Carburants : pourquoi les baisses internationales n’arrivent (presque) jamais jusqu’à la pompe
DATA. Les données du Conseil de la concurrence relatives au marché des hydrocarbures montrent que les baisses internationales ne se répercutent pas toujours pleinement à la pompe. En recalculant la transmission trimestre par trimestre, les hausses passent souvent plus vite que les baisses, surtout pour le gasoil.
À chaque fois que le Conseil de la concurrence publie le rapport trimestriel sur la situation du marché des hydrocarbures, le débat sur la transmission des fluctuations internationales au marché interne refait surface.
Comment les prix se répercutent-ils réellement ? Le degré de répercussion est-il le même lorsque les cours internationaux baissent que lorsqu’ils sont en hausse ? Quelle évolution, par trimestre ou par semestre, ce degré de répercussion affiche-t-il ? Autant de questions qui reviennent à chaque publication.
Selon le rapport du Conseil de la concurrence pour le T2-2025, la corrélation entre les cours internationaux et les prix à la pompe montre que les baisses ne sont pas répercutées de façon significative.
Pour le gasoil, la baisse des coûts d’achat de 0,98 DH/l n’a été que partiellement transmise aux prix de vente, qui n’ont reculé que de 0,47 DH/l. Pour l’essence, la baisse des prix de cession de 0,32 DH/l est également inférieure à celle des coûts d’achat, qui ont reculé de 0,61 DH/l.
Par ailleurs, il convient de noter que les marges brutes, réalisées sur le T2-2025, s’élèvent à 1,17 DH/l pour le gasoil et 1,83 DH/l pour l’essence. Ces marges sont quasiment au même niveau que celles observées au T2-2024, où elles atteignaient 1,21 DH/l pour le gasoil et 1,79 DH/l pour l’essence.
À noter que les prix du gasoil et de l’essence ont baissé significativement sur un an glissant, et que les prix d’achat confirment cette tendance, alors que les marges, elles, sont restées quasiment inchangées.
Cette lecture par corrélation est utile, mais elle reste incomplète. Elle décrit des mouvements parallèles sans mesurer explicitement le degré de répercussion. Pour savoir combien de dirhams à la pompe bougent quand le coût international bouge d’un dirham, il faut passer à un autre outil, beaucoup plus simple et plus parlant pour le débat public, le pass-through ou l’élasticité en dirhams.
Médias24 avait déjà réalisé un exercice similaire jusqu’à la fin de 2024. Nous reprenons ici la même logique, mais sur une période plus large qui couvre quatre trimestres consécutifs, du T3-2024 au T2-2025, en utilisant les données quinzaine par quinzaine fournies dans les rapports du conseil.
Une transmission des prix très irrégulière
En raisonnant en trimestre, les résultats montrent une dynamique instable et clairement asymétrique. Au T3-2024, le gasoil affiche un coefficient de hausse de 1,50. Les hausses internationales sont donc répercutées plus que proportionnellement. Les baisses, en revanche, ne passent qu’à 0,61.
L’essence, sur la même période, suit une logique opposée. La répercussion des hausses est presque invisible (0,07), alors que les baisses atteignent 0,61.
Pour le T4-2024, les hausses affichent un coefficient négatif pour les deux carburants, -0,14 pour le gasoil et -0,30 pour l’essence. Les prix internes continuent de baisser malgré un léger redressement international. À l’inverse, les baisses sont très bien transmises, 0,90 pour le gasoil et 1,13 pour l’essence.
En 2025, le premier trimestre montre une situation plus neutre. Pour le gasoil, hausses et baisses sont transmises au même niveau, 0,36. Pour l’essence, les hausses sont transmises à 0,60, alors que les baisses ne passent qu’à 0,29. Cela veut dire que pour chaque DH de hausse du CIF, le prix de l’essence augmente en moyenne de 60 centimes, tandis qu’un DH de baisse ne se traduit que par 29 centimes de moins à la pompe.
Au T2-2025, le gasoil montre un écart clair entre hausses et baisses. Quand le CIF monte d’un dirham, la pompe prend environ 0,92 dirham. Quand le CIF baisse d’un dirham, la pompe ne baisse que de 0,11 dirham. Le reste est gardé dans la chaîne. C’est exactement ce que souligne aussi le rapport du Conseil.
Pour l’essence, le trimestre reste particulier. Même quand le CIF augmente un peu, les prix à la pompe continuent de baisser. Par contre, dès que le CIF baisse, la transmission est très forte.
L’ensemble de la période analysée montre que la relation entre le CIF et les prix à la pompe n’est pas linéaire. Elle dépend des séquences de marge, des corrections retardées et des ajustements internes. Elle n’est pas non plus symétrique.
Le gasoil transmet presque entièrement les hausses dès que le marché mondial se redresse, alors qu’une part notable des baisses reste souvent retenue dans la chaîne. L’essence alterne entre des trimestres qui favorisent le consommateur et d’autres qui permettent aux distributeurs d’absorber les variations internationales.
Par ailleurs, le rapport apporte beaucoup d’éléments factuels sur la structure du marché. 9 sociétés contrôlent près de 81% des volumes importés de gasoil et d’essence. Concernant le stockage, la capacité totale atteint 1,57 million de tonnes à fin juin 2025, dont environ 1,27 million de tonnes détenues par ces 9 opérateurs, soit près de 81% de la capacité disponible. Le gasoil représente à lui seul 85% des capacités de stockage.
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Pour ce qui est de la méthodologie, elle repose sur quelques étapes très simples. Pour chaque quinzaine, on calcule la variation du prix CIF du carburant en dirham par litre, par rapport à la quinzaine précédente. On calcule aussi la variation du prix à la pompe. Chaque trimestre regroupe six quinzaines, donc six couples de variations. Ensuite, on sépare les périodes de hausse et les périodes de baisse du CIF. Les hausses sont les quinzaines où la variation du CIF est positive, les baisses celles où elle est négative.
Si le marché transmet complètement les variations internationales, le coefficient tourne autour de 1. Un dirham de hausse au CIF donne un dirham de hausse à la pompe, et pareil pour les baisses. Quand le coefficient est au-dessus de 1, la variation à la pompe est plus forte que celle du CIF. Quand il est en dessous de 1, la transmission est partielle. Quand il est négatif, la pompe bouge dans le sens inverse du CIF, ce qui arrive souvent quand le marché corrige avec du retard.
Il convient de noter, comme le rappelle le rapport du Conseil de la concurrence, que les cotations CIF utilisées dans cette analyse sont hors TIC et TVA et servent seulement de référence. Elles ne reflètent pas forcément les coûts d’achat réels de chaque opérateur. En pratique, ces coûts dépendent aussi d’autres éléments comme la nature des contrats d’achat des produits raffinés à l’international, qu’il s’agisse d’achats spot ou sous contrat à terme. Les données utilisées pour ces deux indicateurs ont été fournies par le ministère en charge de l’Énergie.
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