Exportations textiles. Derrière la baisse globale, des trajectoires contrastées par produits
Confronté à une concurrence asiatique accrue sur le marché européen, le secteur textile-habillement marocain a vu ses exportations reculer en 2025. Derrière cette tendance se cachent des dynamiques contrastées selon les catégories de produits. Certains articles résistent, voire progressent, tandis que d’autres décrochent. Une lecture par composantes s’impose pour une analyse plus juste du secteur.
Selon les données de l’Office des changes, les exportations textiles ont accusé, en 2025, une baisse de 4,5% par rapport à 2024. Il s’agit d’une conséquence directe de la concurrence asiatique sur le marché européen, principal débouché du Maroc.
Cependant, une analyse plus fine des exportations marocaines par catégorie de produits montre que certaines composantes ont mieux résisté et ont même enregistré une progression.
Autrement dit, l’analyse du secteur gagne à dépasser l’approche globale et à s’appuyer sur une lecture par composantes.
Sortir d’une lecture monolithique du textile-habillement
Contacté par Médias24, le consultant en stratégie industrielle Redouane Lachgar indique que toute analyse rigoureuse doit examiner le secteur textile-habillement par catégorie de produits, compte tenu de la diversité de ses activités.
"Le textile-habillement marocain est, en réalité, composé de plusieurs écosystèmes productifs distincts, chacun porteur de dynamiques propres, de niveaux d’intégration spécifiques, de savoir-faire différenciés et de contraintes concurrentielles particulières".
"La dynamique des exportations par catégorie de produits montrent qu’il n’est plus pertinent d’analyser le textile-habillement comme un ensemble homogène. Toute lecture globale tend à masquer des réalités très contrastées".
Selon lui, les exportations marocaines sont désormais largement dominées par la confection dite "minute". Cependant, cette confection ne correspond pas à un produit unique, mais à une diversité d’articles, chacun avec sa logique de production et ses contraintes propres.
"Le denim, la maille fine, le pull-over, le textile de maison, la chaîne-trame, ou encore la confection dite “minute” ne relèvent ni des mêmes logiques industrielles, ni des mêmes arbitrages économiques. Chaque segment mobilise des compétences techniques spécifiques, des investissements distincts (machines, finissages, traitements), des chaînes de valeur plus ou moins intégrées, ainsi que des positionnements marchés très différenciés en termes de délais, de prix, de volumes et de valeur ajoutée".
Redouane Lachgar en donne une illustration concrète à travers l’évolution contrastée des différents articles exportés en 2025.
"Les dernières données publiées par l’AMITH illustrent clairement ces divergences internes. Elles mettent en évidence le recul de produits historiquement positionnés sur une forte valeur ajoutée, tels que le pantalon, la chemise et le pull-over. À l’inverse, certains articles, notamment le T-shirt et la robe, enregistrent une progression", indique-t-il.
"Cette évolution peut surprendre, dans la mesure où ces produits sont fortement exposés à la pression sur les prix et à une concurrence directe de l’Asie, dont le modèle repose sur la production de masse, des volumes élevés et des coûts unitaires très compressés. Les exportations de T-shirts ont ainsi progressé de plus de 2%, tout comme celles des chemisiers et des robes, avec des hausses également supérieures à 2%, une dynamique qui reste invisible dans une analyse globale du secteur".
Selon lui, analyser le secteur comme un tout homogène conduit à masquer des trajectoires contrastées. Certains écosystèmes résistent, se repositionnent ou montent en gamme, tandis que d’autres subissent de plein fouet la pression concurrentielle internationale, notamment asiatique.
"C’est donc à l’échelle des filières, des produits et des savoir-faire, et non plus uniquement à celle du secteur global, que doivent désormais s’opérer l’analyse économique, la lecture des performances et la définition des stratégies industrielles", souligne notre consultant.
Un secteur à forte portée sociale, souvent sous-estimée
Pour Redouane Lachgar, le textile-habillement se distingue par sa capacité à jouer un rôle de moteur social, en créant des emplois à différents niveaux de qualification et en offrant de réelles perspectives d’ascension sociale.
Cette dimension sociale constitue un pilier structurel du secteur, qui, selon lui, doit être pleinement intégrée dans toute réflexion stratégique sur son avenir.
"Au-delà des indicateurs économiques, le textile-habillement demeure l’un des rares véritables ascenseurs sociaux du pays. Il offre des opportunités concrètes à des profils extrêmement variés : analphabètes, décrocheurs scolaires, non-diplômés, jeunes NEET, diplômés de la formation professionnelle, universitaires et ingénieurs, etc.", souligne-t-il.
"Peu de filières industrielles sont capables, à cette échelle, d’absorber l’ensemble des trajectoires sociales, de créer de l’emploi à tous les niveaux de qualification et de transformer l’effort individuel en ascension sociale réelle et durable. Cette dimension sociale constitue un pilier structurel du secteur, qui mérite d’être pleinement intégrée dans toute réflexion stratégique sur son avenir", conclut Redouane Lachgar.
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