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Face aux impératifs ESG, les experts-comptables devront assumer un nouveau rôle

Alors que la durabilité devient un passage obligé pour les entreprises, la profession comptable se retrouve en première ligne. Sophia Guessous, présidente du comité scientifique du 10ᵉ Congrès de l’Ordre, revient sur les chantiers urgents : cadre réglementaire, rôle élargi et montée en compétences.

Face aux impératifs ESG, les experts-comptables devront assumer un nouveau rôle
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Le 16 novembre 2025 à 16h58 | Modifié 17 novembre 2025 à 7h40

Au moment où les entreprises sont sommées d’intégrer l’ESG dans leur modèle, la profession comptable se trouve propulsée dans un rôle élargi, entre pédagogie, accompagnement et future certification des données extra-financières. Sophia Guessous revient sur ce tournant, largement discuté lors de la dernière plénière du congrès.

Médias24. Vous avez modéré la dernière plénière consacrée à la durabilité. Que retenez-vous de ce débat qui vient de se terminer ?

Sophia Guessous : la plénière s’intéressait à la durabilité comme vecteur de performance. Les échanges ont été très fructueux, avec la participation de représentants de la CGEM, de l’Autorité marocaine du marché des capitaux, et du Conseil de l’ordre de France, représenté par M. Tonner, responsable de la commission durabilité.

Ce qu’il en ressort, d’abord, c’est que la durabilité n’est pas uniquement une exigence réglementaire : c’est une opportunité pour accompagner les entreprises, notamment celles qui souhaitent accéder au financement, faire appel public à l’épargne ou se développer à l’international. Les parties prenantes sont de plus en plus exigeantes en matière d’ESG : environnement, social et gouvernance.

Investir dans la durabilité n’est donc pas un coût supplémentaire, mais un investissement — technologique, matériel et surtout humain. C’est un investissement de long terme, dont les dirigeants doivent tenir compte.

Le deuxième point concerne le cadre réglementaire et les standards. Rien n’est figé aujourd’hui, même au niveau européen, où les législations évoluent très rapidement. Tous les participants s’accordent sur la nécessité d’un cadre réglementaire uniforme, mais flexible, évolutif et tenant compte des spécificités sectorielles. On ne peut pas exiger les mêmes informations d’une entreprise industrielle, d’une entreprise de services ou d’un établissement financier.

Troisième point : les rapports extra-financiers. Ils sont nouveaux pour nous, experts-comptables habitués à travailler sur le financier. Nous sommes désormais interpellés pour produire des travaux sur des éléments non financiers, ce qui nécessite formation, normalisation et adaptation.

- Vous avez parlé de la durabilité comme investissement plutôt qu’un coût. Sur le terrain, les entreprises ont-elles réellement conscience de cette opportunité ?

- En toute franchise, pas encore. Elles cherchent d’abord à comprendre. L’expert-comptable doit donc jouer un rôle pédagogique : accompagner, expliquer, établir une feuille de route claire. Une fois qu’elles franchissent le pas, elles prennent conscience de l’intérêt. Par exemple, lorsque leur banque leur demande des indicateurs ESG qu’elles ne sont pas en mesure de produire, alors qu’elles doivent lever des fonds.

C’est aussi un moyen de rechercher de la performance interne : mesurer, structurer, mettre en place des indicateurs pertinents en matière d’environnement, de social et de gouvernance.

- Et pour les experts-comptables eux-mêmes, qu’est-ce que la durabilité change ?

-La durabilité redéfinit les rôles de l’expert-comptable. C’est un enjeu essentiel pour la profession et pour son avenir. Le triptyque du congrès n’a pas été choisi par hasard : la durabilité va façonner notre métier et le profil de l’expert-comptable de demain.

Les économies du monde entier, y compris le Maroc, vivent une transition écologique. Nous devons accompagner ces évolutions et être capables de prodiguer conseil, accompagnement et diligences nécessaires pour la mise en conformité.

L’expert-comptable a toujours été un partenaire historique de l’entreprise. Comme pour d’autres réformes — par exemple la loi sur les délais de paiement — il est appelé à accompagner, structurer, organiser et, par la suite, certifier les éléments extra-financiers, sans être en situation d’incompatibilité.

- Vous l’avez évoqué : plusieurs référentiels coexistent. Le Maroc développe-t-il son propre cadre réglementaire ?

- Absolument. L’AMMC a pris les devants sur ce sujet. Des projets sont en cours et seront soumis à consultation. Nous, experts-comptables, serons sollicités pour donner nos avis et recommandations. L’objectif est d’obtenir un cadre conforme aux attentes de toutes les parties concernées.

Nous devrons ensuite maîtriser ces nouvelles règles, nous former et former nos collaborateurs. L’Ordre devra aussi adapter les normes et directives afin d’uniformiser les pratiques et les rapports, en cohérence avec les standards internationaux.

Je souligne que les actions de formation ont déjà commencé. Des formations certifiantes sur la durabilité ont été proposées, et d’autres suivront dans le cadre de cette transition écologique.

- En tant que présidente du comité scientifique, vous avez travaillé sur toutes les thématiques du congrès. Un mot de conclusion ?

- Je dirais que nous sommes prêts à accompagner ces développements. Nous avons nos missions classiques, mais nous devons évoluer avec notre environnement : révolution numérique, révolution écologique, révolution humaine liée aux talents.

Ce congrès a montré beaucoup d’optimisme et de solidarité entre toutes les parties prenantes : autorités de contrôle, établissements de formation comme l’ISCAE, experts-comptables, étudiants.

Les échanges, notamment sur les talents, ont montré un engagement clair pour former les experts-comptables de demain. Le profil de l’expert-comptable 2030, 2035 ou 2040 sera différent : capable d’intégrer de nouveaux outils, en phase avec les innovations technologiques et réglementaires.

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Le 16 novembre 2025 à 16h58

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