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Defense

JF-17 Thunder au Maroc : entre offensive commerciale du Pakistan et impératifs de souveraineté

Le possible intérêt du Maroc pour le chasseur sino-pakistanais JF-17 Thunder fait de nouveau les gros titres de la presse spécialisée, alimentés par des publications récentes venues d'Islamabad.

Le Maroc en pourparlers avec Islamabad pour l’acquisition d’avions de chasse JF-17, de drones et d’avions d’entraînement pakistanais.
Avions de chasse pakistanais JF-17.
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Le 2 février 2026 à 14h12 | Modifié 2 février 2026 à 14h31

Les rumeurs liant le JF-17 au Royaume ne datent pas d'hier. Notre consultant Abdelhamid Harifi rappelle que ce dossier est sur la table depuis plus d’une décennie. "Ce n’est pas la première fois qu’on parle d’un intérêt marocain pour le JF-17. Cela remonte à l’époque de l’inspecteur le général de division aérienne Ahmed Boutaleb, après la publication d’une photo montrant une maquette de l’appareil dans son bureau", précise-t-il.

Pour l'expert, le terme "intérêt" est d'ailleurs mal choisi pour décrire la position de Rabat. Il s'agit avant tout d'actions commerciales menées par le Pakistan pour vendre son produit en profitant des besoins de renouvellement de la flotte marocaine.

Le Pakistan avait d'ailleurs tenté de placer son avion au moment du remplacement des Mirage F1. Le Maroc avait alors tranché en faveur des F-16 Block 72. Désormais, Islamabad revient à la charge en ciblant le remplacement futur des Northrop F-5 Tiger III.

L'argument du "combat proven"

Le Pakistan dispose aujourd'hui d'un argumentaire musclé. Abdelhamid Harifi explique que le constructeur a relancé sa campagne suite aux succès opérationnels enregistrés récemment par le JF-17 lors d'accrochages aériens face à l'Inde. L'appareil est désormais présenté comme un outil "combat proven", ayant démontré sa capacité à faire face à des avions de conception occidentale.

Cependant, du côté marocain, l'approche reste purement pragmatique. Selon Harifi, parler d'intérêt particulier est incorrect : "Le Maroc a un besoin et étudie les meilleures offres du marché sans un intérêt particulier pour un modèle précis". L'objectif de Rabat est de trouver une solution globale pour remplacer non seulement ses F-5, mais aussi ses Mirage F1 restants et ses Alpha Jet.

Les cinq critères de l'État-Major

Pour espérer séduire les Forces royales air, Abdelhamid Harifi souligne que n'importe quelle offre doit répondre à un cahier des charges extrêmement rigoureux. Il énumère les piliers de la stratégie d'acquisition marocaine :

- Le rapport qualité/prix : trouver l'outil le plus performant au coût le plus juste.

- L'homogénéité de la flotte : l'appareil doit pouvoir s'intégrer mécaniquement et opérationnellement à la flotte actuelle, notamment pour la gestion des munitions et de la formation.

- La fiabilité logistique : un partenaire garantissant la disponibilité des pièces de rechange et un service après-vente (SAV) sans faille.

- Le transfert de technologie (ToT) : le Maroc exige la possibilité d'une prise en charge locale de l'entretien.

- Le soutien politique : Le partenaire doit soutenir les grands dossiers stratégiques du Royaume.

Le facteur souveraineté : l'atout maître du Pakistan ?

Au-delà des performances techniques, Abdelhamid Harifi pointe un élément clé qui a refait surface après les derniers affrontements entre l'Inde et le Pakistan : la souveraineté. "C’est un point fondamental autant pour la gestion du cycle de vie de l’appareil que pour son utilisation réelle", affirme-t-il.

Harifi prend l'exemple frappant de la flotte pakistanaise : "Les Pakistanais ne pouvaient pas utiliser leurs F-16 face à l’Inde sans l’aval des États-Unis". Contrairement aux avions américains ou occidentaux qui peuvent être soumis à des restrictions d'engagement selon l'agenda politique du fournisseur, le JF-17 offrirait au Maroc une liberté d'action totale. Pour l'expert, c’est sans doute le seul avantage réel du JF-17 pour le Maroc.

Le poids de la transition technique

Toutefois, cet avantage politique se heurte à une réalité matérielle et humaine. Abdelhamid Harifi estime que l’investissement nécessaire pour intégrer le JF-17 serait "trop lourd", non pas forcément sur le plan financier, mais sur celui des ressources humaines.

"La formation des équipes mécaniques représenterait un défi majeur. Elles ne sont pas habituées à la motorisation et à l’architecture des avions asiatiques", souligne Harifi. Passer d'une culture aéronautique occidentale, ancrée depuis des décennies au Maroc, à une architecture orientale demanderait une mutation profonde et coûteuse de tout l'appareil de maintenance des Forces royales air.

Entre la souveraineté d'utilisation et le confort de l'homogénéité logistique, le choix de Rabat s'annonce ainsi comme un arbitrage de haute importance stratégique.

Conflit Pakistan-Inde : des enseignements stratégiques pour le Maroc et l’Afrique du Nord

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Le 2 février 2026 à 14h12

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