Pourquoi le corridor Atlantique deviendra un levier de développement et d’influence pour l’Afrique. L’argumentaire de Youssef Amrani
L’initiative Atlantique lancée par le Maroc se base sur une logique de corridor économique et s’articule sur des projets structurants qui concernent l’infrastructure logistique et énergétique, visant à développer la connectivité entre les pays concernés. Cette initiative s’inscrit dans une stratégie atlantique plus large qui veut faire de l’Atlantique un espace sécurisé de coopération et de prospérité.
Intervenant dans le cadre des Atlantic Dialogues 2025, qui se tiennent du 11 au 13 décembre à Rabat, Youssef Amrani, ambassadeur du Royaume à Washington, a cité comme principaux projets :
- Le corridor Atlantique Dakhla-Sahel : en plus du corridor maritime sur l’Atlantique, le Maroc ambitionne la construction d’une route directe et sécurisée connectant les pays sahéliens enclavés au commerce via l’Atlantique. « Actuellement, il faut 22 jours pour qu’un camion atteigne un port à partir de Bamako ou Ouagadougou. Avec le corridor atlantique, il lui faudra moins d’une semaine. Cela réduira de 40% les coûts liés au transport », donne-t-il comme exemple.
- Le port Dakhla Atlantic : une plateforme logistique de nouvelle génération qui va transformer la connectivité régionale. Avec une capacité de 35 millions de tonnes, elle s’appuie sur une croissance prévue de 138 % des besoins en termes de capacité portuaire.
- Le Port Tanger Med : la plus grande plateforme industrielle d’export sur le continent, parfaitement intégrée sur ce corridor atlantique.
- Le gazoduc Nigéria-Maroc : il deviendra une colonne vertébrale énergétique de 5.660 km connectant 13 pays, qui va permettre l’électrification pour 400 millions de personnes.
- D’autres routes énergétiques futures : Au-delà du gaz, il s’agit aussi de créer un corridor énergétique intégré comprenant l’hydrogène vert, l’ammoniac vert et l’électricité, permettant de donner un accès pour la production africaine d’énergie à la demande dans l’espace atlantique.
L’infrastructure est insuffisante sans mécanismes de gouvernance et de coopération
En commerce international, le concept de corridor économique renvoie à l’idée qu’un axe géographique (route terrestre ou maritime) peut devenir un levier d’intégration commerciale et de développement. Il connecte des centres de production et des marchés afin de réduire les coûts de transaction (temps, coût, fiabilité) et de “débloquer” des gains d’efficacité.
L’approche corridor insiste sur les réformes “soft” (douanes, procédures, normes, coordination public-privé) pour accompagner les investissements en infrastructures (hard). Cela fait que la gouvernance est une composante importante d’une stratégie de développement d’un corridor. Youssef Amrani l’a exprimé ainsi : « La gouvernance c’est la différence entre le littoral et la communauté. Nous visons à construire une vraie communauté, impactante dans l’Atlantique ».
Cela passe par plusieurs initiatives où le Maroc se positionne comme leader. Youssef Amrani a cité celle du processus ministériel atlantique réunissant pour la première fois 23 pays africains qui parlent d’une seule voix. Le Maroc s’engage aussi dans l’harmonisation des procédures douanières, de la logistique digitale et des normes transfrontalières.
Le développement de ce corridor se concrétisera enfin par la construction de plateformes public-privé capables d’attirer les investisseurs et d’assurer un accès partagé aux opportunités, a précisé l’ambassadeur du Maroc aux États-Unis.
Le corridor atlantique pourra devenir à terme un vecteur de développement et d’influence pour l’Afrique
L’ambition du Maroc est que « l’intégration transforme l’Atlantique en une région stratégique cohérente où les politiques convergent et où la planification à long terme devient possible ». Il argumente par le fait que la fragmentation actuelle se traduit par : un commerce intra-africain faible (en dessous de 18%), des coûts logistiques élevés (3 fois plus qu’en Asie), un gaspillage agricole (45%) à cause du manque de stockage. Une situation qui fait que « des millions d’africains restent exclus des chaînes de valeur mondiales ».
L’autre objectif est de donner à l’Afrique un levier d’autonomie et d’influence dans le monde. Au lieu de rester une arène de compétition entre les grandes puissances, on espère d’une telle approche d’intégration qu’elle permette à terme à l’Afrique de devenir un acteur géopolitique.
« D’ici 2050, l’Afrique abritera la plus grande population active au monde, et d’ici 2060, l’Afrique atlantique comptera un milliard d’habitants. Toute architecture atlantique qui ne tient pas compte de l’autonomie africaine est incomplète et non viable. Le but est de positionner l’Afrique dans l’équilibre de pouvoir mondial. Ceci passe par un espace géopolitique unifié, une identité stratégique et une voix collective », a-t-il expliqué.
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