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SOCIETE

Gestion des risques naturels : le drame de Safi impose de passer de la réaction à l'anticipation

Chaque drame causé par une catastrophe naturelle relance le débat sur la protection des citoyens. Le Maroc, structurellement exposé aux phénomènes extrêmes, ne peut plus se contenter de subir. Au-delà de la réaction, il est temps de repenser nos plans d’adaptation, surtout pour les régions les plus vulnérables.

Safi après les crues : les blessés quittent l’hôpital, mais de lourdes pertes matérielles
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Le 20 décembre 2025 à 15h27 | Modifié 20 décembre 2025 à 20h58

Les crues torrentielles de Safi illustrent concrètement les conséquences d'un dérèglement climatique, qui se manifeste de manière de plus en plus intense au Maroc.

Le drame de Safi s’inscrit parmi les inondations les plus meurtrières que le Maroc ait connues dans les temps modernes. Sa particularité tient à l’extrême intensité de l’épisode climatique qui l’a provoqué.

Gestion des risques naturels : le drame de Safi impose de passer de la réaction à l'anticipation
Trois jours après le drame, les traces laissées par les inondations de l'oued Chaaba sont encore visibles du ciel.

Si les relevés officiels de la météorologie nationale indiquent 35 mm de précipitations à Safi le 14 décembre 2025 (entre midi et 18 h), ce chiffre ne reflète qu'une partie de l'histoire et contraste avec l'ampleur des dégâts.

Ceci s'explique par le caractère hyper-localisé de l'événement, confirmé par l'absence de précipitations à Essaouira et dans les localités périphériques (Hrara au nord-est et Sbet Gzoula au sud-est de Safi). Les modélisations satellitaires (notamment le Global Forecast System) ont identifié une concentration intense au nord-ouest de Safi, avec des cumuls estimés à plus de 100 mm. C'est cette zone très ciblée qui est probablement à l'origine des crues éclair observées.

Gestion des risques naturels : le drame de Safi impose de passer de la réaction à l'anticipation
Sur cette image satellitaire du 17 décembre, on observe clairement la puissance inédite du courant, qui, bien qu'émanant d'un cours d'eau de taille modeste (comparé à l'Oued Oum Er-Rbia par exemple), a néanmoins réussi à franchir tous les obstacles pour déverser d'importants volumes de sédiments dans l'océan.

L’exemple de Safi n’est ni le premier ni le dernier du genre. Nous ne savons ni où ni quand frappera le prochain désastre, mais il est toutefois possible d’anticiper et d'amortir le choc de ces évènements extrêmes.

La résilience de nos territoires n’est pas aussi facile qu’on le pense

Le cas de Safi est un signal à prendre en considération face aux impacts imprévisibles, puisque la cartographie nationale des risques n’identifie pas la ville comme une zone à haut risque d’inondation. Cela démontre la nécessité de disposer d’une base de données actualisée des aléas naturels, en tirant parti des avantages des technologies satellitaires.

Gestion des risques naturels : le drame de Safi impose de passer de la réaction à l'anticipation
Carte des risques d'inondation au Maroc : les points rouges indiquent les zones à risque d'inondation élevé, et les points noirs les zones à risque d'inondation le plus élevé (source : Département de l’environnement).

À travers la stratégie 2020-2030, le Maroc a consolidé plusieurs acquis en gestion des risques. Toutefois, ces progrès demeurent insuffisants face à l'accélération des phénomènes extrêmes.

Parmi ces réalisations, l’opérationnalisation d’instances régionales et provinciales de gestion des risques, qui permettent la remontée d’information, le suivi opérationnel et la déclinaison de la stratégie sur leurs territoires.

Ces efforts d’anticipation et d’adaptation aux risques naturels devront passer à la vitesse supérieure avec l’opérationnalisation de l’observatoire national de gestion des risques naturels dans les douze régions du Maroc. D’une grande importance, l’observatoire permettra de suivre indépendamment les travaux réalisés et de soulever les besoins urgents, notamment dans les zones les plus vulnérables.

D'autre part, l’action des communes territoriales devrait être également engagée en intégrant la gestion des risques dans leurs plans communaux, car le coût de l’inaction est plus élevé que celui de la prévention. Une étude scientifique (El Kharim et al., 2023) effectuée au niveau de la province de Chefchaouen a estimé les coûts économiques des pertes, évaluant à environ 25 millions de DH les dégâts pour les seuls glissements de terrain documentés.

Les cartes d’aptitude à l’urbanisation, un levier pour comprendre les risques dans nos territoires

Parmi les retombées directes de la stratégie de gestion des risques naturels figure l’accélération du taux de couverture nationale en cartes d’aptitude à l’urbanisation qui dépasse actuellement 60 % du territoire.

L'établissement de ces cartes représente un coût important, car elles ne se limitent pas à une simple documentation des phénomènes historiques. Elles intègrent la compilation de multiples paramètres afin d'estimer le degré de risque pour chaque aléa sur un territoire donné, y compris lorsque celui-ci présente un risque mineur.

Gestion des risques naturels : le drame de Safi impose de passer de la réaction à l'anticipation
Carte de vulnérabilité sismique de la ville d'Al Hoceima.

Or, ces cartes ne sont généralement pas accessibles au grand public, ce qui limite leur utilité en matière de prévention. Par ailleurs, leur contenu devrait être davantage vulgarisé pour en faciliter la compréhension par les citoyens.

Sur le plan juridique, ces documents n'ont actuellement pas de force probante et constituent seulement un outil d’aide à la décision. Cependant, une opportunité est à saisir en leur conférant une valeur contraignante, surtout pour l’obtention de nouveaux permis de construire et pour les projets des grandes infrastructures.

Pour Safi, l'exploitation de la carte d'aptitude à l'urbanisation impose une nouvelle réflexion sur la prévention des risques d’inondation et de submersion marine et sur l'importance d'investir dans des infrastructures et équipements adaptés aux risques correspondants.

Le CESE plaide pour un cadre juridique de la gestion des risques naturels

Après le séisme d'Al Haouz, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) s'est autosaisi du sujet portant sur la gestion efficace et proactive des risques de catastrophes naturelles : rôles et capacités des acteurs territoriaux.

Parmi ses principales recommandations figurent la mise en œuvre d'une loi-cadre qui définirait les catastrophes naturelles, établirait des critères précis pour leur qualification, fixerait des orientations stratégiques pour chaque phase (prévention, intervention d'urgence et reconstruction), et clarifierait les responsabilités des acteurs impliqués.

Le Conseil préconise également que plusieurs lois devraient être revues, dont notamment l’urbanisme, l’habitat et le littoral, pour intégrer les considérations liées à la prévention, à la réduction des risques et à la gestion des crises, afin de garantir une approche cohérente et efficace à tous les niveaux de gouvernance.

Parmi les incohérences soulevées par le CESE, le fait que le président de la commune doit prendre les mesures nécessaires à la prévention des incendies, des inondations et autres calamités publiques, conformément à ses attributions en matière de police administrative (cf. article 100 de la loi 111-13). Or, ces responsabilités ne peuvent pas être assumées d’une manière efficiente et permanente en raison d'un manque de ressources financières ou d'expertise, ce qui limite la capacité technique des communes à gérer les crises de façon autonome.

En France, une plateforme dédiée à la visualisation des aléas offre aux publics, dont les conseils communaux, un accès à des données actualisées sur les différents risques. Cet outil fournit des informations pertinentes tout en permettant aux scientifiques de développer des solutions durables et adaptées.

Au Maroc, la communauté scientifique manifeste un intérêt croissant pour la gestion des risques naturels. La disponibilité d'informations est importante pour catalyser la recherche dans ce domaine, surtout avec l’émergence de l’intelligence artificielle. Celle-ci peut en effet générer une multitude de solutions pertinentes et durables, dont la possibilité d'une veille autonome sur le développement des risques naturels au Maroc (inondations, glissements de terrain, invasion marine...).

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