Chantier naval de Casablanca : après l'emballement médiatique, le groupement Marina Meridional-Radi-Ningbo Xinle sort de sa réserve
Le groupement Marina Meridional-Radi-Ningbo Xinle, l’un des soumissionnaires encore en lice dans l’appel à concurrence relatif à la concession du nouveau chantier naval de Casablanca, a tenu ce mardi 10 février une conférence de presse. Voici ce qu'il faut retenir de sa sortie médiatique.
La sortie médiatique du groupement Marina Meridional-Radi-Ningbo Xinle s’inscrit dans un contexte particulier, marqué à la fois par une opacité persistante autour de ce chantier stratégique et par un climat de tension, nourri par l’historique complexe d’un marché attendu depuis des années, ainsi que par l’emballement médiatique entourant son attribution.
L’objectif derrière cette prise de parole est de "mettre fin aux spéculations autour d’une possible victoire d’un autre concurrent", présenté par certains médias comme étant en position favorable, "ce qui pourrait exercer une certaine pression", avancent les représentants du groupement.
Si aucun nom n’a été cité lors de la conférence, tout laisse penser qu’il s’agit du groupe coréen HD Hyundai, régulièrement mentionné dans la presse marocaine et coréenne.
À travers cette intervention, le groupement a tenu à réaffirmer que le processus de sélection est toujours en cours, et qu’aucune décision n’a, à ce stade, été prise par les autorités compétentes, à savoir l'Agence nationale des ports (ANP), confirmant les informations précédemment publiées par Médias24 dans le cadre du suivi de ce dossier.
"Un projet couvrant l’ensemble de la chaîne navale"
Lors de cette conférence, les représentants de Marina Meridional (groupe espagnol), Radi Holding (groupe marocain) et Ningbo Xinle Shipbuilding Group (groupe chinois) sont revenus sur les contours de leur partenariat, "constitué dans l’objectif de développer une industrie navale intégrée au Maroc et en Afrique".
Dans ce cadre, les trois partenaires se sont constitués en groupement et ont rappelé avoir déposé une candidature officielle auprès de l’ANP pour la concession du chantier naval de Casablanca, tout en insistant sur le fait que le processus de mise en concurrence était toujours en cours. "Suite aux spéculations, nous avons adressé un courrier à l'ANP, qui nous a assuré qu'aucune décision n'a encore été prise et que le processus d'évaluation des offres se poursuit", a précisé l'un d'eux.
Le groupement a mis en avant une offre qu’il qualifie "de solide sur les plans technique et financier", portée par "des acteurs disposant d’une expertise reconnue à l’international dans la construction et la réparation navales".
Le projet présenté vise à développer un large spectre d’activités, incluant la construction, la réparation, la conversion et le démantèlement de navires. Il ambitionne également de "moderniser et de valoriser les activités historiques du chantier naval de Casablanca", tout en investissant de nouveaux segments de marché, principalement marocains et africains.
Au-delà des activités industrielles, le groupement entend structurer autour du chantier un écosystème naval intégré, englobant la sous-traitance, la formation, la logistique et des services spécialisés.
Selon les représentants des trois sociétés, "leurs partenaires disposent déjà d’accords préalables avec de grands armateurs internationaux, figurant parmi les trois premiers mondiaux, pour des opérations de réparation navale au Maroc". Par ailleurs, "des commandes potentielles de bateaux de pêche ont été identifiées pour plusieurs pays africains souhaitant moderniser leurs flottes nationales".
À maturité, le groupement prévoit "la création d’environ 2.000 emplois directs, stables et qualifiés, avec un impact significatif attendu sur le développement économique local et national".
Une offre technique axée sur l’innovation et la diversification
Interpellé par Médias24 sur les détails de l'offre du groupement, le représentant de la société Radi indique que "sur le plan technique, nous avons répondu à l’ensemble des activités demandées par l’ANP". Il a même évoqué l’introduction de nouvelles technologies et le développement d’activités à forte valeur ajoutée, au-delà de la construction navale classique.
"Dans un contexte de développement des énergies renouvelables offshore, le chantier naval de Casablanca pourrait également contribuer à l’équipement et à la maintenance d’infrastructures maritimes dédiées à ces activités. Le projet intègre par ailleurs des solutions de robotisation avancée, s’inspirant des standards technologiques en vigueur notamment en Chine et dans d’autres pays leaders du secteur", souligne-t-il.
Notre interlocuteur a par ailleurs insisté sur la complémentarité des deux sociétés étrangères. "Le groupe espagnol (Marina Meridional) dispose d’une expertise reconnue dans les navires de pêche de taille moyenne, destinés principalement à une clientèle européenne particulièrement exigeante, tandis que le groupe chinois (Ningbo Xinle Shipbuilding Group) est spécialisé dans les grands navires, notamment les pétroliers, chimiquiers et vraquiers... Tous deux couvrent donc l’ensemble du spectre des besoins, des petits aux grands navires, y compris dans le domaine militaire".
Concernant le démantèlement naval, activité sensible sur le plan environnemental, le groupement insiste sur la nécessité de disposer de certifications strictes et d’installations adaptées afin d’éviter tout impact polluant. Notre source assure disposer de l’expérience requise dans ce domaine et indique que "des demandes émanant de grands groupes internationaux existent pour réaliser ces opérations au Maroc, perçu comme un pays respectueux du droit et des normes environnementales, contrairement à d'autres pays pionniers, confrontés aujourd’hui à de lourdes critiques".
Emploi et transfert de savoir-faire
Le groupement affiche également des engagements en matière d’emploi féminin, "avec l’objectif d’atteindre progressivement un taux de 30% à 40%, dans un secteur historiquement très masculin".
Mais l’un des axes centraux de son offre reste le transfert progressif de savoir-faire au Maroc. "À terme, le chantier serait majoritairement opéré par des ingénieurs et cadres marocains, même si le capital demeure en partie détenu par des actionnaires étrangers".
"Le groupement est classé premier sur le plan financier"
Alors que sur le volet technique le groupement affirme présenter l'une des meilleures offres, sur le plan financier, il assure avoir été classé premier sur la redevance proposée à l'ANP, lors de l’ouverture des plis en séance publique, tout en précisant que cet élément ne représente qu’une partie de son offre globale. Le groupement n'a toutefois pas souhaité dévoiler plus de détails quant à cette redevance, "confidentielle à ce stade".
Rappelons que seuls trois groupements restent en lice dans cet appel à concurrence après présélection. La phase finale doit départager ces trois candidats, mais le calendrier de l’annonce de l’attributaire reste inconnu.
"L'annonce devait se faire en octobre, voire bien avant, mais elle a été reportée à décembre. Les autorités ont toutefois sollicité des compléments d’information, que nous leur avons récemment fournis", nous expliquent les représentants du groupement.
Un recours est envisagé en cas de non-respect des règles du processus de sélection
"Nous comprenons que le processus nécessite du temps, dans la mesure où il s’agit d’un chantier complexe, relativement nouveau pour l’ANP, qui souhaite prendre le temps nécessaire pour examiner l’ensemble des volets des offres des soumissionnaires. Tout ce que l'on souhaite, c'est que les règles du processus de sélection soient respectées".
Dans le cas contraire, le groupement se réserve le droit d’engager des recours, aussi bien au niveau national qu’international.
Bien que mobilisant un investissement global de l’ordre de 2,6 milliards de DH, le chantier naval de Casablanca n’est toujours pas opérationnel. Lancée en 2015, sa conception avait fait l'objet de nombreuses critiques.
Ce n’est qu’en 2019 qu’un appel à candidatures avait été lancé pour l’attribution de sa concession, pour une durée de 30 ans, mais avec des critères jugés particulièrement contraignants pour les opérateurs marocains. En 2023, Naval Group, acteur international dans le secteur, alors seul candidat encore en discussion avec l’ANP, s'était retiré, empêchant l'aboutissement du marché.
Quant à l'appel à concurrence en cours, il a été lancé en avril dernier. Il a fait l’objet d’au moins deux reports successifs de la date limite de dépôt des dossiers techniques.
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