Débat. Plan d'autonomie: après la victoire stratégique, le chantier politique et humain est ouvert
DEBAT. L’adhésion née du 31 octobre n’éteint pas le débat. Inclusion, gouvernance et confiance sahraouie restent au cœur des prochaines étapes.
La joie qui a suivi le 31 octobre 2025 a uni les Marocains autour d’une séquence certainement déterminante pour le dossier du Sahara. Pour autant, cette dynamique émotionnelle et politique ne saurait, à elle seule, clore le débat sur les prochaines étapes à engager. Comme cela a été souligné lors d’une conférence-débat organisée par la fondation Abderrahim Bouabid le 16 décembre dernier, cette phase nouvelle impose au contraire un surcroît de responsabilité intellectuelle et politique.
Achâari: n'esquivons pas les questions de fond
Intervenant à cette occasion, l’écrivain Mohamed Achaari a insisté sur la nécessité de distinguer entre l’élan collectif né de cette séquence et l’exigence, tout aussi fondamentale, de maintenir ouverts les espaces de discussion.
Selon lui, si cette joie traduit une unité nationale réelle, elle ne doit pas conduire à esquiver les questions de fond ni à différer les débats qui s’imposent sur la transformation politique, institutionnelle et culturelle que suppose la mise en œuvre de l’initiative marocaine d’autonomie.
Cette mise en garde introduit l’un des enjeux centraux de la période qui s’ouvre : comment faire de cette nouvelle page du dossier du Sahara non pas seulement une victoire diplomatique, mais le point de départ d’un processus de refondation politique plus large, à même d’intégrer les dimensions humaines, sociales et symboliques du conflit?
À l’image de la Marche verte dans l’histoire politique moderne du Maroc, cette étape est appelée, selon plusieurs intervenants, à produire des effets structurants durables.
Le débat autour de l’initiative marocaine d’autonomie pour le Sahara continue de susciter des interrogations profondes, tant sur son périmètre territorial que sur ses conditions de mise en œuvre politique, institutionnelle et humaine.
Les discussions récentes, qu’elles soient relayées par la presse ou exprimées lors de rencontres intellectuelles et politiques, mettent en lumière un point central : au-delà de la reconnaissance internationale croissante de l’initiative marocaine comme base sérieuse et crédible de règlement, la question sahraouie demeure traversée par des lignes de fracture internes qui appellent un traitement politique inclusif et durable.
Mustafa Salma et l’inclusion de Guelmim-Oued Noun
L’une des controverses les plus marquantes concerne l’inclusion ou non de la région de Guelmim-Oued Noun dans le champ d’application du plan d’autonomie.Elle s'est déroulée par presse et réseaux sociaux interposés.
En s’appuyant sur le cadre onusien, le président du conseil régional de Laâyoune-Sakia El Hamra, Sidi Hamdi Ould Errachid, estime que cette région n’est pas concernée par l’initiative marocaine telle qu’adoptée par le Conseil de sécurité comme base de solution au conflit. Cette position, fondée sur une lecture administrative et juridique du dossier, a toutefois suscité de vives réactions, notamment de la part de Mustafa Salma, ancien cadre dirigeant du Polisario, aujourd’hui réfugié à Nouakchott après sa rupture avec le mouvement séparatiste.
Pour Mustafa Salma, la solution au conflit du Sahara ne peut reposer sur une approche strictement administrative ou territoriale. Il plaide pour une logique de continuum tribal et humain, considérant que l’exclusion de Guelmim-Oued Noun ignore une réalité sociologique et historique profonde. Selon lui, les Sahraouis ne se définissent pas uniquement par leur lieu de résidence actuel dans les provinces du Sud, mais par une appartenance humaine et tribale qui dépasse les découpages administratifs hérités de la colonisation.
Dans ses déclarations, il rappelle que l’initiative marocaine d’autonomie a été proposée dans un contexte où l’option du référendum d’autodétermination était devenue impraticable.
Mustafa Salma insiste sur le fait que les populations sahraouies sont aujourd’hui disséminées entre plusieurs espaces : les provinces du Sud, la région de Guelmim-Oued Noun, les camps de Tindouf et le nord de la Mauritanie. Dans ce contexte, toute solution politique viable devrait nécessairement reposer sur un consensus incluant l’ensemble de ces composantes, et non sur une exclusion fondée sur des critères administratifs. À défaut, le risque est de reproduire les blocages du passé sous une autre forme.
L’ancien responsable du polisario qualifie le débat actuel de “dialogue de sourds”, en raison de la multiplicité des acteurs impliqués -locaux, régionaux et internationaux- et de la divergence de leurs intérêts.
Il réfute l’idée d’un conflit fondé sur des questions de frontières ou de tribus, estimant que les tensions actuelles relèvent avant tout de conflits d’intérêts politiques et personnels. Dans cette perspective, il met en cause certaines pratiques locales de gouvernance, notamment à Laâyoune.
Tout en affirmant son respect pour la personne de Sidi Hamdi Ould Errachid, Mustafa Salma se montre particulièrement critique à l’égard de ce qu’il décrit comme une “politique familiale” dans la gestion des affaires locales.
Il souligne qu’à Laâyoune, malgré le fait que plus de la moitié de la population soit issue des tribus de Oued Noun, notamment les Tekna, cette majorité reste sous-représentée dans les mandats électifs. Cette situation, selon lui, alimente un sentiment d’exclusion et fragilise la crédibilité du discours sur l’inclusivité et la participation politique.
Il rappelle également l’évolution démographique significative des provinces du Sud. Alors que les Sahraouis recensés par l’Espagne en 1975 ne dépassaient pas 50.000 personnes réparties entre Laâyoune, Smara, Dakhla et Boujdour, la population des régions de Sakia El Hamra et Oued Ed-Dahab dépasse aujourd’hui les 670.000 habitants. Cette transformation démographique pose, selon lui, des défis majeurs en matière de représentativité, de gouvernance et de légitimité politique.
Sur le plan international, Mustafa Salma considère que la question du Sahara ne saurait être réduite à une affaire intérieure. Il distingue clairement d'une part les considérations internes, régies par les lois et les institutions nationales, et d'autre part le cadre international du conflit, qui reste placé sous l’égide des Nations unies.
À ses yeux, la résolution définitive du dossier passera nécessairement par un accord entre les parties, encadré par l’ONU, notamment en raison de l’héritage colonial qui a fragmenté les tribus sahraouies entre plusieurs États.
Une question participative nécessaire
Ces interrogations trouvent un écho dans les débats tenus lors de la conférence organisée par la fondation Abderrahim Bouabid, consacrée à la question de la participation effective et inclusive de tous les Sahraouis aux institutions de l’autonomie. Les intervenants ont largement insisté sur la nécessité d’aborder cette nouvelle phase avec responsabilité, esprit critique et ouverture.
Mohamed Achaari a souligné l’importance de la mobilisation et de l’unité des sentiments exprimés après le 31 octobre, tout en mettant en garde contre une adhésion aveugle qui ferait l’économie du débat. Selon lui, l’étape qui s’ouvre est décisive et exige l’écoute de toutes les voix. Il a présenté cette phase comme une opportunité de transformation politique et culturelle à l’échelle nationale, comparable, par son potentiel structurant, à la Marche verte dans l’histoire politique moderne du Maroc.
Il a également insisté sur la nécessité de préparer le terrain sur lequel le projet d’autonomie sera mis en œuvre. Ce terrain, a-t-il rappelé, a été façonné par des décennies d’histoire, de construction nationale, mais aussi de conflits et de fractures qui ne peuvent être effacés par un simple changement de page. Pour lui, un effort particulier doit être consenti pour ouvrir des canaux de dialogue avec ceux qui ont vécu, parfois pendant des décennies, dans une logique séparatiste, afin que les discussions à venir débouchent sur une solution politique réelle et non sur un nouvel obstacle.
L’intégration, selon Mohamed Achaari, ne peut être uniquement institutionnelle ou politique. Elle doit être avant tout humaine, culturelle et sociale. À cela s’ajoute l’exigence d’un processus de réconciliation qui assume les blessures du passé, les nomme et les affronte, plutôt que de les recouvrir d’un silence présenté comme apaisant mais potentiellement destructeur à long terme. Cette dynamique ne saurait être crédible, selon lui, sans un climat général de réforme fondé sur les libertés, les droits, les choix libres et la justice sociale.
De son côté, l’ancienne députée Gajmoula Bent Abbi a rappelé la clarté des positions en présence. Le Maroc défend une solution politique dans le cadre de l’autodétermination, mais sous souveraineté marocaine, tandis que le polisario et l’Algérie continuent de plaider pour l’option du référendum.
Elle a souligné la difficulté de la prochaine étape, qui exigera des efforts considérables et des concessions de part et d’autre, faute de quoi le processus risque de rester enlisé.
L’ex-députée Hasnaa Abouzaid a, quant à elle, mis l’accent sur les limites du modèle de gouvernance dans les provinces du Sud. Elle a dénoncé l’incapacité à activer efficacement les instances de contrôle financier, estimant que cette situation interpelle les citoyens non pas en fonction de leur appartenance régionale, mais dans une logique strictement nationale. Cette critique rejoint les préoccupations exprimées par le président de l’Instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption (INPPLC), qui évoque un effet constitutif et généralisé de la corruption.
Dans ce contexte, plusieurs intervenants ont insisté sur l’importance des documents, des garanties et des mécanismes institutionnels capables de renforcer le consensus et la confiance autour de la proposition marocaine d’autonomie. La question de la confiance apparaît comme un enjeu central, tant dans les relations régionales, notamment entre le Maroc et l’Algérie, que, plus profondément, entre les Sahraouis eux-mêmes.
Les fractures, selon Hasnaa Abouzaid, ne se limitent pas à la ligne du mur, entre l’est et l’ouest, mais traversent également les sociétés locales. Le débat met en évidence la nécessité de dépasser les discours qui nient réciproquement l’appartenance et la légitimité de représentation entre différentes composantes sahraouies.
Notons que les partis politiques ont transmis au cabinet royal - à la demande du Roi- leur vision de la manière dont le Plan marocain d'autonomie pourrait être détaillé, précisé et mis à jour. Le Maroc doit communiquer sa position finale sur ce point. Aucune échéance n'a été fixée par l'ONU pour cela.
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