifie la hausse pour les citoyens.
"Si j'étais décideur, j'augmenterais la TIC (fixe) et je baisserais la TVA pour stabiliser la charge fiscale quel que soit le cours du baril", avance-t-il.
Il suggère également, à titre conjoncturel, une suspension momentanée de la TVA pour amortir le choc social, tout en prévenant que cela amputerait les recettes de l'État de plus d'une dizaine de milliards de DH, une somme équivalente au budget annuel de la compensation.
Revenant sur les mesures passées, notamment le soutien au secteur du transport (8 milliards de DH), Zakaria Garti est catégorique : l'effet a été nul. Il pointe du doigt les "frakchia" (spéculateurs ou intermédiaires) qui captent les aides sans répercuter la baisse sur les prix du transport pour les citoyens.
Sa recommandation ? Abandonner les subventions sectorielles opaques au profit d'aides directes aux citoyens, désormais possibles grâce au déploiement du Registre Social Unifié (RSU).
Le "silence radio" des ministres
Enfin, l’analyste a relevé l’absence de communication de Nadia Fettah Alaoui (Économie et finances) et de Leila Benali (Énergie). Zakaria Garti a estimé que c’est une bonne chose que la ministre des Finances s’adresse à l’opinion française et aux investisseurs sur les plateaux de BFM, et qu’elle le fait bien,mais il faut aussi parler aux Marocains.
"Un ministre a un devoir de représentation et d'échange continu avec l'opinion publique", rappelle-t-il, suggérant que ce silence s'explique peut-être par l'impuissance des responsables face au non-respect flagrant de la réglementation sur les stocks de sécurité.
Le mot de la fin est cinglant : le Maroc ne pourra prétendre à sa souveraineté tant qu'il ne fera pas de ses infrastructures de stockage et de sa régulation fiscale un rempart contre les vents violents de la géopolitique mondiale.
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